mardi 29 novembre 2022

„Die Teilung Deutschlands” (La scission de l’Allemagne) de Mathias Uhl

Au début, je me demandais pourquoi les frontières entre Berlin Ouest et Est étaient si tordues. Ça a fini par l’achat de ce petit livre. Die Teilung Deutschland

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lundi 21 novembre 2022

Berlin

Qu’est-ce que c’était bien, ces quelques jours à Berlin fin octobre ! Depuis le temps qu’on en parlait à la maison. [1]

Pas seulement parce que le temps était dangereusement[2] superbe.

Mais il s’agit d’une capitale d’un des plus puissants États du monde, et il y a beaucoup moins de stress qu’à Paris.

Peut-être parce qu’en mode touriste, on est toujours plus cool ? Mais je suis toujours à Paris en mode touriste, même pour le boulot.

Peut-être à cause des masses de touristes en mois ? Il y a pas mal de monde autour de la Porte de Brandebourg ou du Reichstag, un bon lot de magasins aimants à touriste, mais rien d’étouffant. Et le reste de la ville est plus paisible.

Peut-être à cause du Tiergarten, de ce gigantesque parc au milieu ? Et même pas surpeuplé. [3]

Peut-être qu’il y a juste moins de monde. La ville fait 3,6 millions d’habitants, pas loin du double de Paris, mais sans les 10 millions supplémentaires autour. Cela doit jouer sur la population en ville à un moment donné. Surtout que Berlin n’est pas le poumon économique de l’Allemagne, loin de là.

Peut-être qu’il y a moins de voiture. Apparemment moins de bouchons. Les routes sont peut-être plus larges, mieux fichues. Entre la guerre et les gigantesques opérations immobilières à la chute du Mur, il y a eu plus d’une occasion de revoir à fond l’urbanisme. De toute façon, les Allemands de l’Ouest n’avaient pas arraché leurs trams comme nous, et à l’Est les transports avaient été privilégiés.

Peut-être grâce au métro. Dans les petites stations, juste un escalier et on est déjà sur le quai. Ni pont-levis ni champs de mine pour éviter les resquilleurs, juste un composteur dans un coin. Comme dans un tram, quoi. Oui, nous nous sommes fait contrôler une fois.

Le zoo ? Sympa. Je ne pensais pas les pandas aussi cabotins.

Les restaus ? Il y a ce qu’il faut, y compris des restaus italiens, surtout des restaus italiens. Hallucinant. Il faut vraiment le vouloir pour manger allemand. Et pas très cher (mais ne pas oublier le pourboire en sus).

Non, pas de musée. Il faisait trop beau. On a aussi pensé aux balades dans les îles au bord de la Spree, mais c’était tout de même un peu loin et couru.

Les belles avenues ? Il y a deux fois l’équivalent des Champs-Élysées : Unter den Linden, impériale, bordée de monuments prestigieux ; et le Kurfürstendamm, vitrine de la société de consommation autrefois en territoire hostile. Deux salles, deux ambiances.

Mais oublions la propreté. Certains coins avaient besoin d’un bon coup de balai. [4]

Oublions aussi l’Alexanderplatz. Je ne mets pas de photo parce que ce mélange du « meilleur » de l’architecture socialiste relooké avec le « meilleur » des chaînes de magasin capitalistes mérite sans doute qu’on rase tout à nouveau. Même la tour de télé, fierté de la RDA, jure car elle n’est pas dans l’alignement de la porte de Brandebourg et d’Unter den Linden.

Quant aux trains... Trois trajets ne sont pas représentatifs mais à l’aller avec un collègue nous avons eu 2h de retard ; ma moitié et la petite ont dû prendre leur correspondance pour le même train dans une autre gare  ; et au retour ensemble, même chose, avec le stress de se retrouver dans un fauteuil réservé par quelqu’un d’autre sur ce segment. Rien de grave au final mais tout de même…

J’ai connu Berlin un peu avant la chute du Mur, avec les miradors pour touristes ; pleine de grues quelques années après la chute ; et plus bucolique ainsi.

Notes

[1] Mais y avait toujours autre chose, c’était loin, et puis le Covid...

[2] Réchauffement climatique, tout ça.

[3] Et il y a un piège : malgré son nom, il n’y a pas d’animaux, à part les chiens des promeneurs.

[4] En fait, je doute que ça puisse être différent dans n’importe quelle ville aussi dense hors du Japon ou Singapour.

vendredi 24 juin 2022

Petits plaisirs de la vie (suite)

Pour équilibrer le site qui reste connu de Google pour les lois de Murphy, autres petits petits plaisirs de l’existence :

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vendredi 7 janvier 2022

« Théorème vivant » de Cédric Villani

Parmi les livres amenés par le Père Noël, il y avait un livre de littérature mathématique : Théorème vivant, de Cédric Villani. Si vous ne le connaissez pas, c’est le mathématicien à l’araignée, médaillé Fields (le Nobel des maths), qui s’est fait exclure de LREM après y avoir cru un temps, et depuis a rejoint les écologistes.

