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jeudi 2 février 2012

« Pour la Science » de février 2012 : secondes excédentaires, ours des cavernes et multivers

(Défit personnel : je vais tenter de chroniquer vite fait ce numéro un peu mineur, en dominant ma logorrhée habituelle, pour publier ceci avant le début du mois du numéro. Chiche ! C’est rapé.)

Les secondes intercalaires

Passionnant article sur un phénomène qui touche peu le commun des mortels, qui se contente au mieux de la précision d’un train ou du serveur NTP auprès duquel son PC trouve son heure.

Le problème à la base est très concret : synchroniser la régularité du calendrier avec la rotation de la planète, qui est après tout le cadre ultime de nos vies. Certains s’en fichent, comme les Arabes avec des années lunaires plus courtes qu’une année solaire ; les Chinois rajoutent des mois au petit bonheur ; chez nous Caius Julius a imposé les années bissextiles, puis le pape Grégoire a affiné tout ça avec son calendrier.

Depuis 1972 le temps est mesuré avec des horloges atomiques, et la rotation de la Terre étant ce qu’elle est, il faut parfois ajouter, ou retrancher une seconde en milieu ou fin d’année pour que le temps solaire corrigé de l’équation du temps (l’explication du concept est claire) coïncide au micropoil avec le Temps Universel Coordonné, décompte des période du rayonnement entre deux niveaux hyperfins du césium 133 (une référence universelle qui en vaut une autre — mais sans lien avec la Terre). Il y aura donc sur certaines horloges précises un 30 juin 2012 23 h 59’ 60”.

Ces ajouts de seconde perturbent certaines applications précises, en partie à cause du système de notification. Bref, certains plaident pour la suppression de ces secondes intercalaires (ça a failli être voté après l’écriture de l’article mais la décision est reportée à 2015).

L’auteur plaide pour leur maintien : le calendrier « réel » (ressenti, avec heures, jour et nuit) et celui universel et coordonné vont diverger. Déjà le GPS a 15 secondes d’écart (il ne tient pas compte des secondes intercalaires). J’aime beaucoup la conclusion qui voit loin : dans 50000 ans, à cause de la rotation de la Lune, il faudra au moins une seconde intercalaire par jour : la planète tournera en 86401 secondes ! Comment dans le futur allons-nous gérer cela ?

(Personnellement, je me dis que le problème sera peut-être résolu quand nous nous installerons sur Mars ou ailleurs : un temps universel arbitraire ajusté ensuite pour chaque planète au gré des besoins de celles-ci, sera nécessaire. Il faudra juste que ce temps devienne arbitraire et formellement déconnecté des jours et nuits terrestres pour qu'on ne s’y réfère plus du tout. Il faudrait lire les discussions sur ce sujet à l’ITU-R.)

Les ours des cavernes

Totem de la Préhistoire européenne, l’ours des cavernes a bien existé et laissé pas mal d’ossements. L’espèce était bien distincte de l’ours brun et de ses cousins proches (grizzly, ours blanc…), avec un ancêtre commun il y a environ 1,6 millions d’années. Ce monstre était plus végétarien que carnivore.

Les comparaisons de peintures rupestres étalées sur des milliers d’années, dans la grotte Chauvet par exemple, ainsi que l’analyse de la diversité génétique des ossements trouvés, montre que l’espèce a progressivement disparu au Paléolithique, et son déclin s’amorça avant l’arrivée de l’homme.

Le multivers

Depuis longtemps la SF prend comme décor les univers parallèles et les univers très lointains, au-delà du mur de quelques dizaines de milliards d’années-lumière autour de nous. Est-il possible, scientifiquement, de découvrir si oui ou non ils existent ? Pour le cosmologiste George Ellis, non.

Le premier type de multivers englobe les espaces de l’univers « classique » trop lointains pour que leur lumière ou toute autre information nous en parviennent : à jamais inaccessibles, ils ont a priori les mêmes lois physiques que nous. Ce très plausible multivers est simplement un ensemble de bulles isolées à jamais par la vitesse finie de la lumière et l’expansion de l’univers.

Le second type de multivers envisage que des bulles assez lointaines auraient potentiellement des lois physiques différentes, voire toutes les combinaisons possibles de lois et de paramètres physiques. Ils restent également trop lointains et à jamais inaccessibles.

Les arguments scientifiques de ce multivers sont au mieux indirects sinon spéculatifs, et ils utilisent souvent des variantes ou la marge de théoriques physiques : les champs scalaires des dernières théories permettent des univers-bulles à l’infini (mais pourquoi ?) ; l’hyperinflation des débuts de l’univers pourrait s’être déroulée différemment ailleurs (rien ne l’interdit, rien ne l’y oblige) ; ils pourraient être parallèles ou juste lointains…

La théorie des cordes notamment offre un paysage idéal pour ces univers multiples, avec sa multitude de paramètres possibles. Mais on attend toujours une confirmation expérimentale des cordes ou d’un sous-ensemble. Et justement, parmi les arguments les plus intéressants du multivers figure l’étonnante (improbable ?) coïncidence de paramètres physiques qui permet la vie dans notre univers. Si énormément d’univers possibles existent, sinon tous ceux possibles, il n’y a rien d‘étonnant à ce que nous existions dans un qui soit favorable à la vie, même improbable.

La recherche de trace d’univers passés dans le fond diffus de l’univers ou de variations possibles des constantes fondamentales a fait à peu près chou blanc. À l’inverse on n’a pas trouvé de motif se répétant dans l’univers, il ne semble donc pas sphérique et fini… ou alors à plus grande échelle, et nous ne le saurons jamais.

Bref, sans possibilité d’y aller voir jamais, sans théorie bien établie suggérant fortement l’existence du multivers, on ne peut parler de science quand on évoque le multivers. On tient plus là un concept extrêmement flexible qu’une théorie un tant soit peu travaillée. On extrapole « du connu à l’inconnu, du vérifiable à l’invérifiable ». George Ellis reproche que l’on cherche à établir par des hypothèses théoriques des choses à jamais invérifiables, ce qui est pourtant la base de la science moderne.

Dernier argument massue : le rasoir d’Ockham ne permet pas de créer une infinité d’univers aux paramètres exotiques juste pour expliquer l’existence du nôtre !

Il reconnaît certes un bon argument des défenseurs du multivers : il n’y a pas d’autre explication à notre existence. Il n’a jamais été établi, juste espéré, que les lois de la physique sont « obligatoires ». Mais le choix entre multivers, univers arrivé là par hasard, et univers créé, relève là de la métaphysique. Pas de la science.

Un encadré d’Aurélien Barrau objecte : le sage a raison de se méfier de la spéculation, mais méfions-nous aussi d’un excès de circonspection. Le multivers est un « pari ». Il est en partie réfutable (donc scientifique) car basé sur des théories scientifiques certes non établies, mais testables dans notre monde. On parle certes de probabilité que le multivers existe, mais c’est en fait très souvent le cas en physique. Et il voit le rasoir d’Ockham dans l’autre sens, car des théories suggèrent que le multivers est possible, et l’interdire les compliquerait. Il finit par dire que la physique change en permanence et pourrait accepter un cadre un peu plus spéculatif.

