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samedi 18 mai 2013

« 1941-1942 : Et si la France avait continué la guerre… »

Ceci est la suite d’une uchronie que j’avais pas mal appréciée, la France continue la Guerre, issue d’une réflexion collective.

Le point de divergence avec notre histoire portait sur le refus d’un armistice en juin 1940. Dans le premier tome était conté comment le Grand Déménagement emmène gouvernement et armée en Afrique du Nord. La France entière est envahie, et la Royale et l’aviation continuent le combat vaille que vaille aux côtés des Britanniques. Ceux-ci connaissent une bataille d’Angleterre moins violente, et la Lybie italienne puis la Sardaigne tombent tout de suite aux mains des Alliés. Le théâtre des opérations se centre autour de la Méditerranée bien plus que dans la trame historique réelle. Le premier tome finissait fin 1940.

lafrancecontinue-2.jpg1941-1942 prend la suite immédiate, pendant presque un an et demi. Presque jour par jour s’écoulent les opérations en Sardaigne, Corse puis Grèce (similaires mais différentes à ce qui s’est réellement passé en 1941) ou dans l’Empire italien ; en Asie et à Pearl Harbor ; et enfin en Russie. Les grosses différences concernent l’Indochine (menacée par les Japonais, alors que Vichy avait coopéré avec eux) et Barbarossa.

Ce livre se lit avec Wikipédia à côté pour goûter toute les différences entre la trame réelle et celle-ci fantasmée, bien similaire mais souvent subtilement différente. Accessoirement on apprendra des choses (qui se souvient qu’en 1941 nous avons mené une guerre contre la Thaïlande, ou que les Britanniques ont envahi l’Irak et l’Iran par précaution ?). Petites friandises : les allusions à des personnages dont le destin a basculé ou des films qui se seront inspiré des événements (que devient Un taxi pour Tobrouk dans un monde où Rommel sévit dans une Grèce enneigée ?).

C’est dans la postface que réside l’intérêt majeur. Jacques Sapir et ses confrères décrivent les choix qu’ils ont fait, leurs réflexions, leurs simulations. Tout en reconnaissant une part d’arbitraire, et que la probabilité de tomber juste se réduit au fur et à mesure que s’éloigne le point de divergence avec le réel, ils défendent les positions adoptées.

Économiquement tout d’abord : la France, forte de ses réserves d’or, pouvait se réarmer auprès du gigantesque « arsenal des démocraties » américain. Peinant encore à sortir de la crise de 1929, celui-ci ne demandait que cela, et l’argent et les ingénieurs français auraient stimulé la montée en puissance des États-Unis encore plus que dans la réalité : les nombreuses commandes de 1939 ou 1940 auraient été poursuivies, les Britanniques, soulagés d’une partie de l’effort, auraient pu rétrocéder des avions, et d’autres notables investissements auraient pu être faits pour les Français.

Les points de discussion principaux portent évidemment sur l’attaque japonaise généralisée de décembre 1941 sur les possessions occidentales (et accessoirement Pearl Harbor). Il n’y a pas de raison que les relations entre Japon et États-Unis, exécrables à cause des exactions en Chine, soient meilleures. Quel que soit le prétexte (ici l’intimidation des Japonais envers une France qui n’abandonne pas l’Indochine), étaient inéluctable l’embargo américain, puis l’affrontement armé : attaque des possessions occidentales en Asie, et raid sur Pearl Harbor. La Guerre du Pacifique commence de manière similaire, mais on nous promet une fin bien différente.

En Europe, la stratégie des Alliés est contrainte : ils sont forcés de contre-attaquer, et ne peuvent le faire qu’en Méditerranée, qui devient le champ de bataille principal, et en espérant détacher l’Italie de l’Axe. Même s’ils n’ont pas les moyens de leur ambition, cela ne fait pas l’affaire d’Hitler qui, lui, ne pense qu’à l’attaque de l’URSS.

C’est dans le premier tome que Sapir & compagnie avaient justifié le maintien de Barbarossa : la psychologie d’Hitler doit rester la même, et la conquête du Lebensraum aux dépens de ces sous-hommes de Slaves, le but fondamental de sa guerre. Les Anglais et Français laisseraient tomber quand il aurait à sa disposition toutes les ressources de l’URSS, et ce n’était pas ces Américains enjuivés et négrifiés qui allaient changer grand-chose…

Toujours est-il que même le Führer doit se rendre à l’évidence : les combats en Méditerranée mobilisent trop de moyens et l’attaque doit être reportée d’un an [1]. Une année qui, la postface le décrit fort bien, a manqué justement à Joukov pour réorganiser l’Armée Rouge et la préparer au combat. Une Allemagne plus fatiguée attaquant une URSS bien mieux préparée : on nous promet des conséquences « cataclysmiques » pour le Reich.

Pour la forme, on retrouvera les mêmes défauts que pour le premier tome : une action trop détaillée quant aux opérations militaires et aux événements politiques au jour le jour, qui ne laisse pas assez de place pour les réflexions de fond, la vie des civils, les évolutions technologiques, l’impact du maintien des Français sur les opérations. Il est vrai que le pavé est déjà assez lourd… Les cartes manquent, et celles présentes renseignent peu. On aimerait plus de moyens de détecter les variations avec la réalité que la lecture parallèle de livres ou de Wikipédia.

