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Tag - Guerre Froide

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vendredi 26 juin 2009

« Petit traité de l’imposture scientifique » d’Aleksandra Kroh

Les titres des dernies livres de Pour la Science sont accrocheurs mais parfois un peu trompeur. Il y avait déjà le cas de (l’excellent) la Terre avant les dinosaures, qui traitait exclusivement des tétrapodes, et ici ce Petit traité de l’imposture scientifique décevra tous ceux qui cherchent à casser du sucre sur le dos de la science officielle. C’est peut-être le but d’ailleurs :-)

Le livre vise plutôt à dénoncer tous ceux qui, sous couvert de science justement, sortent des inepties plus ou moins criminelles, plus ou moins sincères. Sur les pages flotte l’esprit du regretté Stephen Jay Gould, grand pédagogue de l’évolution et grand pourfendeur de racistes et créationistes en tout genre. Mais le titre est encore une fois trompeur car il n’y a rien d’un « traité », on se limitera à un aperçu historique de quelques cas plus ou moins connus.

Sont abordés plus ou moins succintement :

Les canulars

« Forme bénigne », les canulars touchent tous les domaines. Les plus connus sont l’homme de Piltdown ou certains témoignages d’OVNI (dont un, français, exemplaire). J’ai adoré le canular d’Alain Sokal (développé dans Impostures intellectuelles, j’en parlerai ici).

La mémoire de l’eau

Jaqcues Benveniste, loin d’être un original, a déclenché une tempête avec sa « mémoire de l’eau », que quasiment personne n’a pu reproduire et qui flanque en l’air les bases de la chimie, mais soutenu par toute l’industrie homéopathique (L’article Wikipédia sur le sujet est un modèle de schizophrénie.) L’homéopathie aurait d’ailleurs mérité un chapitre dans le livre...

Benveniste n’a jamais été accusé de fraude, au pire de faire n’importe quoi. Son cas est exemplaire par l’impact médiatique (le Monde, rien que ça, et je me souviens des tempêtes dans Science & Vie...).

OVNI

La mode des « soucoupes volantes » a duré de l’immédiat après-guerre à la fin du XXè siècle, parasité par canulars et fraudes, interprétation sélective, phénomènes étonnants mais naturels mal interprétés, un ras-le-bol des scientifiques d’être assaillis de témoignages bidons, une méfiance envers les autorités de la part des «croyants », le tout sur fond de paranoïa en temps de guerre froide. Aleksandra Kroh dépeint, entre autres, l’histoire des commissions militaire ou civiles chargées de faire la lumière sur ces affaires, fatalement sans convaincre personne.

Lyssenko

C’est là le plus énorme et catastrophique exemple de charlatanisme scientifique.

Trofim Lyssenko, petit technicien agricole ukrainien, réussit à se hisser au sommet de la hiérarchie scientifique de l’URSS stalinienne par son astuce, ses « découvertes » toujours affirmées avec enthousiasme, mais jamais vérifiées, son talent oratoire, et sa capacité à deviner les attentes d’un Staline qui sera son soutien principal. Perte collatérale : l’agriculture soviétique, gérée en dépit du bon sens pendant des décennies, et la génétique de tout le bloc de l’Est - pendant qu’elle se développait massivement à l’ouest.

Comment un arriviste a-t-il pu si longtemps abuser un pays entier ? Pour Kroh, la réponse n’est pas qu’idéologique : la vue à très court terme des fonctionnaires de l’époque, assez désespérés par la situation catastrophique de l’agriculture soviétique pour croire le premier charlatan venu, ce « règne des médiocres » typique des régimes totalitaires, sont la cause principale, et non un réel souci d’établir une « science prolétarienne ». La « logique » interne du stalinisme a fait le reste.

La supériorité blanche

L’apothéose des théories racistes s’incarne évidemment dans les délires du Ⅲè Reich. Cependant, bien longtemps avant, il était « évident » qu’il y avait plusieurs races humaines, et que la race blanche était « évidemment » supérieure. Selon l’époque et le milieu, on justifiait ainsi l’esclavagisme ou un simple paternalisme colonial.