( Avis perso : je n’ai aucune idée de ce à quoi peuvent ressembler les théories de l’inflation ou des cordes et comment en pratique on pourrait en déduire des univers différents. Ça me fascine. D’un côté tirer des conséquence parfois osées de théories (relativité, mécanique quantique) s’est révélé vrai, d’un autre côté cela a souvent permis de montrer qu’elles sont fausses et imparfaites. D’où la nécessité des observations pour valider ou infirmer la déduction théorique. Impossible ici. Et l’idée d’un multivers fatalement là parce qu’il n’y a pas d’autre possibilité défendable me rappelle le « Dieu des manques » qui a reculé à chaque avancée scientifique.
D’un autre côté, si l’on parle effectivement d’univers parallèles causalement inatteignables (ce dernier point sera massivement attaqué par tout écrivain de SF), le résultat de cette spéculation n’a matériellement
aucune importance matérielle, juste philosophique ! )

Divers

  • Didier Nordon met le doigt sur des aberrations étymologiques : un « misanthrope anthropophage » est quasiment une oxymore (et Matyo en rajoute : un vampire est aussi un hémophile…).
  • Du même : nul ne peut juger les hommes et les dire bons ou mauvais, ni certains d’entre autres, forcément juges et partie, ni les animaux que nous avons trop bousculés, ni les extra-terrestres qui pourraient lire toute notre littérature sur eux.
  • Les légumes et fruits surgelés sont réellement sains et bons, mangez-en.
  • La Listeria est une bactérie avec de nombreux moyens d’invasion de l’organisme. Elle pourrait paradoxalement nous servir : génétiquement modifiée pour exprimer des gènes de cancer, elle deviendrait un vaccin anticancer !

dimanche 29 janvier 2012

Verbiage de développeur

Je suis tombé là-dessus il y a peu, je m’en vais traduire, trahir, compléter, mettre à ma sauce le meilleur de ce verbiage humoristique de développeur humoristique plein de sagesse, que pour être franc je n’ai pas vu beaucoup en francophonie :

  • Condition Yoda : condition de la forme if (4 == mavariable) au lieu de l’instinctif if (mavariable == 4). Utile par exemple en C pour parer à certaines failles de sécurité, ou pour ma part (les quelques heures par décennie où je fais du C) à parer au fait que ce ☁#!☠☢☭⚡[1] de langage utilise le tout simple symbole = pour l’affectation et surtout l’autorise en plein milieu d’une condition.
  • Gestion d’exception à la Pokémon : elle est du genre :

try
{
// faire quelque chose
}
catch
{
// si problème on arrive là
}

alors qu’un principe de la gestion des erreurs est de ne pas chercher à gérer une exception dont on ne sait pas quoi faire. Si c’est pour loguer et sortir proprement du programme je comprends encore. Le pire consiste à tout mettre sous le tapis, comme l’ont fait certains Indiens vendus par un très grand éditeur là où j’ai presté il y a plus d’un lustre (c’est du PL/SQL) :

BEGIN
-- fait quelque chose impliquant des INSERT et UPDATE dans les tables
EXCEPTION
WHEN OTHERS THEN
NULL ; -- ignore tout problème et méprise le concept de transaction
END ;

  • Ne faites jamais confiance à un développeur en costard-cravate : disons qu’il a le droit de porter cravate le premier jour, le temps de savoir où il tombe, surtout s’il est dans le service, ou qu’il est parfois obligé. Certains diront qu’un vrai développeur n’ira jamais travailler dans une banque, mais il n’y a pas de place chez Google pour tout le monde, et certains préfèrent avoir un salaire pour payer leur famille que de vivre qu’en start-ups.

Les rapports de bugs issus d’utilisateurs non informaticiens constituent une des plaies du métier. Tout le monde n’a pas compris (même quand on lui explique) que dire « ça ne marche pas » ne constitue en aucune manière une information susceptible de mener à la résolution d’un problème. C’est aussi valable pour une voiture : ce qui ne se constate pas de manière flagrante en quinze secondes d’essai n’est pas un problème facile à trouver. Et encore, tout le monde sait utiliser une voiture de la même manière. Un informaticien non spécialiste d’un domaine ne verra pas que ce taux d’exécution budgétaire de 32% en décembre est farfelu ; dites-lui que ce doit être plus de 90% et il sera déjà mieux armé pour trouver le problème.

  • Smug report (« bug vantard » ?) : bug soumis par un utilisateur qui croit mieux connaître le système que son concepteur, avec des pistes sur la cause du problème, pistes d’autant plus fausses qu’elles sont affirmatives. J’ajouterai que certains utilisateurs sont champions pour faire un lien entre deux événements sans rapport, du genre d’un plantage d’imprimante qui aurait provoqué une erreur dans le logiciel de planification.
  • Drug report (« rapport de drogue ») : rapport de bug incompréhensible, apparemment rédigé sous acide.
  • Bug de Fermat : le rapport de bug contient un commentaire indiquant que la solution a été trouvée, en n’indiquant en rien quelle est sa nature. Très fréquent dans les forums internet.
  • Contre-bug : bug présent comme défense contre un bug que l’on vous présente. Utile dans les guéguerres entre équipes ou (pire) entre fournisseurs.
    « Votre logiciel de compta rame, on pourra pas faire la paye !
    - Ah désolé ma p’tite dame, c’est un bug connu de votre version de votre base Oracle, rappelez-nous quand vous aurez patché. »

  • Bug flottant : bug surnageant dans l’outil de suivi, jamais assigné, ou refilé de personne à personne. Il y a un contournement efficace, le correctif est flou, délicat, trop long, fastidieux, sans intérêt, ou touche à trop de domaines différents avec trop de risques d’explosion par la suite… Bref, ce bug a de bonnes chances d’être ignoré, puis explicitement filtré pour ne pas polluer les tableaux des responsables de projets, donc de rester des années dans le logiciel jusqu’à ce que tout le monde considère qu’il s’agit du fonctionnement normal.
  • Heisenbug (mon préféré) : bug qui change quand l’observe.
  • Schrödinbug : comme le chat de Schrödinger, le bug oscille entre l’existence et la non-existence (le résultat du programme est souvent correct) jusqu’à ce qu’un développeur inconscient soulève le capot et regarde. Le bug devient alors permanent.
  • Bug de Higgs : bug dont l’existence n’est suggérée que par quelques entrées dans les logs et de vagues mentions anecdotiques. Impossible à reproduire sur une machine de dév’ car en fait on ne sait pas trop ce qui se passe. Pour le débuguer il faudra investir dans des systèmes de surveillance très lourds.
  • Bug du Loch Ness : bug qui n'a été rapporté que par une seule personne.
  • Hindenbug : bug d’ampleur catastrophique, du genre qui fait crasher en flamme tout le projet.

  • Bug OVNI : bug reporté encore et encore par des clients à qui l’ont a pourtant montré qu’il n’existe pas.
  • Mandelbug : bug tellement complexe que son occurrence ne semble pas déterministe, c’est-à-dire chaotique.

  • Bug d’apprenti sorcier : bug (en général dans un protocole de communication, une boucle…) menant à la génération de nouveaux messages, objets buggés, qui eux-mêmes en génèrent d’autres… menant ainsi soit à l’invasion de l’univers par les bugs, ou plus probablement, les ressources informatiques ou autres étant finies, à l’effondrement du système du bug.
  • Bug Excalibur : le bug que tout le monde a essayé de corriger, en vain jusqu’ici.
  • Bug vital : les utilisateurs considèrent que le bug fait partie du fonctionnement normal du logiciel, voire basent une partie de leur fonctionnement dessus. Ils refuseront que cela change même si on leur montre qu’ils font n’importe quoi ou que le bug est une faille de sécurité béante.
  • Fonctionnalité : It’s not a bug, it’s feature, selon Microsoft, ou plutôt (selon Apple dès 1979) un « bug décrit par le marketing ».
  • Refucktoring : retravailler un code peu maintenable mais fonctionnel pour le massacrer complètement et y introduire plein de bugs. En général le code sortira n’en sortira pas plus maintenable, mais bien plus boursouflé et moins fonctionnel.