Les premières salves de Barbarossa démarrent dans les dernières pages, et j’attends le tome 3. Par rapport à la réalité, comment les lignes de front finales se positionneront-elles ? Les Russes à Strasbourg, et les Japonais soumis avant de recevoir des bombes atomiques sur la tête ? Comme les habitants de ce monde fantasmé, il faudra patienter encore quelques temps…

PS : Voir aussi la critique d’Alias, fan du projet.

Note

[1] Rappelons que cela n’est qu’une extension de la trame réelle : les Italiens ont réellement attaqué la Grèce fin 1940, et se sont fait raccompagner à la frontière. Ce qui motiva une intervention allemande en 1941, incluant l’invasion de la Yougoslavie. Militairement un succès foudroyant, mais tout cela retarda de quelques semaines l’attaque de l’URSS…, semaines qui manquèrent peut-être pour prendre Moscou, atteint et raté trop tard dans l’hiver. La ténacité grecque a peut-être fait perdre la guerre à l’Allemagne.

mercredi 8 mai 2013

Encore un nouveau format audio

Et allons bon, encore un nouveau format audio matériel. À chaque bon technologique « ils » ne résistent pas à la tentation de nous revendre ce qu’on a déjà acheté quatre fois ces quarante dernières années.

Le CD a été un progrès, mais l’adaptation à la technologie du DVD a fait flop (cf SACD contre DVD Audio). La vidéo a fait un nouveau progrès (relatif et pas foudroyant, plus lié au renouvellement des lecteurs) avec le Blu-Ray, et ils veulent nous en fourguer l’équivalent audio, avec le « Blu-Ray Pure Audio ».

Il y a quelques détails techniques chez Daniel Renard : pistes différentes selon le lecteur, formats audio haute définition, 5.1, etc. Par rapport au SACD par exemple, ce nouveau format à l’intelligence de se baser sur un parc de lecteurs Blu-Ray déjà installé, et évite l’éternel problème de la poule et de l’œuf.

Est-ce que ça va marcher ? Quel intérêt ? Il n’y a qu’à lire quelques forums (entre mille, Macbidouille, Homecinema.fr) pour noter un certain scepticisme, sinon un gros soupir collectif.

En fait, ce n’est même pas l’inutilité des effets audio les plus poussés pour 99 à 100 % de la population qui génère la méfiance, mais plutôt :

  • Le marketing qui corrompt tout dans ce milieu.
    Personne ne trouverait rien à redire si ce nouveau format remplaçait l’ancien dans les nouvelles parutions, avec un format hybride lisible partout, tirant parti au mieux des capacités de chaque lecteur. Après tout, des gens avec l’oreille absolue, qui peuvent et veulent déguster Mozart dans une salle de concert avec le dernier cri du matériel et des enceintes de concert, pourraient apprécier, et sans que cela porte préjudice à un béotien auditif comme moi.
    Ou encore, il y aurait la place de caser une intégrale d’un artiste sur une seule galette pour pas cher.
    Mais à voir la liste des albums (pas d’intégrale), on n’en prend pas le chemin (du classique je veux bien mais Brel ?).
    Évidemment, ce sera plus cher, 20 € le disque.
    Bref, le nouveau format vise encore l’audiopathe qui claque déjà son fric en câbles hors de prix (rappel).
  • L’intérêt réduit d’un format puissant quand la source ne vaut rien : compression de la plage dynamique dans la « course au volume » (voir ici et le dernier commentaire ici), masters de vieux classiques pas forcément au top non plus… C’est à la production que ça pêche, pas dans la restitution chez l’auditeur !

r@net54 résume d’une phrase :

« ils vont mettre dessus a la fois le contenu d’un CD audio, d’un SACD, d’un DVD audio, des menus et clip, plus 5 heures de bonus et messages antipiratage qu’il faudra bien se résoudre a subir pour enfin avoir droit aux 45 minutes de son 7.1 haute fidélité , avec un peu de chance pas trop écrêtés ni compressés, rendant toutes les nuances du dernier opus d’un rapeu defoncé aux meth qui couine sur un sample des 80’s… »

Au passage, j’aime bien la possibilité de télécharger la version MP3 ou FLAC : le client a payé cher un format au stockage démentiel (25 Go minimum, à comparer aux minables 300 Mo d’un album en FLAC qualité CD, ou aux 100 Mo de la version MP3 qualité si-tu-entends-la-différence-avec-le-CD-tu-es-un-chien), donc, dans la logique des marketeux, pour ces versions pratiques-et-suffisantes hors d’une salle de concert, il faudra aller les chercher sur Internet !

Au passage, je me demande si on peut ripper aussi facilement un Blu-Ray Pure Audio qu’un CD, mais vu qu’on est sur les mêmes technos que le Blu-Ray et que celui-ci semble à présent aisément rippable malgré ses protections de dément [1], la réponse est très probablement oui.

Bref, penser à rajouter le BRPA un jour à ma liste des formats et pourquoi ils ont souvent floppé.

Rendez-vous dans deux ans pour en rigoler.