Plus d’un scientifique a tenté de trouver une base réelle à la supériorité blanche, sans succès à chaque fois que le travail était fait sérieusement, sans sélection préalable ou postérieure des données. La génétique actuelle a sonné le glas définitif (en sciences...) du racisme en permettant, certes, de discerner des provenances géographiques mais en dévoilant l’énorme diversité génétique à l’intérieur de chaque groupe, et des indices sur nos ancêtres communs - bien trop proches et peu nombreux pour que toute différentiation sérieuse ait pu avoir lieu, sans compter les métissages réguliers.

La fin du chapitre relève quelques survivances racistes dans notre civilisation : le discours de Dakar de Sarkozy (vers le milieu : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et la suite immédiate), ou les élucubrations de Watson (nouveau rappel que les Nobel ne sont pas toujours les derniers à dire des sottises).

Le créationisme

Les pages sur Darwin montrent bien la vitalité et disparité du monde créationiste, qui rejette le darwinisme, l’évolution, la sélection naturelle. Il y a un monde entre le rejet viscéral de fondamentalistes américains financièrement puissants, celui du clergé polonais qui même rejette les avis de Jean-Paul Ⅱ sur l’évolution (« plus qu’une hypothèse »), ou celui de William J. Bryan (un politicien américain du début du siècle, plutôt de gauche mais fondamentaliste, incapable de concilier d’une part la morale et le progrès, et d’autre part l’impitoyable lutte pour la survie et ses implications sociales effroyables - ses craintes sur ce point étaient fondées !), ou le « dessein intelligent ».

Ce dernier, qui se veut une version « scientifiquement correcte » ne va pas jusqu’à nier l’âge canonique de la Terre ni même la modification graduelle des espèces, mais (et ça me rappelle le « Dieu des manques », explication bouche-trous aux manques de la science, et fatalement destiné à se réduire au fur et à mesure que celle-ci progresse) voit dans certaines choses « irréductiblement complexes » la main d’une intervention extérieure[1]. Le piège finaliste est sournois, dans l’évolution (et, justement, la Terre avant les dinosaures montre bien qu’il n’y a aucune finalité dans la transition poisson/reptiles).

Le procès du singe est évidemment traité, ainsi que l’état désastreux de la culture américaine, polonaise ou turque dans le domaine de l’évolution. La montée d’un créationisme islamique est inquiétant même s’il touche peu les scientifiques locaux.

Bilan

Ce livre prêche plutôt à un public convaincu d’avance. Je lui reprocherais de ne pas s’étendre sur les critères qui font de la bonne science : reproductibilité, publication et avis des pairs, réfutabilité à la Popper, non-pertinence des anecdotes personnelles, règles statistiques contre-intuitives... ou les écueils à éviter : tour d’ivoire, consensus d’un petit cercle, parasites socio-économiques, modes... que les fanatiques de telle ou telle théorie rejetée brandissent un peu trop vite.
La possibilité d’une cohabitation paisible de la science et de la religion est par contre bien évoquée (référence à la doctrine NOMA de non-empiètement de Gould).

Auraient mérité d’être abordés : les charlatanismes du genre de l’astrologie, les médecines douces plus ou moins délirantes, homéopathie en tête, tout ce qui tourne autour des manipulations motivées par des soucis financiers ou marketing (lobby pharmacie, lobby pétrolier anti-réchauffement climatique), ou la fraude délibérée venant des scientifiques eux-mêmes.

Bref : malgré tout, si vous ne connaissez pas déjà à fond les sujets ci-dessus, ce Petit traité sera une saine lecture, plus historique que fondamentale, juste un peu frustrante par le manque de profondeur.

Présentation sur le site web de l’éditeur
Avis sur charlatans.info
Avis critique sur le blog scepticismescientifique, avec des réserves sur le manque d’explication sur pourquoi certaines affirmations ne sont pas scientifiques.

Notes

[1] Qu’on ose avancer cette explication, qui implique l’existence d’une entité encore plus complexe, me fascine.

lundi 16 mars 2009

« Le fantôme de Staline » de Vladimir Fédorovski

Ce n’est pas un roman, « juste » un livre d’histoire sur la Russie et l’URSS, de Lénine à Vladimir Poutine. Vladimir Fédorovski sait de quoi il parle, il était du sérail sous Brejnev et Gorbatchev.

