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Temps et transformations

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samedi 18 mai 2013

« 1941-1942 : Et si la France avait continué la guerre… »

Ceci est la suite d’une uchronie que j’avais pas mal appréciée, la France continue la Guerre, issue d’une réflexion collective.

Le point de divergence avec notre histoire portait sur le refus d’un armistice en juin 1940. Dans le premier tome était conté comment le Grand Déménagement emmène gouvernement et armée en Afrique du Nord. La France entière est envahie, et la Royale et l’aviation continuent le combat vaille que vaille aux côtés des Britanniques. Ceux-ci connaissent une bataille d’Angleterre moins violente, et la Lybie italienne puis la Sardaigne tombent tout de suite aux mains des Alliés. Le théâtre des opérations se centre autour de la Méditerranée bien plus que dans la trame historique réelle. Le premier tome finissait fin 1940.

lafrancecontinue-2.jpg1941-1942 prend la suite immédiate, pendant presque un an et demi. Presque jour par jour s’écoulent les opérations en Sardaigne, Corse puis Grèce (similaires mais différentes à ce qui s’est réellement passé en 1941) ou dans l’Empire italien ; en Asie et à Pearl Harbor ; et enfin en Russie. Les grosses différences concernent l’Indochine (menacée par les Japonais, alors que Vichy avait coopéré avec eux) et Barbarossa.

Ce livre se lit avec Wikipédia à côté pour goûter toute les différences entre la trame réelle et celle-ci fantasmée, bien similaire mais souvent subtilement différente. Accessoirement on apprendra des choses (qui se souvient qu’en 1941 nous avons mené une guerre contre la Thaïlande, ou que les Britanniques ont envahi l’Irak et l’Iran par précaution ?). Petites friandises : les allusions à des personnages dont le destin a basculé ou des films qui se seront inspiré des événements (que devient Un taxi pour Tobrouk dans un monde où Rommel sévit dans une Grèce enneigée ?).

C’est dans la postface que réside l’intérêt majeur. Jacques Sapir et ses confrères décrivent les choix qu’ils ont fait, leurs réflexions, leurs simulations. Tout en reconnaissant une part d’arbitraire, et que la probabilité de tomber juste se réduit au fur et à mesure que s’éloigne le point de divergence avec le réel, ils défendent les positions adoptées.

Économiquement tout d’abord : la France, forte de ses réserves d’or, pouvait se réarmer auprès du gigantesque « arsenal des démocraties » américain. Peinant encore à sortir de la crise de 1929, celui-ci ne demandait que cela, et l’argent et les ingénieurs français auraient stimulé la montée en puissance des États-Unis encore plus que dans la réalité : les nombreuses commandes de 1939 ou 1940 auraient été poursuivies, les Britanniques, soulagés d’une partie de l’effort, auraient pu rétrocéder des avions, et d’autres notables investissements auraient pu être faits pour les Français.

Les points de discussion principaux portent évidemment sur l’attaque japonaise généralisée de décembre 1941 sur les possessions occidentales (et accessoirement Pearl Harbor). Il n’y a pas de raison que les relations entre Japon et États-Unis, exécrables à cause des exactions en Chine, soient meilleures. Quel que soit le prétexte (ici l’intimidation des Japonais envers une France qui n’abandonne pas l’Indochine), étaient inéluctable l’embargo américain, puis l’affrontement armé : attaque des possessions occidentales en Asie, et raid sur Pearl Harbor. La Guerre du Pacifique commence de manière similaire, mais on nous promet une fin bien différente.

En Europe, la stratégie des Alliés est contrainte : ils sont forcés de contre-attaquer, et ne peuvent le faire qu’en Méditerranée, qui devient le champ de bataille principal, et en espérant détacher l’Italie de l’Axe. Même s’ils n’ont pas les moyens de leur ambition, cela ne fait pas l’affaire d’Hitler qui, lui, ne pense qu’à l’attaque de l’URSS.

C’est dans le premier tome que Sapir & compagnie avaient justifié le maintien de Barbarossa : la psychologie d’Hitler doit rester la même, et la conquête du Lebensraum aux dépens de ces sous-hommes de Slaves, le but fondamental de sa guerre. Les Anglais et Français laisseraient tomber quand il aurait à sa disposition toutes les ressources de l’URSS, et ce n’était pas ces Américains enjuivés et négrifiés qui allaient changer grand-chose…

Toujours est-il que même le Führer doit se rendre à l’évidence : les combats en Méditerranée mobilisent trop de moyens et l’attaque doit être reportée d’un an [1]. Une année qui, la postface le décrit fort bien, a manqué justement à Joukov pour réorganiser l’Armée Rouge et la préparer au combat. Une Allemagne plus fatiguée attaquant une URSS bien mieux préparée : on nous promet des conséquences « cataclysmiques » pour le Reich.