Note

[1] D’après ce que je vois sur Google, moi j’ai jamais essayé, il faudrait déjà que j’ai un lecteur Blu-Ray.

vendredi 3 mai 2013

« La Guerre des Gaules » de Jules César

History will be kind to me for I intend to write it.

L’histoire sera gentille avec moi, car j’ai l’intention de l’écrire.

Winston Churchill

Deux mille ans avant Churchill, Jules [1] avait appliqué la méthode en rédigeant à chaud ses fameux Commentaires sur la Guerre des Gaules. Censé être purement factuel, loué par Cicéron (rien que ça) pour la pureté de son style, le livre n’en glorifie pas moins subtilement son auteur.

En très résumé : c’est la faute des Suisses. Les Helvètes ayant décidé d’émigrer massivement et agressivement à l’autre bout de la Gaule, les tribus gauloises sur le chemin appellent à l’aide la puissance romaine proche (la côte méditerranéenne était romaine depuis longtemps). César intervient donc et après moultes batailles renvoie les envahisseurs chez eux, se fait reconnaître comme protecteur d’autres tribus, va soumettre d’autres Gaulois qui en veulent du mal à ses protégés, et repousse une invasion germaine (déjà…).

César maître de toute la Gaule, les insurrections s’enchaînent. Vercingétorix n’est ni le premier ni le dernier de la liste des chefs gaulois engagés contre César, peut-être le plus spectaculaire. Avant même cet épisode, César a dû aller en Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) mater les soutiens de certains insurgés gaulois.

Les alliances se font et défont, et des auxiliaires gaulois ou germains servent contre des Germains ou des Gaulois. Les séquences s’enchaînent de façon un peu monotone : un chef persuade son peuple de se soulever, trouve des alliés, attaque les Romains dans leurs cantonnement d’hiver ou pendant l’absence de Jules ; les Romains supérieurement organisés et valeureux tiennent bon et finissent par provoquer la fuite de ces Gaulois si braves mais « pusillanimes » et inconstants. Les insurgés, penauds, envoient députés et otages ; César en général pardonne (parfois il vend la population aux marchands d’esclaves, parfois il massacre toute la population d’une ville) ; et tout est bien qui finit bien jusqu’au soulèvement de l’année suivante.

César, sans trop forcer, se donne le beau rôle. Si Gergovie est un échec, il ne s’étend pas — de toute façon c’était la faute de soldats indisciplinés et de ces traîtres d’Éduens qui ont changé de camp.

Quelques mentions au passage sur la logistique : le ravitaillement en blé et fourrages est le souci principal des légions, et son point faible. Et en hiver les légions sont vulnérables, car obligées d’hiverner.

J’aurais bien voulu lire la version originale dans le texte mais mes souvenirs de latiniste sont bien lointains et même avec le Gaffiot à présent en ligne, ça n’aurait pas été faisable.

Évidemment, Wikipédia résume tout ça très bien pour les gens pressés, et la version numérique se trouve sans difficulté en ligne. D’ailleurs, ce premier « vrai » livre (non technique) que je lis intégralement sur ma liseuse est aussi le plus ancien [2].

Notes

[1] Inutile de le nommer plus avant. Rares sont ceux dont le nom a servi jusque 1918 comme titre de rang supérieur à celui de « roi ».

[2] Non, je n’ai pas (encore) fini la Bible

dimanche 28 avril 2013

Canard PC Hardware n°16 & fourberies du marketing

C’est la première fois que j’achète ce magazine, et pourtant je ne suis pas dans la cible [1]. Par contre je les avais découvert à propos d’un dossier sur les ondes radio qu’ils avaient mis en ligne [2]. J’avais apprécié le ton badin bien que sérieux.

J’ai donc jeté un œil au sommaire du n°16 : alléchant. Entre quelques benchmarks de CPU ou de carte graphique pas inintéressants pour conserver une petite culture de ce qui se fait en ce moment, il y a deux perles :

Les câbles pour audiophiles ont-ils un intérêt ?

La réponse est : en gros, non.

Le milieu de l’audio haut de gamme doit servir de champ d’étude des consommateurs argentés prêts à dépenser pour du subjectif. Attention, on ne parle pas d’améliorations incrémentales qui pour certaines oreilles éduquées peuvent valoir l’investissement, mais de vent, de pipeau complet.

La technologie des amplis, des enceintes… ayant atteint la quasi perfection, il ne restait donc que les câbles comme composants dont on pouvait tenter de gonfler la marge. Le summum : des câbles optiques plaqué or, des câbles de raccordement électrique à 1000 €, des protections contre les parasites sur des câbles numériques. Quand les arguments de vente ne s’avèrent pas totalement farfelus (et dignes d’un prix Nobel en cas de démonstration rigoureuse), l’effet obtenu est ridicule, surtout comparé à l’effet placebo.

Le test ultime, en double aveugle, ils l’ont fait : les audiophiles concernés, sur leur propre chaîne, ne voyaient pas la différence entre deux câbles basique et ruineux. Ce n’est qu’un début, ils cherchent d’autres cobayes.