Les deux tiers du livre traitent de Staline, maître du pays de 1924 à 1953, du pouvoir totalitaire, de la terreur, héritée de Lénine et amplifiée, qu’il infligea à son peuple - deux fois (déjà avant-guerre, puis à nouveau celle-ci terminée : la sanglante Seconde Guerre Mondiale paraît paradoxalement une époque de liberté pour les Soviétique !), et de la permanence de certaines tendances de l’histoire russe, le besoin d’un pouvoir central fort notamment.

Le parallèle entre Ivan le Terrible et Staline ne date pas d’hier : le Tsar Rouge lui-même voyait dans la lutte impitoyable d’Ivan IV contre les boyards le parallèle avec son propre besoin d’éliminer toute opposition - jusqu’à l’absurde, jusque dans sa propre famille ! La mécanique de terreur stalinienne, basée sur l’espionnage généralisé, la responsabilité collective, le changement permanent de la Ligne, est bien démontée.

Quasiment en aparté, Fédorovski parle de Boris Pasternak, Prix Nobel de littérature 1958 et connu en Occident notamment pour le Docteur Jivago[1] - on saura tout sur les amours du poète, et notamment qui est Lara. Bizarrement, Pasternak a été plutôt protégé par Staline.

Même si Poutine partage la couverture avec son sinistre prédécesseur, il n’est question de lui qu’à la toute fin du livre, après que Fédorovski ait déroulé la manière dont le système totalitaire soviétique (sous une forme bien moins sanglante) s’est perpétué sous Khroutchev, Brejnev, Andropov, comment il a tenté de se réformer sans lâcher son emprise, comment il a échoué. Remarquable aussi la manière dont les services secrets (outil sous Staline, entité autonome sous Andropov, quasiment indépendante par la suite) se sont retrouvés les seuls en mesure de reprendre le contrôle d’une Russie en décomposition, que Gorbatchev et Eltsine ont laissé être dépecée entre des groupes financiers et mafieux.

Vladimir Poutine - un inconnu au départ, choisi par un Eltsine finissant comme héritier pour garantir la survie de son clan - faisait partie de l’élite de la Russie soviétique, destinée forcément au KGB. Ses contacts lui ont permis de reprendre le contrôle de son pays, et de surfer entre les différents clans qui se le partagent. Comme Staline, il sait parler à la fameuse « âme » de la Russie, à son nationalisme, son besoin de grandeur, son impression d’être différente, ni européenne ni asiatique. Comme Staline, les dérives sont effrayantes.

Un grand résumé d’histoire russe du XXè siècle, très accessible.

Notes

[1] Je n’ai pas (encore) lu le livre mais vous devez voir le film si ce n’est déjà fait. Une bonne impression du chaos de la Guerre civile de 1918-21.

mercredi 14 janvier 2009

« Ce que savaient les Alliés » de Christian Destremau (1)

Le titre est trom­peur (le sous-titre « Ont-ils pris les bon­nes déci­sions ? » aussi ) : ce très inté­res­sant livre ne traite pas de l’ensem­ble des don­nées de ren­sei­gne­ment con­nues de Chur­chill, Roo­se­velt et Sta­line, mais seu­le­ment de ce que les Anglo-Saxons ont pu appren­dre par la meilleure de leur source : l’espion­nage des com­mu­ni­ca­tions radio enne­mies. Ce n’en est pas non plus l’his­toire, mais un résumé de ce que l’auteur a pu déni­cher dans les diver­ses archi­ves et par com­pa­rai­son avec les archi­ves diplo­ma­ti­ques (tout ne fut pas inter­cepté, et ces lacu­nes ont leur impor­tance !).

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samedi 30 août 2008

Un (futur ?) président murphyque : McCain

La dernière ligne droite entre les deux candidats à la Maison Blanche est engagée, et si on parle beaucoup d’Obama, le personnage de McCain n’est pas sans intérêt : ce serait le premier Président élu sous le signe de Murphy (celui de la Loi).

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mardi 4 septembre 2007

Tintin et l’Histoire (5)

D’Objectif Lune aux Picaros : Tintin pendant la Guerre Froide.

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jeudi 1 juin 2006

« La Ferme des animaux » de George Orwell

Un petit livre pessimiste facile d’accès, à lire et relire.

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vendredi 25 novembre 2005

Le sauveur de l’humanité méconnu

L’Apocalypse nucléaire a failli se déclencher à cause d’un bug informatique en 1983. Celui qui a osé mépriser l’ordinateur est un héros méconnu.

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