Pour la forme, on retrouvera les mêmes défauts que pour le premier tome : une action trop détaillée quant aux opérations militaires et aux événements politiques au jour le jour, qui ne laisse pas assez de place pour les réflexions de fond, la vie des civils, les évolutions technologiques, l’impact du maintien des Français sur les opérations. Il est vrai que le pavé est déjà assez lourd… Les cartes manquent, et celles présentes renseignent peu. On aimerait plus de moyens de détecter les variations avec la réalité que la lecture parallèle de livres ou de Wikipédia.

Les premières salves de Barbarossa démarrent dans les dernières pages, et j’attends le tome 3. Par rapport à la réalité, comment les lignes de front finales se positionneront-elles ? Les Russes à Strasbourg, et les Japonais soumis avant de recevoir des bombes atomiques sur la tête ? Comme les habitants de ce monde fantasmé, il faudra patienter encore quelques temps…

PS : Voir aussi la critique d’Alias, fan du projet.

Note

[1] Rappelons que cela n’est qu’une extension de la trame réelle : les Italiens ont réellement attaqué la Grèce fin 1940, et se sont fait raccompagner à la frontière. Ce qui motiva une intervention allemande en 1941, incluant l’invasion de la Yougoslavie. Militairement un succès foudroyant, mais tout cela retarda de quelques semaines l’attaque de l’URSS…, semaines qui manquèrent peut-être pour prendre Moscou, atteint et raté trop tard dans l’hiver. La ténacité grecque a peut-être fait perdre la guerre à l’Allemagne.

mercredi 20 mars 2013

“Life After People”

Welcome to Earth, population zero.

Cette série américaine de documentaires a manifestement été inspirée par The World without us (en français, Homo disparitus, déjà chroniqué et apprécié ici en 2008), d’ailleurs l’auteur du livre fait des apparitions.

Elle en reprend l’hypothèse de départ : toute présence humaine disparaît du jour au lendemain, comme par magie, et sans détruire le reste de la planète qui évolue alors sans nous. Que deviennent le monde et nos villes ?

Bon point, la série utilise comme le livre la mise en perspective historique : la déliquescence de Washington désertée est rapprochée de celle d’Angkor, abandonnée à la jungle il y a un demi-millénaire. Mine de rien, il existe de nos jours flopée de cités abandonnées, même récemment, même dans les pays riches.

Nombre d’épisodes rappellent la puissance des éléments : la pluie, la foudre, les inondations mais aussi la neige, les racines des arbres, les fientes des oiseaux, le kudzu, la rouille, les ultra-violets solaires… Notre société a incroyablement modifié le paysage, détourné des fleuves, prélevé et déplacé des masses d’eau gigantesques, asséché des marais, et installé des piscines dans des déserts. Los Angeles retournera au désert quand les pompes s’arrêteront, et les monuments de Washington finiront fossilisés sous le niveau de la mer.

Ce ne sont pas les constructions les plus apparemment solides qui survivront forcément : tout ce qui est en béton armé, bunkers du Mur de l’Atlantique y compris, sera vite rongé par la corrosion. Dans deux-trois siècles, il ne restera plus grand-chose de visible de nos villes ; et dans deux mille ans, peut-être Notre-Dame et sûrement les pyramides. Les derniers témoignages de l’humanité seront des coffres-forts enterrés plein d’or, des sondes dans l’espace, et un rover sur la Lune. La question n’est pas de savoir si mais quand et comment un pont, un navire de guerre, une statue, la Joconde… disparaîtront.

Le monde que nous laisserons derrière nous ne sera pas le même que celui où nous sommes apparus. Après nous prospérerons peut-être des plantes invasives venues d’autres continents, tenues péniblement sous contrôle (comme le kudzu aux états-Unis), des chiens retournés à l’état sauvage, des chimpanzés lâchés dans des villes vides pleine d’opportunités pour les plus fûtés…

Quelques touches d’humour surnagent au sein d’un commentaire évidemment catastrophiste, par exemple le sort des corgys d’Élisabeth II, obligés de piller Buckingham Palace avant de s’échapper dans le vaste monde.

Des bémols ? Un ton très sensationnaliste, une certaine lassitude après le énième immeuble effondré à cause de l’assaut de l’eau et de la foudre et faute de maintenance ; beaucoup d’effets faciles ; des redites à cause des coupures pubs [1], et une vision très centrée sur l’Amérique (on voit quand même la Tour Eiffel s’émietter). Ça n’en reste pas moins passionnant.

Attention, c’est uniquement en anglais, sans sous-titre ! Je n’ai cependant eu aucun problème pour comprendre, à part quelques Texans, et pourtant j’écoute peu d’anglais ces temps-ci. Gaffe au zonage si vous vous offrez le DVD.

Site de la série (deux saisons) : http://www.history.com/shows/life-after-people.

Note

[1] Mais comment font les Américains pour supporter de la pub toutes les cinq minutes ? Pour le moment ils n’en mettent pas sur les DVDs, Dieu merci.

dimanche 13 mai 2012

« Accelerando » de Charles Stross

« Rend les hallucinogènes obsolètes » aurait dit Cory Doctorow à propos de ce livre.