D’autres arnaques plus ou moins évidentes suivent : radiateurs de barrettes mémoire inutiles ; mémoire cache inutilement gonflée sur des disques durs ; « certifications militaires » portant en fait sur la méthode de test d’un composant et pas le résultat ; cartes graphiques identiques et rebadgées…

Les inondations thaïlandaises et les disques durs

Depuis un an et demi le prix des disques durs a explosé, officiellement à cause des inondations d’usine en Thaïlande. Bizarrement, en plein milieu de la crise, le chiffre d’affaire des deux plus gros fabricants (Western Digital et Seagate) n’a guère accusé le coup. Puis il a presque doublé les trimestres qui ont suivi, et n’est pas retombé depuis. Les bénéfices, eux, ont explosé en 2012. Le tout dans un contexte normalement défavorable (baisse mondiale des ventes de PC, montée des SSDs…).

Bref, les inondations ont bon dos, l’occasion a été trop belle aux fabricants de se refaire leur marge. Comme ce marché est devenu un duopole, il n’y a plus grand chose à espérer de la loi du marché dans l’immédiat…

Puces RFID & NFC

Le NFC, c’est le dernier truc à la mode dans les téléphones, l’équivalent des puces RFID, lisibles à distance. J’avais déjà un mauvais a priori sur tout ce qui est lecture sans contact, puisque cela peut se faire potentiellement sans l’accord du propriétaire de la carte. Surtout pour tout ce qui est carte bancaire.

Moralité : ça n’a pas manqué, il suffit manifestement de quelques connaissances et d’un peu de matos pour récupérer en trois quarts d’heure dans un métro bondé les infos sur sept cartes bancaires et deux passeports. Consternant.

Bref, sans doute un magazine de plus à suivre…

Notes

[1] Je ne joue qu’à des jeux remontant au XXè siècle et j’ai essentiellement un Mac, des PCs sous Linux dont le plus jeune a plus d’une demi-décennie au compteur, ou des petits bouts d’électronique qui n’ont pas atteint le stade du double cœur.

[2] En fait tout le numéro est disponible en PDF. À propos de ce dossier sur les ondes : il me semblait bien fait, avec une tentative de chercher les intérêts financiers dans les deux camps, et d’en revenir aux fondamentaux scientifiques, notamment à propos des énergies impliquées. Pour le côté rationnel, voir Skeptic : en double aveugle, on n’a jamais rien trouvé de probant. Voir aussi l’avis d’une électrosensible qui a lu le dossier, qui pointe surtout l‘absence de certains conflits d’intérêt. Difficile de se faire des avis objectifs de nos jours sur des sujets que l’on n’a pas creusé soi-même et où tous les acteurs sont susceptibles d’avoir des intérêts financiers et de faire de la comm’ ou d’être irrationnels…

samedi 20 avril 2013

« Les taxes sont ce que nous payons pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation avec un rabais. »

Taxes are what we pay for civilized society.

Les impôts sont ce que nous payons pour une société civilisée.

Oliver Wendell Holmes, Jr.

« Justice Holmes » fut un des plus importants juges de la Cour Suprême américaine de la première moitié du XXè siècle. Cette citation était dans l’air du temps et figure sur le fronton d’un bâtiment de l’IRS, le fisc local.

En 1937, le Secrétaire au Trésor de Roosevelt ajouta :

Taxes are what we pay for civilized society.
Too many citizens want the civilization at a discount.


Les taxes sont ce que nous payons pour une société civilisée.
Trop de citoyens veulent la civilisation avec un rabais.

Henry Morgenthau, Jr., mémo du 21 mai 1937 au Président

(Source : Taxhistory.org)

Morgenthau attirait l’attention sur les techniques d’évasion fiscale de l’époque, à un moment où la tranche maximale de l’impôt sur le revenu américain commençait à s’envoler vers les 90% ; taux qui sera maintenu longtemps après la fin de la guerre, sans que cela gêne l’explosion économique des Trente Glorieuses. Comme quoi il y a des choses qui ne changent pas malgré les décennies qui passent.

La traduction de at a discount est pleine de pièges. On dirait peut-être low cost en franglais actuel, mais le terme a pris une connotation négative pour le produit final même, de même que « au rabais ». « Avec un rabais » me semble plus juste.

PS : Citation rencontrée dans l’édito du dernier numéro (1171) de l’excellent Courrier International.

mardi 2 avril 2013

« Pour la Science » d’avril 2013: étoiles noires, Gulf Stream, Internet pour les crédules

Pour la Science, avr. 2013C’est dingue, je suis arrivé à finir ce numéro avant même la fin du premier jour du mois. Non, ce n’est pas un poisson. D’ailleurs le poisson du numéro, il faudra le chercher dans les contrepèteries.

Petit numéro quant à mes critères. Retenons ce qui suit :

Didier Nordon

Rien, sinon le désespoir à l’idée qu’il ne comprendra jamais le monde, ne peut expliquer le geste d’un homme qui décide de se spécialiser.

Avis perso : tout à fait mon cas. Je désespère de ne pas connaître toutes les branches de l’informatique, je me spécialise de fait dans la partie qui me fait manger avec les outils qu’on m’impose, et j’ai abandonné tout résistance[1].