À propos des différents types de code que l’on peut rencontrer (parce que le code informatique est à peine moins marqué que la littérature par les questions de style) :

  • Code spaghetti : tellement plein de GOTOs, d’exceptions, de threads… et autres branchements non structurés, que suivre le déroulement de ce code est aussi fastidieux que de démêler un spaghetti dans une assiette pleine.
  • Code spaghetti avec des boulettes de viande : comme précédemment, avec des morceaux de tentative de structuration.
  • Code baklava ou code lasagne : du code avec beaucoup (trop) de couches d’abstraction empilées. Je dirais que N développeurs produiront souvent N couches de code.
  • Code ravioli : code objet consistant en un petit nombre d’objets faiblement liés (en soi, une bonne chose).
  • Code andouillette : code qui pue et dont on ne veut pas connaître la composition.
  • Château de carte : touchez une chose, tout s’effondre.
  • Hydre : chaque correction de bug en engendre deux autres.
  • Code balafré : plein de cicatrices à cause de toutes les rustines qu’on y a appliqué.
  • Code mort : toujours là mais commenté, ou (pire) jamais appelé.
  • Assurance contre le licenciement : code tellement obscur et bardé d’historique que la personne chargée de la maintenance a l’assurance de ne jamais être virée. Les effets pervers sont : l’impossibilité de changer de boulot et donc de monter dans la hiérarchie pour la même raison ; et le risque que la mise à la retraite du logiciel implique le licenciement immédiat du mainteneur qui ne servait plus qu’à ça et n’a pas suivi la montée en compétence de ses collègues.
  • Ghetto : partie du logiciel où personne ne va, avec ses lois obscures, et qui doit faire des choses pas catholiques, mais qui ne gêne pas le reste.
  • Code copier-coller : code de débutant qui n’a pas compris le concept de fonction ou de procédure, bref de réutilisation.
  • Palimpseste : comme les parchemins du Moyen Âge, un code avec beaucoup d’historique révèle en creux bien des pans de son histoire, par exemple des tailles maximales de certaines informations ou certaines structures de données liées à des contraintes sur des applications depuis longtemps oubliées.
  • Développement défensif : manière de programmer consistant à considérer que Murphy s’attaquera activement au logiciel, ce qui mène à ne considérer aucune entrée comme sûre, à tout retester, etc. Pas forcément un mal dans certains milieux où la paranoïa est reine : médical, aéronautique...
  • Protoduction : prototype que l’on teste directement en production. Pas forcément un mal, parfois le seul moyen de tester même, quand on en est conscient. Catastrophe annoncée si les managers ont imposé qu’une maquette soit promue en prod’ sans même que le développeur en soit informé (évidemment, la responsabilité de tout problème lui retombera dessus).

Notes

[1] Vous saviez qu’il y avait tous ces symboles dans Unicode ? Je viens de découvrir (merci Wikipédia).

mercredi 11 janvier 2012

URGENT : Mobicartes à vider intelligemment

Appel à tous les lecteurs (oui, les deux là au fond) : pouvez-vous m’aider à résoudre ce problème ?

Étant données deux mobicartes qui débordent de crédits[1], comment les vider de la manière la plus intelligente possible avant la migration vers le nouvel opérateur ?

Je vois deux possibilités :

1) Le don par SMS à une œuvre quelconque, mais apparemment ça n’a été possible en France qu’au moment du tsunami indonésien. Les seules possibilités que j’ai trouvées avec Google concernent la Suisse ou la Belgique, pas la France. Je me contrefiche qu’il n’y ait pas de reçu fiscal.

2) Les systèmes de remboursement de forfait, par exemple remboursetonforfait.com : le principe consiste à appeler un numéro surtaxé pour vider le forfait, et on est crédit d’une partie de la somme. Il y a pas mal d’intervenants sur ce marché qui pue l’amateurisme même si certains ont l’air plus sérieux. En désespoir de cause j’essaierai, j’ai rien à perdre.[2]

Si quelqu’un a une meilleure idée, je suis preneur… Et je ne dois pas être le seul.

Il est hors de question de ne pas vider ces Mobicartes d’au moins l’essentiel.

Notes

[1] Nous sommes de petits consommateurs peu bavards qui préfèrent tchatcher sur un téléphone fixe gratuit plutôt que sur un mobile.

[2] D’ailleurs leur business plan risque de souffrir si Free Mobile ratisse tous les petits consommateurs aux forfaits bloqués surdimensionnés.

lundi 9 janvier 2012

« Le Tour du monde en quatre-vingt jours » de Jules Verne

Ce grand classique a 140 ans, mais se lit encore bien. Stylistiquement, il faudra être miséricordieux, on est très loin de Balzac ou encore de Zola, mais après tout c’est aussi le style de l’époque. Les péripéties ne dépareraient pas un film hollywoodien finalement.

J’adore ces livres qui sont la marque d’une époque, de notre civilisation mais avec un parfum d’étrangeté, de mentalité différente. Je passe vite sur le colonialisme (les indigènes indiens et indiens des deux continents rencontrés sont surtout des barbares), le sexisme (la jolie princesse, personnage en fait à peine ébauché, tombe amoureuse de son sauveur), le paternalisme (Passepartout est un serviteur modèle qui admire son patron sévère-mais-juste), et des pointes de chauvinisme (quelques « cocoricos » sur des réalisations françaises parsèment le livre, bien que Verne ait choisi un héros anglais et qu’il admire manifestement sa nation).

Jules Verne n’exploite pas non plus vraiment la « couleur locale » à part peut-être en Inde (le sauvetage de la belle) et en Amérique (l’attaque du train). Il est vrai que Phileas Fogg d’une part préfère le bateau, peu propice au tourisme, d’autre part fait partie de ces gens « qui font visiter les pays où ils passent par leur serviteur » — un rien énervant pour nos mentalités.

En fait ce qui m’a le plus frappé est le vocabulaire : bank-note, steamer (bateau à vapeur), railroad ou railway pour le train, hautes technologies de l’époque venues d’Angleterre ou Amérique. Une leçon pour notre propre futur qui se purgera de quelques abominations actuelles ?

Je me disais au départ que c‘était un peu tôt pour le donner au fiston, à cause du vocabulaire notamment, mais on va tenter l’expérience.

jeudi 5 janvier 2012

« Science & Vie » de décembre 2011 : Neanderthal Park, effets secondaires, feux de charbon

(Ante scriptum : Bonne année et bonne santé à tous mes lecteurs réguliers, enfin, celui qui n’aura pas quitté la blogosphère pour Fesse-bouc, Gogue Pus et autres obscénités dont je n’ai toujours pas trop capté l’intérêt.)

Bon, je m’étais dit que ce numéro-là je pourrais le chroniquer alors qu’il est encore en kiosque. La pile des choses à faire grossissant sans cesse, c’est encore râpé.

En vitesse, pendant que dort la ’tiote, des choses notables dans ce numéro à se rappeler :