Théorème vivant de Cédric Villani, Grasset, 2013 Un proverbe prétend que chaque équation dans un livre en divise les ventes par deux : ce livre ne devrait donc pas exister sous forme entière. Et pourtant, il s’est vendu.

Des pages entières d’intégrales (et Dieu sait quoi encore, je n’ai fait que maths spé), aux notations non expliquées, parsèment le livre, mais elles ne sont que pour la décoration, ou plutôt l’émerveillement ; pour être admirées, pas comprises.

Et il n’y a pas que les équations : dès les premières pages le lecteur est (délibérément) assommé par une discussion saturée de termes techniques entre Cédric et son collègue Clément Mouhot. Pas des termes techniques barbares inconnus comme échangeraient deux geeks ou deux ingénieurs de science-fiction, non, mais des mots de français courants qui, en maths, prennent un sens complètement ésotérique : « réplique du tore », « relaxation pour une équation réversible », « tu fais un changement de fonction non linéaire, tu montes en puissance… »

Ça sert à quoi tout ça ? Ah, oui, l’amortissement Landau, l’équation de Vlassov sont importants dans la physique des plasmas (donc de la fusion nucléaire, entre autres), et l’équation des gaz de Boltzmann occupe les physiciens depuis un siècle et demi. Les maths semblent désincarnées, mais les physiciens n’arrêtent pas de leur demander de résoudre leurs problèmes depuis des millénaires (et les marchands, les comptables, les militaires…).

D’un côté, Villani semble hors de ce monde, avec ses problèmes que peu de personnes monde comprennent, sa bulle sociale (microcosme de mathématiciens, résidence studieuse loin des contingences à Princeton…) ; de l’autre ses problèmes sont très concrets, de l’angoisse de se déshonorer à avoir annoncé des résultats trop tôt aux problèmes de garde de ses enfants.

L’histoire est mince et le suspens faible (Cédric aura-t-il sa médaille Fields ? trouvera-t-il le moyen de dompter ces équations ? son article, de la taille d’un petit livre, sera-t-il accepté pour parution ?), mais il s’agit surtout de dépoussiérer les maths, de montrer qu’il y a des humains derrière.

En prime, une liste éclectiques de références musicales à découvrir.

samedi 31 juillet 2021

« Le monde d'hier » de Stefan Zweig

Und ich mußte immer an das Wort denken, das mir vor Jahren ein exilierter Russe gesagt: »Früher hatte der Mensch nur einen Körper und eine Seele. Heute braucht er noch einen Paß dazu, sonst wird er nicht wie ein Mensch behandelt.«

Et je me souviens toujours de ce mot, que m’avait dit un exilé russe, des années auparavant : « Autrefois l’homme n’avait qu’un corps et une âme. Maintenant il lui faut encore un passeport, sinon il n’est pas traité comme un homme. »

Stefan Zweig, Die Welt von Gestern. Erinnerungen eines Europäers

Stefan Zweig vers 1912 (via_Wikipedia)Stefan Zweig était de ces Européens d’avant l’heure, cosmopolites d’avant la Première Guerre Mondiale, voyageurs sans passeport, passeurs de la culture entre les pays et à travers les langues, et qui, hommes déjà mûrs, ont vu s’effondrer leur monde dans la haine, les mouvements de masse, les frontières, l’exil, la guerre. Le monde d’hier est le testament de Zweig, rédigé juste avant son suicide en 1942.

Certes son « monde d’avant » était privilégié : la jeunesse dorée d’une capitale impériale, polyglotte, avide de littérature, de théâtre, de musique, d’art. S’il décrit la Vienne d’avant 1900 comme conservatrice et trop respectueuse de l’âge, il appréciait l’ambiance de son époque : la stabilité, le progrès en marche, l’amélioration progressive de la condition de tous, l’avenir sûr et radieux. Les grandes guerres du XIXè siècle étaient déjà loin, les sociétés évoluaient, dans un Empire presque millénaire.

Cette vitalité et cette confiance furent un piège (à ajouter au dossier de Sleepwalkers) :

Jeder Staat hatte plötzlich das Gefühl, stark zu sein und vergaß, daß der andere genauso empfand, jeder wollte noch mehr und jeder etwas von dem andern. Und das Schlimmste war, daß gerade jenes Gefühl uns betrog, das wir am meisten liebten: unser gemeinsamer Optimismus.

Chaque État avait soudain le sentiment d’être fort, et oubliait que les autres se sentaient de même ; chacun en voulait encore plus, et chacun quelque chose de l’autre. Et le plus grave est que c’est justement ce sentiment que nous aimions le plus qui nous abusait : notre optimisme à tous.