Abeilles

  • Les abeilles sont en voie de disparition pour de multiples causes (toutes de notre faute probablement) mais ne sont pas les seules bestioles qui pollinisent les plantes, et les abeilles sont loin d’être les plus efficaces. Ça c’était la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que les autres espèces pollinisatrices en question sont aussi en voie de disparition, et surtout depuis 1970 (aux États-Unis au moins).
  • Pendant ce temps, une équipe américaine cherche à créer des essaims d’abeilles artificielles. Le robot lui-même est faisable, mais les batteries restent à mettre au point, et surtout : comment programmer un essaim ? De manière probabiliste ? Les théoriciens de l’informatique ont encore du boulot.

Internet fait le lit des croyances

Gérald Bronner, sociologue, remarque que grâce à Internet, n’importe quelle idée peut acquérir une masse critique suffisante pour que les personnes intéressées y trouvent de quoi conforter leurs croyances. Sans même se confronter aux idées opposées (on ne lit pas tous les liens que Google renvoie), surtout si on ne les cherche pas.

Répondre point par point aux arguments plus ou moins sérieux ou cohérents peut être un travail à plein temps car ils sont parfois très nombreux (11 septembre, mort de Michael Jackson, homéopathie…), et les spécialistes et personnes informées (avec les données) ont souvent autre chose à faire. On ajoute la concurrence entre médias qui les pousse au sensationnalisme (le contraire de l’esprit scientifique), et l’esprit peu préparé se noie vite.

(Ajout perso : ajoutons la méfiance envers les experts, et les rôles intéressés dont on accuse parfois ceux-ci. Pas étonnant que quiconque a un brin de paranoïa trouve de quoi justifier n’importe quoi. On est tout de même très loin en général de TimeCube.

Mes sites préférés dans la guerre contre la crédulité humaine : dans le genre dézingage sans pitié, Nioutaik (voir notamment le massacre de la Révélation des pyramides ou des complots du 11 septembre), et, dans un registre plus sérieux et structuré, l’Observatoire zététique et Skeptic.

Je reste aussi d’avis que l’incompétence et le j’m’en-foutisme intrinsèques à toute grande organisation, la sous-estimation des capacités de nos ancêtres et de leur nombre, la recherche immédiate du profit, l’ignorance par le grand public des règles les plus basiques des maths, de l’histoire, ou de la science (niveau Renaissance)… expliquent tout bien mieux que d’hypothétiques complots internationaux à grande échelle. )

Divers

  • Vus les plumes sur les fossiles, les premiers oiseaux avaient sans doute quatre ailes. Gênant pour marcher.
  • Un des objectifs du Deuxième Plan national santé environnement : réduire de 30% d’ici 2015 les particules fines (cancérogènes) émises par le chauffage au bois (foyers ouverts), ou les transports. (Encore une pierre dans le jardin du diesel…).
  • Tous les animaux, apparemment, dorment, même la drosophile. En fait, on ne sait pas vraiment à quoi sert originellement le sommeil.
  • De la cosmologie théorique un peu planante : les « étoiles noires », créées au tout début de l’univers par la matière ordinaire et des neutralinos. Ces derniers, dont l’existence sortie de modèles mathématiques reste à prouver, constitueraient peut-être la fameuse matière noire mal définie qui constitue 90% de la masse de l’univers. Les premières générations d’étoiles auraient utilisé l’énergie due aux désintégrations entre neutralinos pour se constituer (le neutralino est sa propre antiparticule : quand deux se rencontrent, ils deviennent photons), ce qui leur aurait permis d’atteindre des masses de millions de masses solaires, et d’expliquer ainsi l’existence de trous noirs supermassifs. Et ceci avec le minimum d’hypothèses sur la nature de matière noire.
  • « Le Gulf Stream : tempère-t-il vraiment l’hiver européen ? » : Le titre donne dans le sensationnalisme (le Gulf Stream n’expliquait-il pas que les Bordelais aient un climat bien plus clément que les New-Yorkais ? on nous aurait menti ?) mais l’article est plus prudent. Si les calculs et modèles récents donnent une certaine importance aux vents, l’eau reste un bien meilleur vecteur de la chaleur que l’atmosphère, et le Gulf Stream continuera probablement longtemps à faire partie de la cellule de convection géante qui amène la chaleur des tropiques aux zones tempérées. Des balises ont été jetées à la mer et des modèles calculent pour compléter cela les prochaines années.
  • Les fanatiques de mécanique des fluides s’amuseront avec l’article sur la natation humaine. (Moi j’y ai toujours été allergique. À la natation comme à la méca-flux.)
  • Une équipe japonaise cultive des rétines artificielles à partir de cellules souches. Au mieux, cela rendra une vision de quelques dizaines de pixels à des aveugles, rien de transcendant. Mais dans le futur ?
  • L’article sur l’instinct maternel sous la IIIè République fascine par son machisme et les raccourcis avec les observations dans la nature : soit les femmes sont admirables par leur instinct maternel (vision dominante), et donc destinées à rester au foyer, sans qu’on les fatigue trop par des efforts cérébraux ; soit elles sont mues par cet instinct par pur égoïsme. L’impact sur les luttes politiques de l’époque fascine.

Note

[1] Je bosse à présent sur du Microsoft, c’est dire.

mercredi 20 mars 2013

“Life After People”

Welcome to Earth, population zero.