  • Les enfants Cro-Magnons dessinaient aussi dans les grottes, avec leurs petites mimines. Le sens de leurs gribouillis n’est pas clair mais je ne sais pas s’il faut chercher bien loin.
  • Les racines des arbres influencent le lit des rivières. Le cours des rivières d’avant 360 millions d’années (date d’apparition des arbres) était beaucoup moins stables qu’après. Les racines fixent les berges. (J’ai toujours trouvé fascinantes les interactions entre géologie et espèces vivantes. La Grande Oxydation en est une, celle-là est plus subtile.)
  • Les maladies chroniques deviennent les principales causes de mortalité, y compris dans les pays en voie de développement : inactivité physique, surpoids, tabac, alcool… Nombre de pays pauvres ont déjà des maladies de riche, et pas les moyens d’y faire face.
  • Peut-on faire revivre des mammouths ? L’homme de Néanderthal ? Des dinosaures ?
    L’article tente vraiment de nous convaincre que c’est possible, et il y a des chercheurs optimistes. Mais l’ADN est déjà en kit dans les mammouths congelés retrouvés en Sibérie, alors pour ce qui est d’espèces complètement pétrifiées et dix ou dix mille fois plus anciennes… De plus, le problème de la mère porteuse du bébé mammouth n’est pas résolu : l’insémination artificielle d’éléphante est déjà un exploit.
    Pour le Néanderthal, des obstacles éthiques majeurs apparaissent.
    Au mieux, un « pouletosaure » pourrait apparaître, simple piaf dont on aurait réactivé de vieux gènes jurassiques lui rendant queue et dents.
    Enfin, que faire de ces espèces dont l’environnement aura disparu ?
  • Les effets secondaires des médicaments ont un bon côté : ils peuvent servir à traiter d’autres maladies que celle prévue au départ, et l’effet indésirable pour un malade sera bénéfique pour le malade à la pathologie inverse. L’aspirine peut provoquer des hémorragies, ce qui en fait un bon anticoagulant ; et le Viagra, médiocre dans le traitement de l’angine de poitrine, a révélé des effets secondaires intéressants…
    Des chercheurs américains ont entré dans une base de données médicaments, effets secondaires, maladies, et ainsi pu repérer des substances potentiellement intéressantes dans des cas à l’origine non prévus. L’intérêt est énorme, aussi bien du point de vue de la réduction des coûts et des délais de mise sur le marché (on étend la prescription d’une molécule déjà connue et testée), que pour le soin des maladies orphelines (non rentables car trop rares).
    Bref, un bon exemple de systématisation et d’industrialisation.
  • Quelques émouvants exemples des « robots qui refusent de mourir », beaux témoignages de l’ingéniosité humaine et du travail des ingénieurs quand on les laisse faire leur travail : Pioneer 6 tourne autour du soleil depuis 1965 et émettait encore en 2000 ; Opportunity devait fonctionner trois mois en 2004 mais continue d’explorer mars depuis ; et Voyager 1, lancé en 1977, après avoir rempli sa mission autour de Saturne et Titan en 1980, continue de nous renseigner sur les limites du système solaire.
  • Histoire de désespérer un peu plus dans la lutte contre le réchauffement climatique, un article s‘étend sur les feux de charbon : pas ceux allumés pour produire de l’électricité ou chauffer des maisons, mais de mines entières qui se consument petit à petit, parfois depuis des décennies voire bien plus, polluent des régions entières, provoquent des affaissements de terrain, en Chine, en Australie, aux États-Unis… Une fois démarrés, parfois naturellement (il suffit que l’air soit en contact avec le charbon sous-terrain pour qu’un jour cela brûle), ces feux sont encore quasiment impossibles à éteindre. Un gaspillage insensé qui, avec les incendies de tourbières (oui, ça aussi), représentent une part notable des émissions de CO2 humaines.
  • On se frotte les yeux quand on est fatigués à cause de l'assèchement du film de larmes protégeant l’œil. La fatigue réduit la fréquence des clignements d’œil, il faut une pression des doigts pour stimuler les glandes. Mais point trop n’en faut.

vendredi 9 décembre 2011

Nestlé m’énerve

Bon, c’est pas nouveau, j’avais déjà été écœuré par la composition d’un de leurs petits pots pour bébé.

Cette fois c’est à propos de Babivanille, une poudre aux céréales à rajouter dans le lait pour pousser la petite à finir son bib’ du matin quand elle chercherait plutôt à aller jouer, bouquiner ou à se rabattre sur le mélange de jus d’orange, pomme et carottes.

Composition : 3/4 de céréales, un peu de sucre (on a vu pire), des vitamines… et un truc qui fait tache : « huiles végétales »

En général, quand un fabricant indique pudiquement ça, c’est pour dire que ce n’est pas du beurre, et pour éviter de dire que c’est de l’huile de palme, dont la réputation est catastrophique, pour des raisons aussi bien écologiques (déforestation) que nutritionnelles.

Je me dis que je vais la jouer naïve en posant direct la question sur leur site web, bebe.nestle.fr. Déjà je ne m’y sens pas à l’aise, la cible est clairement féminine, il semble qu’il ne soit pas arrivé au cerveau de tout le monde que Monsieur de nos jours est censé s’intéresser autant aux mômes que leur mère. Mais les marketeux qui commandent ces sites ciblent uniquement ceux qui les consultent principalement, le militantisme ils s’en fichent. Bref.

Rien sur la composition sur la page dédiée au produit, ils disent juste que c’est 38% moins sucré que les poudres classiques. S’ils comparent à leur propre Nesquik dont le sucre est le premier ingrédient, il n’y a pas de quoi se vanter. En tout cas pas un mot sur l’huile végétale.

Le seul bouton que je vois pour poser une question est un « Nous contacter » tout en bas. Je clique ensuite sur « Contactez-nous en ligne». S’ensuit une page qui me demande mon email. Très bien… ah mais non, c’est pour m’inscrire à leur site ! Par curiosité et peut-être masochisme, je clique sur « Pourquoi m’inscrire ? ». En réponse on veut savoir les dates de naissance de mes bébés ! Et aussi si je veux être avertie (je suis clairement pas le bienvenu !) de diverses offres promotionnelles.

J’en suis resté là. De toute façon la composition est sur le web en fouillant un peu, et il y a bien de la palme.

Y a pas de raison que mon avis change sur Nestlé, qui a tout de la grosse multinationale tête à claques qui aurait dû être dissoute après le scandale du lait en poudre lourdement promu dans les années 1970 à des Africains loin d’avoir tous sous la main l’eau saine adéquate. Ça semble continuer encore, Attac a tout un dossier à charge sur eux. Mais pas facile de boycotter ce monstre, ils sont partout (diantre, même les After Eight !).

Et puis surtout ils ont tué Groquik, et ça ceux de ma génération ne pourront pas le pardonner.

Je me demande s’il y a un équivalent au magasin bio du coin, ou si elle peut se passer de ça. J’ai bien réussi à me sevrer du Nesquik après une remarque de mon médecin sur mon taux de cholestérol :-)

jeudi 24 novembre 2011

« Science & Vie » de novembre 2011 : nucléaire sûr au thorium ; neutrinos plus rapides que la lumière ; animaux-plantes

Science & Vie 1130 de novembre 2011

Un bon numéro du magazine le plus « sciensationaliste »[1] :

Les centrales nucléaires au thorium

Les centrales nucléaires actuelles fonctionnant sous pression avec de l’uranium ne sont pas le seul modèle de centrale nucléaire (basée sur la fission exothermique de certains éléments).

Il y a pléthore de modèles possibles. Celui utilisant l’uranium n’est pas le moins mauvais, mais pas le meilleur du point de vue économique et sécuritaire. La lourdeur de développement des technologies nucléaires nous a en effet « verrouillé » avec le modèle à l’uranium : conçu à l’origine pour fabriquer des bombes, puis amélioré pour être embarqués sur des sous-marins, un milieu où la compacité est reine, le modèle à l’uranium était donc éprouvé et fiabilisé quand on a pensé au nucléaire civil. Il a donc emporté d’emblée le morceau sans que l’on étudie sérieusement les autres options, notamment le réacteur liquide au thorium.

Ce dernier fonctionne selon le même principe, mais en pratique très différemment :

  • le thorium (et non l’uranium ou le plutonium), bombardé par des neutrons, se transforme en uranium 233, et dégage de l’énergie ;
  • il n’y a pas besoin de maintenir le système sous pression (dans les réacteurs actuels à 155 bars, la moindre fuite est une catastrophe) ;
  • le thorium barbote dans une soupe de sels fondus à 800°C, liquide ;
  • on peut rajouter petit à petit le thorium, et extraire les matériaux fissiles produits, il y a donc beaucoup moins de matières dangereuses dans le cœur que dans les réacteurs actuels où les barres d’uranium sont utilisées puis remplacées en bloc ;
  • les matériaux produits sont beaucoup moins pratiques pour construire une bombe A (cela reste possible) ;
  • et ils sont beaucoup moins nombreux (donc moins de déchets) ;
  • pas de problème de refroidissement, la cuve se vide par gravité.