Effectivement, j’ai rarement lu SF plus allumée que celle-là : une idée par paragraphe, un million de références à des concepts informatiques ou scientifiques (oracles de Turing, faille de Thompson...), jargon de geeks (to slashdot — lire le site éponyme dans le texte pendant dix ans m’a fourni la culture nécessaire), pendant 400 pages (en poche en version originale) et un nombre mal défini de siècles.

Difficile de parler de la Singularité : elle concerne l'émergence d’intelligences supérieures à l’homme, de niveau quasi-divin. Mais Stross ne s’en sort pas mal, en se concentrant sur les humains qui cherchent justement à lui échapper. Enfin, quand je dis humains… Le premier, dès les premières pages qui se déroulent à notre époque, a déjà une bonne partie de son identité hors de lui-même, sur Internet. Les suivants vivent dans l’équivalent de la Matrice, avec les avantages qui vont avec en cas de mauvais rencontre (« Guns. Lots of guns ») (quoiqu’au final les habitants semblent bien conservateur au regard de leur quasi-omnipotence dans cet univers numérique).

Le concept de personnage en prend un coup : « How many of me are there? » se demande l’un, réincarné à partir de sa sauvegarde, après avoir rechargé et fusionné diverses versions de lui-même (numérisées donc duplicables à l’infini), notamment le double numérique adulte de son clone encore enfant…

Stross ne parle pas de la Singularité juste sous l’aspect technique, mais aussi (surtout ?) économique et légal, avec quelques échos des turpitudes actuelles et un bout d’utopie (économie de la surabondance, économie du don). Même l’aspect religieux est abordé.

J’ai peur que le temps rattrape très vite Accelerando : vocabulaire, nouveautés imprévues réelles, et grand optimisme quant à la vitesse à laquelle la Singularité arrive (dans les toutes prochaines décennies). Nous sommes encore loin de la numérisation complète d’un esprit ou du début du démantèlement de Mercure pour en faire du computronium, les nanotechnologies ne progressent pas si vite.

Il faudra lire avec un cerveau actif : je suis témoin qu’Accelerando n’est pas compatible avec l’état de fatigue du à une récente paternité, j’ai dû à regret le remettre sur l’étagère au bout de cent pages à l’époque. Ce n'est pas un reproche — j’ai adoré ce livre, comme tous ceux qui repoussent mon horizon et dynamitent les habitudes !

Alias est un peu moins laudatif. Thias a plus aimé. Je partage la remarque sur le rythme qui ralentit à la fin, il est vrai que tenir ce rythme d’enfer jusqu’au bout aurait été miraculeux.

Le livre est en ligne gratos pour ceux qui sont passé au papier numérique et lisent l’anglais geek. Je ne connais pas de traduction française.

mercredi 1 juin 2011

« 1940 : Et si la France avait continué la guerre… »

lafrancecontinue-1.jpgEtait-il réaliste pour un gouvernement traumatisé d’abandonner la métropole, où la situation était désespérée, et de continuer la lutte depuis l’Algérie et l’Afrique, avec les appuis anglais et américain ? Le débat avait à l’époque fait rage entre les « défaitistes » (Pétain, Weygand…) pas mécontents de voir la République abattue, ou simplement inconscients de la différence de nature du IIIè Reich par rapport à l’Allemagne qu’ils avaient affrontée en 1914-18, et le groupe emmené par de Gaulle.

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samedi 24 octobre 2009

Changer d’heure et de montre

La pub est omniprésente à la radio (du moins celle que j’écoute) : « changez d’heure, changez de montre ! »

Le niveau intellectuel du Français de base baissait inexorablement, ça je le savais. Mais est-il déjà tombé si bas que tant de gens ne sachent plus régler leur montre au changement d’heure ?

Ou sommes-nous devenus si fainéants que nous préférons avoir deux montres plutôt que de nous embêter à la régler deux fois dans l’année ?

Ou encore les montres actuelles (je ne les connais pas, j’en achète une par décennie, au plus) sont-elles devenues aussi complexes qu’un magnétoscope ou Windows, pour qu’on ne sache plus les régler ? (Je connais des gens qui ont abandonné en ce qui concerne l’horloge de la voiture.)

dimanche 12 avril 2009

 « La Terre avant les dinosaures » de Sébastien Steyer et Alain Bénéteau (ou : de l’ascension des tétrapodes du Dévonien au Secondaire, des sarcoptérygiens aux sauropsides et mammaliens)

Commençons par le principal reproche à faire à ce livre par ailleurs très intéressant : le titre est une escroquerie. Celui qui, alléché par le docu-fiction de la BBC qui m’avait enthousiasmé cherche à retrouver les araignées géantes et les évolutions climatiques en sera en parti pour ses frais. Il est clair d’entrée que l’auteur ne s'intéresse guère qu’à nos ancêtres, les tétrapodes.

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lundi 25 août 2008

« Homo disparitus » (“The World Without Us”) d’Alan Weisman

Et si l’humanité disparaissait du jour au lendemain, quelles traces laisserions-nous ? Alan Weisman décrit la désintégration progressive des restes de notre civilisation. Le plus durable n’est pas le plus évident. Et on ne le devinera pas sans de gros efforts de perspective historique.

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