Cette série américaine de documentaires a manifestement été inspirée par The World without us (en français, Homo disparitus, déjà chroniqué et apprécié ici en 2008), d’ailleurs l’auteur du livre fait des apparitions.

Elle en reprend l’hypothèse de départ : toute présence humaine disparaît du jour au lendemain, comme par magie, et sans détruire le reste de la planète qui évolue alors sans nous. Que deviennent le monde et nos villes ?

Bon point, la série utilise comme le livre la mise en perspective historique : la déliquescence de Washington désertée est rapprochée de celle d’Angkor, abandonnée à la jungle il y a un demi-millénaire. Mine de rien, il existe de nos jours flopée de cités abandonnées, même récemment, même dans les pays riches.

Nombre d’épisodes rappellent la puissance des éléments : la pluie, la foudre, les inondations mais aussi la neige, les racines des arbres, les fientes des oiseaux, le kudzu, la rouille, les ultra-violets solaires… Notre société a incroyablement modifié le paysage, détourné des fleuves, prélevé et déplacé des masses d’eau gigantesques, asséché des marais, et installé des piscines dans des déserts. Los Angeles retournera au désert quand les pompes s’arrêteront, et les monuments de Washington finiront fossilisés sous le niveau de la mer.

Ce ne sont pas les constructions les plus apparemment solides qui survivront forcément : tout ce qui est en béton armé, bunkers du Mur de l’Atlantique y compris, sera vite rongé par la corrosion. Dans deux-trois siècles, il ne restera plus grand-chose de visible de nos villes ; et dans deux mille ans, peut-être Notre-Dame et sûrement les pyramides. Les derniers témoignages de l’humanité seront des coffres-forts enterrés plein d’or, des sondes dans l’espace, et un rover sur la Lune. La question n’est pas de savoir si mais quand et comment un pont, un navire de guerre, une statue, la Joconde… disparaîtront.

Le monde que nous laisserons derrière nous ne sera pas le même que celui où nous sommes apparus. Après nous prospérerons peut-être des plantes invasives venues d’autres continents, tenues péniblement sous contrôle (comme le kudzu aux états-Unis), des chiens retournés à l’état sauvage, des chimpanzés lâchés dans des villes vides pleine d’opportunités pour les plus fûtés…

Quelques touches d’humour surnagent au sein d’un commentaire évidemment catastrophiste, par exemple le sort des corgys d’Élisabeth II, obligés de piller Buckingham Palace avant de s’échapper dans le vaste monde.

Des bémols ? Un ton très sensationnaliste, une certaine lassitude après le énième immeuble effondré à cause de l’assaut de l’eau et de la foudre et faute de maintenance ; beaucoup d’effets faciles ; des redites à cause des coupures pubs [1], et une vision très centrée sur l’Amérique (on voit quand même la Tour Eiffel s’émietter). Ça n’en reste pas moins passionnant.

Attention, c’est uniquement en anglais, sans sous-titre ! Je n’ai cependant eu aucun problème pour comprendre, à part quelques Texans, et pourtant j’écoute peu d’anglais ces temps-ci. Gaffe au zonage si vous vous offrez le DVD.

Site de la série (deux saisons) : http://www.history.com/shows/life-after-people.

Note

[1] Mais comment font les Américains pour supporter de la pub toutes les cinq minutes ? Pour le moment ils n’en mettent pas sur les DVDs, Dieu merci.

samedi 16 mars 2013

« Pour la Science » de Janvier 2013 : Mer morte, loup domestiqué, monde continu ou discret

À chaque fois que je lis mon magazine préféré, je me dis que je vais essayer d’économiser le temps de chroniquer celui-ci. Et paf, ça ne rate jamais, il faut que je me souvienne de certains articles, donc que je les résume ici. C’est parti, commentaires personnels comme d’habitude en italique.

Didier Nordon

  • « Sigma de un n sur deux » est plus parlant pour un mathématicien que « la somme des inverses des carrés des nombres entiers. » De même, des mots comme « ontologie » ou « keynésien » permettent de ne pas se laisser submerger à nouveau par tous les détails et d’avancer un peu plus loin. « L’étrange besoin qu’a l’esprit de court-circuiter les détails d’une étape pour pouvoir s’appuyer sur celle-ci confère aux abréviations une étange puissance créatrice. »
    Parallèle à faire avec les fonctions et autres routines en informatique ; ou une documentation souvent inutile quand elle reprend ce qui est déjà noté clairement en code informatique.
  • Pour passer pour un oracle, il ne faut pas être nuancé et capable de changer d’avis, mais carré, inflexible et inébranlable, et on vous écoutera. « Le monde n’écoute que les sourds. »
    Éternel dilemme entre les principes et le réalisme. Pour que les réalistes ne bradent pas trop les principes, ne faut-il pas quelques têtes de mules qui leur rappellent ?

Le monde est-il discret ou continu ?

Grave question non résolue, au confluent de la philosophie, des plus audacieuses théories de physique théorique, du Jeu de la vie, de la physique quantique et de Matrix.

Le discret est à la mode à notre époque, et la théorie des quanta (paquets d’énergie aux quantités bien définies, et non continues) semble le justifier. Cependant, David Tong rappelle que ces quantas ne sont, par un « tour de magie mathématique », que des solutions à l’équation de Shrödinger qui, elle, suppose un espace continu.