Une énergie nucléaire presque propre, sans danger ? Trop beau pour être vrai. Et si tout de même... ? Restent quelques obstacles à surmonter : une phase liquide pas dans les habitudes du milieu ; une température très élevée ; et surtout une fabuleuse résistance au changement de la part des constructeurs de centrale... qui n’auront peut-être pas le choix pour s’adapter. (Du moins en France, la Chine et l’Inde construisent des centrales à tour de bras.)

Quant aux coûts de construction, je n’en ai aucune idée. Je dirais naïvement que si les mesures de sécurité sont allégées, le réacteur étant structurellement sûr, cela se ressentira sur le coût de construction.

Doit-on investir là-dedans au lieu de la fusion ? au lieu des énergies renouvelables ? en même temps que ces énergies ?

Des neutrinos plus rapides que la lumière

Ça avait fait grand bruit il y a quelques semaines : l’expérience OPERA a trouvé des neutrinos se déplaçant un rien plus vite que la lumière. Science & Vie détaille l’expérience et le contexte. Notamment : la relativité ne dit pas que la vitesse de la lumière dans le vide est indépassable, mais qu’il existe une vitesse limite et invariante avec l’observateur. Or on a justement mesuré que la lumière dans le vide satisfait ce critère, avec une précision « diabolique », et on a donc vite identifié la vitesse de la lumière à la limite absolue c.

Puis viennent les réflexions des responsables, et ce que cela inspire aux autres sommités du milieu. Cela va de :

- « je n’y crois pas », « on l’aurait déjà vu dans d’autres expériences », « j’ai déjà vu trop d’anomalies finir par s’évaporer », sous-entendu : il y a un effet subtil qui n’a pas été pris en compte (pas forcément évident et potentiellement très intéressant d’ailleurs) ;

- à « cela met par terre toute la physique », car la relativité restreinte a été montée pour préserver le principe de causalité ;

- en passant par « c’est stimulant », sous-entendu : ça s’explique avec des dimensions supplémentaires, la théorie des cordes, bref c’est un nouveau champ de recherche.

Rappelons que :

The most exciting phrase to hear in science, the one that heralds new discoveries, is not “Eureka!” (I found it!) but rather, “hmm.... that’s funny…”

La phrase la plus excitante à entendre en science, celle qui annonce de nouvelles découvertes, n’est pas « Eurêka » (j’ai trouvé !), mais plutôt « Tiens, c’est marrant… »

(Attribué à Isaac Asimov, un des Grands Anciens de la SF de l’Âge d’Or)

Donc de cette expérience peuvent découler aussi bien un correctif d’une ligne dans un subtil algorithme de calcul en Fortran, une découverte scientifique obscure qui n’intéressera que les géomètres du CERN, une avancée permettant à terme des outils plus qu’utiles comme le GPS[2] ou le laser, ou bien une théorie ravalant la relativité au rang d’approximation moins imprécise que la gravitation de Newton, et permettant le voyage plus rapide que la lumière (ou pas).

Il faut bien garder à l’esprit que ceux qui ont trouvé cette vitesse « impossible » ne sont pas des guignols qui ont oublié de prendre en compte la rotondité de la Terre ou la dérive des continents. L’article est gratuitement en ligne (abstract, PDF complet). Je n’irais pas prétendre que j’y ai tout compris, ni même tout lu, mais tout de même trois remarques :

- pour qu’autant de gens a priori sérieux aient signé une publication aussi iconoclaste, après des mois d’analyse, avec le risque du ridicule si l’erreur est simple, c’est que l’explication de l’écart n’est pas triviale ;

- la forme et le vocabulaire scientifique de haut niveau sont vraiment complètement déconnectés du niveau du commun des mortels, même de l’ingénieur de base : ils ne disent pas pas qu’ils ont trouvé une vitesse de 299 799,9 ± 1,7 km/s (au lieu de 299 792 458,0...[3]), mais (merci Wikipédia) :

(v-c)/c >0

- ils ont pensé à énormément d’erreurs de mesure possibles, le calcul des marges d’erreur est même l’essentiel du papier. Il y a par exemple les mesures des écarts de distance avant et après un tremblement de terre en Italie.

La fin de la conclusion est aussi son passage le plus spéculatif et débridé :

In conclusion, despite the large significance of the measurement reported here and the robustness of the analysis, the potentially great impact of the result motivates the continuation of our studies in order to investigate possible still unknown systematic effects that could explain the observed anomaly. We deliberately do not attempt any theoretical or phenomenological interpretation of the results.

Tentative de traduction : En conclusion, malgré la grande importance des mesures rapportées ici et de la robustesse de l’analyse, l’impact potentiellement énorme du résultat motive la poursuite de notre étude pour enquêter sur d’éventuels effets systématiques encore inconnus qui pourraient expliquer l’anomalie observée. Délibérément, nous ne chercherons aucune interprétation théorique ou phénoménologique des résultats.

Les animaux-plantes

Jusqu’à il y a peu, on ne connaissait pas de vertébré vivant en symbiose avec une algue, juste des une limace, une méduse… Une salamandre abrite pourtant une algue dès l’œuf. Cette précocité est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle le système immunitaire de l’animal tolère l’algue. Peut-être utile à l’œuf, la capacité de photosynthèse ne sert pourtant pas grand-chose à la salamandre adulte qui vit à l’ombre.

Les premiers essais commencent mais il va être très difficile de recréer le phénomène avec d’autres animaux. Vivre de soleil et d’eau fraîche serait pourtant pratique — et écologique.

Notes

[1] Il y a plus racoleur, mais le contenu scientifique est alors beaucoup plus sujet à caution.

[2] Imaginez le casse-tête des ingénieurs chargés de déboguer les premiers GPS si Einstein n’était pas passé par là...

[3] Par définition de la seconde, cette valeur est exacte.

mardi 11 octobre 2011

Seuls dans l’univers ?

Ce qui suit s’appuie sur l’article d’Howard Smith sur la possibilité d’une vie intelligente dans notre coin de la galaxie, paru dans le numéro d’octobre 2011 de Pour la science (mentionné ici et encore en kiosque quand paraîtra ceci).

Nous avons détecté de nombreuses exoplanètes dans de nombreux systèmes, aucune ne ressemble à la Terre. Évidemment, nos instruments ne sont pas encore assez sensibles. Il n’empêche que la diversité des systèmes solaires est bien plus grande qu’autrefois envisagée et cela réduit d‘autant plus les chances qu’il y ait une autre Terre dans un système stable.

Dans l’équation de Drake, seuls les premiers termes sur le nombre d’étoiles ou le nombre de planètes sont estimables, le reste est pure spéculation, et beaucoup y projettent leur optimisme pour trouver que la galaxie pullule de vie.

Le point primordial de l’article de Smith repose sur la distance aux éventuels extraterrestres. Même si on estime que l’univers est tellement grand que la vie ne peut qu’y foisonner, il faut compter avec la vitesse finie de la lumière[1], seuls comptent pour le moment les 30 millions d’étoiles dans un rayon d’environ 1250 années-lumières — seuil supérieur vu que nous n’attendrons pas plus de 100 générations la réponse à un de nos messages.

Et si nous sommes plus optimistes en espérant qu’il y a des moyens plus rapides que la lumière, comme nous ne recevons rien, nous pouvons juste en déduire que la vie intelligente est rarissime, éparse et lointaine.

Smith continue avec un résumé des arguments sur la « Terre rare » : gamme de masses peu étendue (la planète doit retenir son atmosphère mais si elle est trop grosse, il n’y aura pas de tectonique des plaques ), présence d'eau sans noyer les continents, bande d’habitabilité étroite, stabilité de l’obliquité, rareté des systèmes solaires comme le nôtre, et même de notre type d’étoile (brillante sans être éphémère) ou la répartition des éléments chimiques dans la galaxie.

