Fils, re-fils, mari de prof, petit-fils d’instit, et moi-même pur produit (sur deux ou trois générations) du meilleur de l’Éducation Nationale, je connais le milieu et je me sens un peu concerné. (Et si je n’ai jamais voulu faire prof’, à quelque niveau que ce soit, ce n’est pas seulement parce que j’en ferais un pitoyable.)

En vitesse : j’ai trouvé la fameuse vidéo sur Ashram de Swâmi Petaramesh. Un commentaire indique une version complète non montée (c’est-à-dire avec la fin !) sur un site pro-Ségolène. Une version « encore plus complète » traîne sur Google Vidéo.

Ce qu’elle dit en résumé ; mes commentaires succincts sont en italiques :

  • C’est au collège que tout dérape ;
    • Ça se discute, pas mal de problèmes datent du primaire puisque nombre de gamins arrivent en sixième sans savoir lire ; mais il faut agir là aussi bien sûr. Je voudrais être sûr que ce ne soit pas la seule mesure. J’aimerais beaucoup connaître les autres d’ailleurs.

  • Il faudrait que les professeurs de collège fassent leur 35 h de présence au collège, pour pouvoir faire plus de soutien ;
    • Pourquoi pas ? Mais comme souvent commenté chez Ashram, la création d’un bureau par prof dans chaque collège va coûter très cher, et je ne parle pas des ordinateurs que beaucoup d’entre eux utilisent pour faire leurs cours (au passage j’aimerais bien récupérer le mien la moitié des soirs en période scolaire...)[1]. Celui qui dit que le travail de préparation peut se faire uniquement le mercredi ou pendant les vacances ne connaît rien au système.
      Connaissant le fonctionnement de l’ÉN, rien qu’à cause de ce problème immobilier, même si l’idée se défend, je ne crois pas une seconde à sa réalisation.

      (Et puis, avec avec dix-huit ou vingt heures de cours plus le soutien : les cours se préparent comment ?)

  • Il est bizarre qu’ils aient le temps de faire du soutien rémunéré pour des sociétés de soutien scolaire privées gratuites, et pas pour du soutien gratuit sur leur lieu de travail.
    • Ce qui sous-entend que ce soutien privé est fait sur le temps de travail, et c’est très spécieux.
      Le prof’ de base fait en gros vingt heures de cours (dix-huit heures pour un certifié, plus heures supplémentaires payées mais pas facultatives), ceci en supposant deux heures de travail pour une heure devant les élèves : les cours ne se préparent pas tous seuls et les copies doivent être corrigées. Évidemment, c’est une base, et le fossé est immense entre le vétéran d’un bon lycée installé aux cours identiques depuis dix ans, et le nouveau qui hérite de six classes différentes sur quatre niveaux dans un établissement difficile où le moindre poly doit être pré-mâché à des élèves incapables de prendre des notes.
      Il faut voir aussi quelle proportion fait des cours particuliers, dans quelle amplitude, ils sont très minoritaires si j’en crois mon échantillon. Et si ceux-ci ont envie de passer du temps supplémentaire à faire des cours particuliers, pourquoi serait-il fait à l’œil ? Raffarin avait bien dit que celui qui veut gagner plus doit pouvoir travailler plus.

(Qu’on ne me demande en retour pas mes solutions miracles pour purger le système ; mon côté élitiste ressortirait de manière beaucoup trop nette. Le mammouth a besoin d’un sérieux dégraissage mais la solution passe plus par changer sa tête, qui ne change pas avec les élections, et ce qui y entre que ses muscles, aux 35 h ou pas.)

On ne relèvera pas l’élégance du procédé de diffuser des réunions informelles sur le web. D’une part il est bon de savoir l’opinion d’un candidat sur tel ou tel sujet, d’autre part tout le monde a le droit de lancer des idées et de changer d’avis plus tard sans que ce soit enregistré par Google jusqu’à la fin des temps. De toute façon ce ne sera jamais elle la Ministre de l’Éducation Nationale.[2]

Les commentaires des différents blogs sur le sujet sont assez rigolos à lire également ; on sent que les uns se sentent attaqués et ne veulent pas lâcher un pouce (réflexe d’une profession qui en a marre de se faire traiter de fainéants par élèves, parents et ses supérieurs), tandis que d’autres prennent les paroles de Royal comme le début d’une véritable vengeance longtemps attendue. Une atmosphère très propice aux échanges constructifs...

Bref, je ne sais pas trop ce que ça donnera pour Ségolène. Ce qui est un coup bas en vue de lui faire perdre les primaires au PS (parti des profs) ne sera au total pas forcément une mauvaise opération, elle va gagner ailleurs les voix des profs furibards qu’elle perdra... voix qui de toute manière se reporteront rarement sur Sarkozy.

Pour le moment, aucun commentaire de Ségolène, elle a juste envoyé sa garde rapprochée tâter le terrain (Dray, Montebourg...). Elle passe sur une radio demain matin, ça promet...

PS : Encore un billet que je voulais express sur un thème (les élections) que je ne voulais pas aborder à cause de sa fugacité, et j’ai déjà perdu plus d’une heure dessus...

Notes

[1] Il est à peu près sûr que les élèves auront tous leur portable dernier cri payé par leur Conseil Général alors que le prof’ de base paiera ordinateur (et licences s’il veut rester dans la légalité !) de sa poche.

[2] D’ailleurs, j’aimerais bien que les candidats présentent leur gouvernement s’ils sont élus, histoire d’avoir une idée sur qui réalisera vraiment les promesses. Politiquement irréaliste... en France. Les Anglais par exemple ont depuis longtemps un gouvernement fantôme de l’opposition où les principaux postes en cas de renversement sont déjà attribués.