D’ailleurs en physique théorique fondamentale, il n’y a même pas vraiment de particules, juste des champs.

En conséquence, le seul entier fondamental de toute nos théories physiques est 1, nombre de dimensions temporelles. En effet il n’est pas certain que le nombre de dimensions d’espace soit simplement 3 si l’espace est fractal (dimension non entière). Et le le nombre de sortes de quarks (6) ou autres particules n’est qu’une conséquence des équations des champs. (Le concept de dimensions temporelles plurielles me laisse rêveur, mais il paraît que les théories seraient alors incohérentes.)

Plus pratiquement, aucune simulation numérique ne semble réalisable pour certains phénomènes chiraux en chromodynamique quantique : ils seraient fondamentalement non discrétisables.

Moralité : si nous sommes dans la Matrice, elle est analogique.

Du loup au chien

Le chien descend des loups domestiqués il y a au bas mot 30 000 ans, soit nettement plus tôt que tous les autres animaux domestiques (10 000 ans au plus). Les premiers louveteaux auraient pu être allaités par des femmes, comme cela se voyait encore récemment en Papouasie. Par nature social, un jeune loup se considère alors comme membre d’une horde d’humains. C’est en fait logique : le loup occupait la même place écologique que nous avant le Néolithique : prédateur en meute et sociologiquement, c’est donc déjà l’animal le plus proche de nous.

Sélection artificielle aidant, nous aurions alors obtenu cet animal artificiel, très dépendant de nous, loup éternellement adolescent, qu’est le chien.

La définition du chien en tant qu’espèce est d’ailleurs un exemple du flou sur la notion même d’espèce, car la variabilité entre espèces canines est plus grande que la distance avec le loup. Quant à l’apparence, elle ne veut rien dire (le pékinois est plus proche du loup que le berger allemand !). Espèce à part ou sous-espèce de Canis lupus ?

Un passage laisse songeur : grâce au chien, doté d’un odorat et d’une endurance plus performants bien supérieurs, la chasse de nos ancêtres a été bien plus efficace. Peut-être le chien a-t-il été un atout majeur d’Homo sapiens dans la lutte contre Neandertal, lequel, justement, a disparu peu après cette domestication…

Divers

  • La Mer Morte se meurt (je sais que les zombies sont à la mode, mais là ça devient zarb’) : les eaux du Jourdain sont massivement détournées par les pays riverains, le niveau baisse d’un mètre par an (!!!), provoquant d’impressionnants et dangereux effondrements circulaires près des rivages. Un projet d’aquaduc depuis la Mer Rouge existe (c’est la saumure résultant du dessalement de l‘eau qui approvisionnerait la Mer Morte), les études sont en cours.
  • Pour un père qui veut diffuser ses gènes, il vaut mieux s’occuper de ses neveux (par sa sœur) que de ses propres enfants (supposés) si le taux d’infidélité dépasse 50%.
    J’adore quand on croise probas, génétique, et morale.
  • On sait à présent mesurer la température d’un plasma quarks-gluons (environ 2 000 milliards de degrés, pendant 10-23 s).
    Non je n’ai compris ni la technique, ni l’utilité immédiate, ni même ce que l’on mesurait.
  • On aurait détecté à une centaine d’années-lumière une planète errante, éjectée de son système solaire.
    Des étapes sur la route des étoiles ?
  • Évaluation entre experts au sein de l’Agence d’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche : plutôt que la nomination en cascade depuis le sommet (politique), ou des critères de « performances » vite générateurs de cercles vicieux, Philippe Büttgen propose purement et simplement… l’élection par les pairs. Transparence n’est pas confiance, et ça se passe bien en Allemagne.
  • Une usine à gaz en préparation au Parlement vise à moduler le prix de l’électricité en fonction de la consommation : -20% sur la facture en dessous d’un quota de base, +10% pour ce qui en dépasse le double. Boris Solier accuse ce système d’être contre-productif, comme cela a été le cas en Californie : le prix moyen, plus bas pour certains, mènera à une hausse de leur consommation, et en général lors des pics. Ensuite, on ne consomme pas moins quand on est pauvre et plus quand on est riche : les gens modestes ont du mal à faire isoler leur logement. Autant aider la rénovation. Enfin, la mise en œuvre sera complexe.
  • Pas d’addiction au sucre : dans les définitions officielles des psychiatres, l’addiction suppose plusieurs critères, dont un conflit entre un désir d’arrêter une consommation, et le désir impérieux de continuer à en consommer, et plus que de raison. On ne pourra donc parler d’addiction au sucre que lorsque la pression sociale sera telle que les gens voudront arrêter le sucre.
  • Australopithecus sediba, découvert en Afrique du Sud, serait-il le véritable ancêtre des Homo erectus (et donc le nôtre) ? Une grotte a livré deux squelettes assez complets, événement très rare, et promet déjà d’autres belles découvertes pour trancher le débat. L’arbre généalogique de l’homme reste dans le détail très discuté.
    J’ai même l’impression qu’ils y rajoutent une nouvelle espèce tous les 3-4 ans : Homo antecessor, Homo heidelbergensis
  • La chronique de Jean-Paul Delahaye s’étend sur ces jeux sérieux qui utilisent l’intelligence humaine de manière massivement parallèle pour des problèmes (encore) inaccessibles aux ordinateurs, par exemple Galaxy Zoo, ou FoldIt, quand ce n’est pas reCAPTCHA pour numériser des livres.
  • La rubrique Science-Fiction détaille l’anatomie de la bestiole d’Alien, et montre que c’est un condensé de toutes nos peurs animales (reptile, insecte, arachnide…).
  • Et la rubrique artistique montre que, géologiquement, le monde de J.R.R. Tolkien est cohérent. On a même les frontières des plaques tectoniques.