Et tout cela sans parler de la durée d’apparition et d’évolution de la vie, et du rôle déterminant de catastrophes rares (impact de Théia, météorite tueuse de dinosaures…).

Bref, pour Smith, il faudrait que chacun des termes de l’équation de Drake approche des 20% (un chiffre en fait énorme) pour que nous ayons à qui parler dans cette bulle d’univers de 100 générations de diamètre.

Il finit par une pirouette sur le « principe misanthropique », référence au principe anthropique (l’univers est adapté à la vie puisque nous sommes là) : l’univers est si varié et vaste qu’il y a peu de chances que deux civilisations vivent assez longtemps pour se rencontrer.

Commentaire personnel : tout cela est bien résumé, mais connu, et ne convaincra pas celui qui tient à croire à la présence des ETs dans un endroit proche (oui on se rapproche plus de la foi que de la science sur ce terrain où elle manque cruellement de données). Son article ne tient pas compte de certains des scénarios expliquant le paradoxe de Fermi, et surtout pas du paradoxe lui-même, soit la rapidité de la colonisation de la galaxie dès qu’une civilisation l’entreprend. Des hypothèses peuvent être avancées sur l’impossibilité pratique de cette colonisation, mais elles n’ont rien à voir avec la Terre rare et les autres idées de Smith, lequel traite de l’espace relativement proche. Si ses vues sont justes et la colonisation de la galaxie possible, alors la vie est encore plus improbable (nous sommes seuls dans la Voie Lactée), ou nous sommes dans un zoo, etc.

Notes

[1] Et même si le neutrino est plus rapide d’un pouième, cela ne change rien en pratique.

samedi 8 octobre 2011

« Pour la Science » d’octobre 2011

Allez, encore un « petit » numéro. En vrac et par ordre décroissant personnel d’intérêt :

  • Howard Smith donne son avis sur la possibilité d’une vie intelligente dans notre coin de la galaxie. Ce sera pour un autre billet.
  • Le maximum thermique d’il y a 56 millions d’années fut une hausse de 5°C de la température de la planète, avec un gros impact sur faune et flore, des disparitions et migrations d’espèces… Cet épisode permet de deviner ce qui nous attend avec le réchauffement actuel… sauf qu’au Paléocène le phénomène s’est étalé sur des milliers d’années, et pas un siècle, et que l’environnement était beaucoup plus « ouvert » qu’à présent (les grands animaux ne peuvent plus migrer, l’homme occupe tout). Ça promet.
  • Pourquoi tombe-t-on malade quand on a froid ? Pas à cause du froid même bien sûr, mais à cause de la vasoconstriction de nos vaisseaux dans un air froid, de la baisse de lumière et de la synthèse de vitamine D, de la fatigue accrue, de la promiscuité renforcée, et du virus qui survit mieux dehors dans un environnement frais.
  • Effet pervers de la lutte contre les bactéries : au Bengladesh, l’aide internationale a poussé au forage de puits profonds car l’eau de surface est polluée. Si la mortalité infantile a chuté en partie grâce à cela, les Bengalis boivent à présent de l’eau contaminée par de l’arsenic des sédiments issus de l‘érosion de l’Himalaya, un phénomène totalement naturel. Ce problème se rencontre ailleurs dans le monde, et il n’y a pas de solution décentralisée et peu coûteuse adaptée à un pays aussi pauvre.
  • Un article décrit les travaux d’Évariste Galois (le génie mathématique assez stupide pour se faire tuer en duel en 1831, à seulement 20 ans, pour les beaux yeux d’une donzelle). Ça parle de congruence et de corps finis, et même si je sais que ce champ est devenu capital dans l’économie numérique moderne, le lien entre les courbes elliptiques et les modulos me semble trop abstrait pour que mon cerveau cherche même à comprendre. Déjà en prépa je faisais un blocage sur la congruence.
  • Les navigateurs polynésiens ont conquis l’espace entre l’Asie, Hawaï et même l’Amérique du Sud sans aucune carte. Ce génie est d’abord lié à une connaissance parfaite de l’astronomie et de la position des étoiles au fil de l’année, en plus de celle des courants, des signes météorologiques, etc.
  • Un article décrit l’évolution de l’œil depuis un bon demi-milliard d’années. Darwin pensait qu’un organe si miraculeux était une épine dans sa théorie de l’évolution. À présent le chemin depuis les premières cellules photo-sensibles est plus clair, grâce à l’étude de « presque vertébrés » encore existants comme la myxine.
  • Certains ont étudié pourquoi les taches de café ont des bords plus colorés que l’intérieur. Ça semble mériter le Ig Nobel du meilleur prétexte à faire des pauses café à rallonge, mais le résultat a une importance pour les fabricants d’encre par exemple. Le phénomène est lié aux grains ronds et disparaît avec une partie de grains oblongs.
  • La nicotine protège contre Parkinson. Pas une raison pour fumer.
  • Le béton ne se recycle pas assez. Il y a des progrès pour convertir les gravats en d’autres matériaux utilisables directement sur le chantier, pour éviter le coûteux et écologiquement désastreux transport, mais en France il va encore falloir faire des efforts.
  • L’article de Delahaye sur les polynômes générant des nombres premiers m’a laissé froid, comme une fois sur deux (l’autre fois Delahaye me passionne). La recherche mathématique sur le sujet est foisonnante.

dimanche 2 octobre 2011

« Pour la Science » de septembre 2011 : (2) Principe de Peter & promotion au hasard

Second article intéressant dans ce numéro de Pour la Science, et il est délectable. (Commentaires perso en italique)

Promotion

Le principe est bien connu :

Principe de Peter

Dans toute hiérarchie, qu’elle soit gouvernementale ou d’entreprise, chaque employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence ; chaque poste tend à être occupé par un employé incompétent dans son travail.

Boutade ou réalité profonde ? Les deux dira-t-on. Il est « de bon sens » que forcer les gens à prendre de nouvelles fonctions tant qu’il s’en sortent, mais à les y laisser quand ils pataugent, peut mener à la situation où l'essentiel des employés se retrouve à un poste où il est au mieux inefficace (il fait ou laisse faire le travail par les compétents, surchargés). Les contre-mesures existent, comme l’éviction des incompétents (je note qu’on perd alors leur compétence dans un poste « inférieur »), leur neutralisation en les promouvant au management (principe de Dilbert ; en fait à mon avis une grosse erreur, sauf dans les technocraties où ceux qui font décident et le reste n’est que support et secrétariat), la possibilité de refuser des promotions, ou plutôt de les opérer sur d’autres plans comme la progression salariale, sans que cela implique un changement hiérarchique ou de fonctions (pas trop la mentalité de beaucoup d’endroits).

(Je vois une autre faille dans le principe : les gens sont capables d’apprendre, surtout si on les soutient. Untel incompétent arrivé sur son poste peut avec le temps devenir efficace. Reste la question : est-il vraiment fait pour un poste parfois totalement différent de son choix originel dans la vie ? Parfois oui, parfois non.)

L’article de Didier Nordon d’étend sur différentes recherches et simulations visant à justifier le principe, notamment :

  • la régression vers la moyenne : quelqu’un de très compétent, puisque promu, visera fatalement à se rapprocher de la moyenne quand on l’amène à un poste différent où (c'est un présupposé implicite) la compétence au nouveau poste n’a pas forcément grand chose à voir avec celle à l’ancien (hypothèse de Peter) ;
  • l’effet cliquet : celui qui est monté et montre ses limites ne redescend jamais, surtout si le licenciement est impossible comme dans beaucoup de grandes administrations et entreprises (et pour moi une des solutions au problème est de permettre de tester des gens et de ne pas poursuivre l’expérience si elle n’est pas concluante, et surtout sans qu’il y ait l’idée que ce soit un échec, une punition sociale.)