Effaré, Zweig voit tous ses amis happés par l’hystérie collective nationaliste. Incapable de voyager loin, militairement « planqué », il collabore en Suisse à un collectif d’écrivains européens contre la guerre, conscients de parler dans le vide.

Il assiste aux derniers instants de l’Autriche impériale, en croisant l’Empereur Charles de Habsbourg en exil à la frontière suisse. De Salzbourg, il assiste au chaos économique, au bouillonnement culturel et au complet renversement des valeurs de la nouvelle Autriche — le seul pays que l’on ait jamais forcé à être indépendant.

Les Années Folles se passent mieux (c’est au tour des Allemands de souffrir économiquement). Son succès littéraire déjà naissant avant guerre se renforce.

S’impose progressivement Hitler, que personne en Autriche ne voit venir. En Allemagne, son ami l’homme politique Rathenau est assassiné. Les chemises brunes sèment le chaos. L’ordre moral et légal, les bases de la société, que même la Première Guerre Mondiale avait à peu près préservées : tout cela s’envole. Sous l’unité de façade du pays face à la menace, Zweig sait que beaucoup, par peur ou prudence, sont déjà préparés à l’Anschluß.

Zweig est un des premiers à fuir, bien avant le rattachement au IIIè Reich. Pour en ajouter aux pertes matérielles (livres, collections) ou immatérielles (amis, famille), il est déchu de sa nationalité en 1938 : il se retrouve apatride. Ce qui semblait un rêve pour un citoyen du monde se transforme vite en cauchemar administratif. En Autriche, sa vieille mère mourante n’a même plus le droit de se reposer sur un banc lors de ses promenades : interdit aux Juifs.

En Angleterre, impossible de convaincre ses interlocuteurs que la perte de l’Autriche entraînera la chute de toute l’Europe. Zweig assiste à l’euphorie à l’annonce des accords de Munich, et à la consternation rapide quand la population réalise que tout a été abandonné à Hitler. L’ambiance se plombe, la guerre s’annonce, certaine.

Le Petit Parisien, 26 février 1942 (via Wikipédia)

Le livre est un document. Quelques petits travers énervent, comme le name dropping permanent : Sigmund Freud, Richard Strauss, Romain Rolland, Bernard Shaw, H. G. Wells, Walter Rathenau, Charles Ier… Certaines visions semblent un peu idylliques (le Paris d’avant-guerre !), en tout cas réservées aux gens des classes aisées ; mais c’est le propre de la nostalgie. Ce livre décrit certes un monde perdu et son auteur, mais sa famille est quasiment oubliée, et il est surprenant que les prénoms de ses deux femmes ne soient même pas cités.

Zweig n’a pas vu la guerre se retourner, ni la reconstruction de l’Europe. Il en aurait sans doute été un des rebâtisseurs. Notre époque, qui remet des frontières partout, fait la chasse aux migrants, et à nouveau en prise à la stupidité de masse, ne lui aurait pas plu. Et il n’aurait pu s’empêcher de retisser des parallèles avec la chute de l’Europe un siècle plus tôt.

lundi 5 avril 2021

« L’odyssée des gènes » d’Évelyne Heyer

(Oui, enfin une chronique d’un livre récent !) Depuis quelques années, l’étude génétique des fossiles a progressé à pas de géants, ainsi que celle des écarts entre deux populations actuelles. Évelyne Heyer résume l’état des connaissances de manière accessible et lisible.

Résumé subjectif (commentaires personnels en italiques) :

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dimanche 27 septembre 2020

« La chute du Japon » de William Craig

Loin de l’histoire militaire pleine de bruits, il y a la petite grande histoire, celle qui se déroule dans des réunions feutrées, ou dans des consciences déchirées entre devoirs, intérêts, peurs et réalisme. C’est plutôt celle-là que William Craig choisit de décrire. En 1967, ce livre rapportait les souvenirs des survivants des dirigeants de l’Empire japonais pendant les jours les plus terribles de son histoire. Si quelques pages décrivent les événements militaires de la toute fin de la guerre ou s’étendent sur la mission qui a failli ne pas lâcher la deuxième bombe atomique sur Nagasaki, l’essentiel tourne autour des discussions, tergiversations et affrontements des divers dirigeants japonais.

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dimanche 23 août 2020

« La sorcellerie en Alsace aux 16è et 17è siècles » de Rodolphe Reuss

Petite analyse des procès en sorcellerie, en une époque que l’on croyait déjà civilisée. La grande époque des bûchers de sorcières, ce n’est pas l’obscur Moyen Âge, mais les siècles suivants. Et le nombre de femmes (surtout) torturées, étranglées, brûlées, pour une aussi petite région que l’Alsace, fait froid dans le dos.

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