mercredi 13 mars 2013

Habemus papam dans le texte

J’ai entendu en direct le habemus papam sur BFM, et les quelques formules qui allaient avec, jusqu’au nom du nouvel évêque de Rome.

Je n’aurais jamais pensé comprendre un événement à la télé avec quelques secondes d’avance sur l’essentiel de l’humanité grâce à mes cours de latin au lycée.

dimanche 10 mars 2013

ST Magazine, un bout d’histoire à la benne

STMag30.jpg Je viens de jeter à la benne trois années de ST Magazine, qui pendant mes années lycée-prépa (en gros de l’effondrement du mur de Berlin à la sortie de Jurassic Park), a fait le début de mon éducation informatique.

Radotons

C’était un monde informatique que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître, où le summum de la connectivité passait par le Minitel (pour le téléchargement) et la Poste (pour les disquettes de domaines publics) ; où les éditeurs allemands comptaient autant que les Américains ; où tout était intégré par le même constructeur, du matériel aux périphériques au système d’exploitation ; où la compatibilité entre deux versions successives d’une machine pouvait jouer des tours ; où on était ravis de s’éclater les yeux en 320x200 en seize couleurs sur une télé ; où les graphismes délirants de Capitaine Blood Capitaine Blood et un Migrax m’arrachaient un « ouaouh ! » (bon, avant j’avais un MO5), et en plus la musique était de Jean-Michel Jarre ; où les éditeurs de jeux disaient déjà que le piratage allait les tuer (le pair-à-pair à l’époque, c’était dans la cours du lycée).

ST Mag causait parfois du monde Mac (et ses bécanes hors de prix), du monde Amiga (l’ennemi mortel pourtant), voire de hautes technologies complètement ésotériques pour les mortels : Unix System V release 4, NeXT, les Motorola 68030… Non, Linux n’existait même pas. Jean-Michel Jarre créait sur Atari ST, et à côté de tout cela MS-DOS et son invite en mode texte faisait pitié.

Je me souviens de mes premiers programmes sérieux en GFA Basic, tellement proche du Pascal, et des émerveillements en codant mon premier ensemble de Mandelbrot ou un simulateur de système solaire ; des émulateurs pour PC (j’avais, ça marchait assez pour faire du Turbo Pascal !) ; de mes premiers pas avec PoV ; et des dessins de Bruno Bellamy.

Dans la famille, nous sommes trois générations à faire simultanément du rangement : j’ai dû me résoudre à décharger mon père de ce carton poussiéreux. J’ai survolé les sommaires en choisissant les quelques numéros que je tenais à garder, et il faut reconnaître que l’essentiel n’a plus grand intérêt : nouvelles très défraîchies, tests de logiciels oubliés, de cartes d’extension confidentielles, ou des nouvelles machines d’Atari qui n’ont jamais décollé (TT, Transputers Jaguar, Falcon), faute de surface financière surtout. Comme tant d’autre, je suis passé dans le monde plus triste, mais plus économiquement réaliste, des PCs et des Macs.

Dave Small

Resteront dans les annales notamment les articles de Dave Small (en ligne ici, à archiver), une mine de conseils.

Grâce à lui j’ai su que j’étais un NT avant même de faire le test. Il rendait une partie de l’informatique magique, ou montrait son côté vaudou. Il m’a fait découvrir Tesla et l’influence du SIDA sur l’industrie informatique.

Si j’en crois les forums, une bonne partie de la nostalgie liée à ST Mag est attachée à Dave. Impossible de mettre la main sur les versions originales des articles.

Vingt ans après

Depui, ST Magazine continue de paraître en ligne toutes les demi-décennies. Les anciens numéro sont sur abandonware.org (merci Stéphane pour le lien).

Le patron d’Atari Jack Tramiel est mort en 2012. NeXT a dévoré Apple de l’intérieur. Les 68000 sont ravalés au rang de microcontrôleurs.

D’Atari il ne reste rien que des droits sur des jeux et un nom connu, racheté par un éditeur qui trouvait que le nom sonnait bien et qui vient de faire faillite. Il y a des chances qu’Atari renaisse un jour sous une forme ou une autre, sans aucun rapport avec l’entreprise originale.

Dave Small semble avoir manqué la transition vers Internet. Restent une preuve de vie sur un forum, où il parle de la faillite de son entreprise, et les versions numérisées de ses articles dans ST Mag (lecture conseillée aux petits jeunes).

Et Bellamy vient de lancer un nouveau mag de BD.

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