Un prix Ignobel[1] a été décerné pour la démonstration et la simulation que dans un environnement qui suit strictement le principe de Peter, le plus efficace est de promouvoir les incompétents ! Ainsi on échappe à l’effet cliquet et on profite de de la régression vers la moyenne : chaque poste ne sera pas « bloqué » par un incompétent à vie, et un incompétent a une chance d’arriver à un poste où il est bon (et il y restera).

À l’inverse, dans le cas où l’hypothèse de Peter est fausse, que la compétence à un nouveau poste est à peu près liée à celle à l’ancien, il est logique de promouvoir les meilleurs, la régression vers la moyenne étant moins dramatique et les meilleurs arrivant en haut de la pyramide : l’efficacité globale y gagne.

On arrive donc à a question fondamentale laissée en exercice au lecteur : la compétence au poste N+1 est-elle liée au poste N ? (Mon avis : ça dépend :-) ).

Est évoquée aussi la promotion au hasard : hypothèse de Peter vraie ou fausse, elle donne un résultat moyen, meilleur que la promotion du meilleur si l’hypothèse est vraie. Dans une hiérarchie bloquée, autant redistribuer les cartes ! (J’ai toujours considéré qu’il fallait choisir une partie des assemblées politiques au hasard pour apporter du sang neuf, les Grecs antiques ne faisaient bien.)

Mais arrive le plus rigolo : si l’hypothèse de Peter est vraie, promouvoir les plus mauvais donne un résultat un peu meilleur que la promotion des meilleurs si elle est fausse ! C’est-à-dire : il faut prendre des gens manifestement inadaptés à leur ancien poste pour les mettre là où les qualités demandées n’ont rien à voir, plutôt que de prendre des compétents pour les mettre à un poste où ils pourraient être moins bon. C’est finalement de très bon sens !!

Bon, comme tout simulation sociale ou économique, les effets sont intéressants à observer mais ne tiennent pas compte de toutes les rétroactions dans le réel : possibilité d’apprentissage comme j’ai dit plus haut ; surveillance de la performance pour éviter que les incompétents s’entassent ; éviction systématique des plus mauvais ; sélection naturelle quand l’entreprise subit les conséquences de sa nullité et doit dégraisser (mais à ce stade terminal, les licenciements ne sont pas décidés par les plus compétents pour garder justement les plus compétents) ; échelle considérée (parle-t-on d’une administration en circuit fermé, d’une entreprise sur un marché à fort turn-over, d’une société dans son ensemble qui effectivement ne cherche pas à récompenser la compétence ; et la définition même de compétence, celle-ci étant plus que multiforme et variant avec l’époque… Et puis, tout bêtement, les changements de poste évoqués ci-dessus concernent des promotions, alors que l’on peut vouloir faire changer de poste les incompétents le plus vite possible sans que cela devienne une promotion, une progression dans la pyramide.)

jeudi 29 septembre 2011

« Pour la Science » de septembre 2011 : (1) La pensée façonnée par la langue

« Petit » numéro au final, où flottent quelques perles, dont un article sur la langue qui influence la pensée (ci-dessous) et un sur le principe de Peter (à la prochaine émission). Commentaires purement personnels en italique, comme à l’accoutumée.

La langue façonne la pensée.

Le débat sur le lien entre pensée et langage ne date pas d’hier. Il est à présent évident que la langue et la culture influencent la pensée de manière profonde. L’article regorge d’exemples fascinants :

  • Le tri de photos dans l’ordre chronologique se fait de gauche à droite pour l’Occidental moyen, de droite à gauche pour un hébreu, et c’est lié au sens de l’écriture (et pour les enfants qui ne savant pas écrire ? y a-t-imitation des parents ?)…
  • …et de l’est vers l’ouest pour certains aborigènes australiens ! Ces gens sont donc capables de s’orienter systématiquement par rapport aux points cardinaux.
  • Les degrés de parenté sont décrits de manière plus ou moins fine entre les langues : le mandarin a des mots différents pour les oncles paternels ou maternels, par alliance ou par le sang…
  • Pour les Occidentaux, le passé est derrière eux, le futur devant ; mais pour les Aymaras dans les Andes c’est l’inverse (cet article explique cela viendrait de la nécessité de préciser si le locuteur a été témoin ou pas d’un fait.).
  • Certaines langues ne connaissent pas les nombres supérieurs à 4.
  • En anglais ou en français les tournures directes sont privilégiées (« Pierre a renversé le vase »), alors que beaucoup d’autres langues (espagnol, japonais) ont des tournures indirectes (« le vase s’est cassé ») : les locuteurs de ces dernières langues mémorisent moins bien les événements accidentels, les anglophones s'expriment plus de façon causale.
  • Les capacités en calcul mental sont directement influencées par le nombre de syllabes des nombres !
  • J’ajouterai : la dyslexie dépend de la langue, ou plutôt de son orthographe, mais jusqu’à quel point peut-on séparer les deux ?
  • La langue utilisée a un impact sur les préjugés à un moment donné (testé sur des bilingues hébreu-arabe) !
  • La définition exacte des couleurs dépend de la langue.

Bref, la langue semble participer à la plupart des activités cognitives humaines, et est un reflet de la capacité d’adaptation humaine à de nombreux milieux.

Dans un commentaire, Pierre Pica remarque que ces variations sont liées aussi aux « connaissances noyau », acquises par un enfant avant même qu’il sache parler : les différences viennent-elles des langues ou des connaissances noyau ? Tous les humains parlent une langue, en créent une entre eux au besoin, et s’appuient sur les différences d’usage, éducation… de leur milieu.

Ce que je me demande, c’est dans quelle mesure on peut distinguer dans les exemples ci-dessus ce qui relève de la langue et ce qui est plus lié à la culture dans son ensemble. La langue étant elle-même la manifestation et le vecteur de cette culture, les deux sont forcément massivement entremêlées. Tout nouveau concept devant être exprimé dans la langue, les limites de celle-ci deviennent donc des obstacles à ce qui n’entre pas dans son cadre. Je suppose qu’un critère serait la facilité d’assimilation d’un nouveau concept en introduisant simplement quelques mots supplémentaires — pas forcément si simple…

Rigolo : l’autrice a une page web relativement atypique : nos goûts esthétiques s’ont-ils influencés par notre façon de penser, ou l’inverse ?

Question encore : qu’est-ce que les langues dominantes actuelles oublient qui serait fondamental ? Pourrait-on ajouter tous les concepts issus d’autres langues dans une langue synthétique dont le but serait d’ouvrir au maximum l’esprit humain ?

Enfin : une langue dominante (l’anglais actuellement mais ça vaudrait pour n’importe laquelle) n’est-il alors pas en soi une catastrophe ? Non seulement elle donne un avantage matériel à la nation qui la domine (les États-Unis essentiellement), puis culturel (beaucoup d’auteurs non anglophones se font traduire en anglais pour être connus ensuite dans les pays tiers, ce qui fait filtre), mais l’article ci-dessus implique que s’impose le système de pensée anglo-saxon au reste du monde. Bref, vive le multilinguisme.

dimanche 11 septembre 2011

« La guerre et la paix » de Léon Tolstoï

Déjà, dit-on Guerre et paix ou La guerre et la paix ? En russe l’article n’existe pas, et la traduction français pourrait subir l’influence du War And Peace qui est dans le même cas. Je reprends lâchement le titre de mon bouquin, une édition de presque cinquante ans. Deux fois plus de 700 pages en poche, écrit petit. Ça m’a occupé tout l’été.

Résumé à la Woody Allen

Ça parle de la Russie.

Résumé moins sommaire

Ne cherchez pas l’intrigue, il n’y en pas pas.

C’est un des côtés furieusement modernes de ce roman, remontant pourtant à l’époque de la libération des serfs russes (1861) : le fil conducteur est très ténu — ou plutôt il est multiple.

