Skeptic, l’ennemi des illuminés et des mystiques, a rarement plané aussi haut. Le dernier numéro s’intéresse notamment à la neurologie de science-fiction, à l’exégèse psychiatrique et à l’Apocalypse qui vient, qui feront l’objet d’autres billets. Résumé du reste :

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Vaccin contre la grippe

À propos du vaccin contre la grippe, la rubrique médicale dézingue les habituels arguments des anti-vaccins.

En vrac : le thimerosal n’est pas systématique et non, il ne cause pas d’autisme ; on peut avoir la grippe adulte sans jamais l’avoir eue avant ; le vaccin ne donne pas la grippe ; la maladie est plus dangereuse que tout effet secondaire ; vous rêvez si vous pensez vous protéger avec des plantes ; la grippe n’est pas bénigne ; le vaccin ne coûte pas cher (en tout cas moins qu’être malade) ; et évidemment il n’est pas « naturel » mais tant mieux puisque dans ce cas la nature vous tuerait (“Medecine is all about trying to keep nature from hurting people”) ; le formaldéhyde encore présent dans le vaccin est négligeable par rapport à celui naturellement présent chez nous ; etc.

Le vaccin n’est pas infaillible (il faut que la souche soit bonne pour une protection quasi-parfaite) mais une immunité partielle protège déjà les plus faibles (personnes âgées, immunodéprimées et très jeunes enfants) en réduisant la propagation (immunité de groupe).

Évidemment, des arguments basés sur des méta-études scientifiques ne valent rien quand on croit que tous les scientifiques sont vendus aux labos pharmaceutiques.

Le cycle de la violence

Des enfants maltraités répéteront-ils ces actes sur leurs propres enfants ? L’argument a été utilisé pour retirer préventivement des enfants à des parents à l’enfance malheureuse. Intuitivement il y a un risque, et effectivement ceux maltraités d’une manière ou d’une autre dans l’enfance sont surreprésentés parmi les personnes dépressives, suicidaires ou violentes. Mais on ne parle jamais des résilients, ceux devenus des adultes qui ne feront pas parler d’eux (même si leur vie reste marquée) — et ils sont de loin la majorité !

Si l’on suit sur 30 ans toute une population d’enfants maltraités, de manière rigoureuse (groupe de contrôle de même environnement, validation de la réalité des mauvais traitements, etc. — ce n’est pas facile) on constate que la criminalité des jeunes adultes est plus élevée, mais pas énormément (l’étude citée donne 21% contre 14% dans le groupe de contrôle).

Les auteurs ne trouvèrent pas de preuve de transmission intergénérationnelle des abus physiques, sachant que les enfants de parents d’enfance difficile sont plus surveillés (et sensibilisés) que d’autres. Une autre étude australienne conclut aussi à la non-transmission des violences sexuelles.

Bref : la plupart des enfants surmontent les épreuves, par caractère, chance, et/ou grâce au soutien d’autres personnes. S’il y a séquelles, leurs propres enfants n’en subissent pas les conséquences (en tout cas pas plus que dans la population générale et en termes de maltraitance).

Carol Travis conclut qu’il ne faut pas relâcher la surveillance quant à la détection des mauvais traitements aux enfants, mais qu’ils ne faut pas voir ceux-ci comme de futurs criminels en puissance. Cela rajouterait à leur malheur. À l’inverse, de mauvais traitements dans l’enfance ne sont pas une excuse suffisante chez un adulte pour son propre comportement.

Divers

  • Après une décennie, le « dessein intelligent », cette forme de créationnisme soft qui se voulait aussi scientifique, est en déclin aux États-Unis, faute d’avoir atteint aucun de ses objectifs, et après bien des débats et procès qui lui ont bloqué l’entrée des écoles.
  • J. Howard Siegel signe un article un peu provocant sur le mouvement « anti-anti-science » qui va trop loin : “because science”est une réponse parfois un peu méprisante, voire conservatrice à tout questionnement sur le fonctionnement de la technologie ou de la science. (Ah, ce bon vieux débat entre science établie parfois sclérosée et contestation oscillant entre le « cela reste à prouver » et le grand n’importe quoi. Y a pas de réponse simple à part de rester ouvert sans l’être trop...).
  • Les pages pour la jeunesse s’étendent sur une longue tradition de plantes carnivores géantes et autres vignes vampires dans la littérature de la fin du XIXè et du début du XXè siècles. Tout semble parti de New York en 1874, avec un pseudo-reportage sensationnaliste mais totalement imaginaire sur Madagascar, ses tribus barbares et son arbre carnivore. La plante décrite n’est pourtant pas réaliste : elle a des tentacules (inconnues chez les plantes) et compile quasiment toutes les adaptations connues des diverses plantes carnivores (une impossibilité évolutionniste). L’article a eu du succès et été maintes fois reproduit... y compris à Madagascar, où la rumeur locale l’a repris !
    Les plantes carnivores, assez répandues en Europe n’ont été reconnues comme telle que récemment (XVIIIè siècle) et peu étudiées jusque vers l’époque de l’article, justement.

À suivre dans :
Numériser le cerveau et le problème de la conscience
Saint Paul et l’épilepsie