Car si les mêmes personnages reviennent entre 1805 et 1820 (le prince Vassili, la famille du comte Rostov, le prince André, Pierre…), on en suit plus certains au départ, pour s’accrocher ensuite à d’autres. Il y a de la place pour nombre d’histoires dans un pavé de cette ampleur.

Tout ce beau monde ou presque fait partie de la très haute société russe, celle qui possède plusieurs palais dans différentes villes, compte sa fortune en âmes (de serfs), considère que le vrai monde tourne autour des bals et réceptions mondaines, et parle autant français que russe (!). Les serviteurs, précepteurs et nounous ont droit à quelques mentions, le reste, hors militaires, n’existe quasiment pas.

La vie suit son cours : pendant que le rouleau compresseur napoléonien passe sur l’Europe pour refluer après Moscou, la petite et trop gâtée Natacha Rostov grandit, découvre l’amour et en fait n’importe quoi ; Pierre, un bâtard sur qui la fortune est tombé brusquement, passe le livre à essayer de découvrir ce qu’il veut faire de sa vie ; Nicolas Rostov gagne ses galons sur les champs de bataille ; Boris le fauché, forcé d’être arriviste, grimpe dans la société et choisit sa femme pour son argent… La vie à cette époque est dure, des personnages meurent à qui le lecteur s’était attaché, à la guerre ou en couche, en deux lignes ou en cent pages.

La conquête de l’Europe par Napoléon constitue l’arrière-plan, puis au deuxième tome l’avant-plan avec l’invasion de la Russie, Borodino, la prise de Moscou, la retraite… Les personnages participent à quelques batailles plus ou moins complètement décrites.

C’est tout d’abord Austerlitz, un grand chaos où, comme le répète plusieurs fois Tolstoï, personne ne sait vraiment ce qui s’est passé, et en tout cas cela n’avait rien à voir avec les plans des généraux des deux camps.

La boucherie de Borodino (la Moskowa pour nous Français) est plus importante. C’est à la fois une victoire et une défaite : Napoléon a forcé le passage de Moscou, à un prix effroyable, son armée étant en fait blessée à mort. Pour le général en chef russe Koutouzov (Tolstoï a manifestement beaucoup de tendresse pour ce vieil homme qui avait compris qu’il fallait plutôt éviter de livrer bataille), Borodino est une victoire… avec des pertes tellement énormes qu’il ne peut contre-attaquer immédiatement et doit livrer Moscou aux Français.

La fuite devant les armées françaises puis l’exode de la population moscovite (vus de l’exaspérante lorgnette des nobles qui déménagent carrément) constituent des passages assez glauques. Au passage, Moscou abandonnée devait « forcément » brûler : la ville était en bois !

Durs également les passages sur la retraite des Français en pleine débandade, et l’armée russe qui les poursuit (inutilement, l’ennemi fuyant le plus vite possible) tout en subissant l’hiver et les privations autant qu’eux. Les souffrances des soldats « de base » ne sont pas négligées.

L’épilogue se déroule quelques années après le départ des Français, et est suffisamment long pour que je ne me frustre pas[1]. Le tout dernier chapitre est une longue réflexion de Tolstoï sur la manière dont on écrivait l’histoire en son temps, histoire beaucoup trop centrée sur les chefs d’État et les militaires. Pour lui, Napoléon n’a rien fait, il n’aurait rien fait sans des peuples entiers dans le même mouvement. Son échec en Russie tient aussi au soulèvement du peuple russe entier, pas à ses dirigeants.

De même, une bataille ne peut être dirigée, y compris par Napoléon, c’est l’action de chacun des combattant, les paniques collectives et les enthousiasmes contagieux, qui font le résultat des batailles, dans le chaos le plus complet. Les généraux ne contrôlent rien même au niveau stratégique ; par exemple la politique de la terre brûlée était plus une conséquence du mouvement rapide des Français qu’une volonté réelle. De toute manière Tolstoï dépeint les états-majors comme des paniers de crabes où, dans les situations les plus désespérées, prime la mesquine recherche des avantages personnels. Le fatalisme (typiquement russe ?) parcourt tout le livre, y compris dans beaucoup de destins personnels (Pierre épouse Hélène parce que tout le monde s’y attendait).

(Les champs de bataille ont bien évolué depuis cette époque où les colonnes avaient du mal à se situer mutuellement, à savoir où elles étaient, et où les transmissions se faisaient par messager à cheval ; et depuis longtemps on sait que l’histoire tient souvent plus aux peuples et à l’économie qu’aux chefs. Quoique. Je laisse le sujet aux historiens.)

Bref : un grand roman avec du souffle, de l’Histoire, du romantisme, du panache, du réalisme, et de la Russie.

Ceux qui voudront dire qu’ils l’ont lu sans le faire peuvent se limiter à la page Wikipédia.

Notes

[1] L’épilogue vite expédié après la victoire finale est un problème récurrent je trouve dans beaucoup de sagas modernes : Harry Potter, L’assassin royal

mardi 23 août 2011

« Pour la Science » d’août 2011 : inflation cosmique, octonions, Antiquité polychrome

« Petit » numéro dans le sens où rien de très frappant ne m’a été révélé. En très rapide (et comme d’habitude avec mes commentaires personnels subjectifs en italique) :

L’Antiquité était colorée

Les statues et monuments antiques, que l’inconscient collectif conserve blanches et immaculées, étaient bigarrées en diable. L’article traite notamment des statues grecques, des fresques et frusques assyriennes ou babyloniennes (et, ajouterai-je, c’est même valable pour les cathédrales).

Les robes et costumes étaient également colorés. Il y eut même tout un commerce du bleu égyptien pendant des siècles autour de la Méditerranée.

Le retour des farines animales

Une tribune prône le retour de l’utilisation des farines animales, interdites depuis la crise de la vache folle. Mais à présent, l’ESB a disparu, et utiliser des farines dans des conditions plus prudentes qu’autrefois (jamais au sein de la même espèce, ni quand une encéphalopathie transmissible est envisageable, avec des contrôles stricts) serait économiquement pertinent : le soja (importé voire transgénique) coûte dix fois plus cher que le déchet de boucherie (mangeable par des humains !), rejeté actuellement plus pour des raisons commerciales que sanitaires.

L’inflation se dégonfle ?

En cosmologie, l’inflation avait, il y a 30 ans, semblé résoudre pas mal de problèmes dans la théorie du Big Bang : en enflant de façon démentielle en très peu de temps au tout début de son existence, l’Univers devenait ainsi plat.

Un article s’interroge (l’auteur semble vraiment dubitatif) sur certaines interprétations naïves des début de la théorie qui lèvent à présent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent, sur le pouvoir prédictif de la théorie, sur des théories qui pourraient tout aussi bien expliquer l’univers que l’inflation : inflation éternelle, univers cyclique…

Comme souvent en cosmologie théorique, impossible de trancher avec les éléments actuels : il faudra voir si l’inflation est confirmée par la découverte d’ondes gravitationnelles, prochainement (peut-être).

(Je ne prétends pas voir réellement compris les arguments pour et contre l’inflation ni même m’en souvenir dans deux semaines…)

Les omégas 3 c’est bon, mangez-en

Les omégas 3 et 6 sont des acides gras issus des plantes et primordiaux pour la santé. Ce qui est important aussi est l’équilibre entre eux, surtout si les apports en oméga 3 sont insuffisants. Les apports principaux chez l’homme ne sont pas végétaux mais animaux (laitages d’abord, puis produits carnés).

Pour augmenter les apports par la nourriture, il faudrait aussi que les animaux de boucherie mangent du lin, mais le lapin, ou les poules ayant mangé des escargots ayant eux-même mangé du pourpier, sont déjà de bonnes sources. L’effet est transgénérationnel : mesdames, mangez du poisson gras (saumon, maquereau, sardine…) pendant votre grossesse ! Les oméga 3 protègent en outre nos artères et contre la dépression. Si le commun des mortels satisfera ses besoins par une alimentation variée riche en huiles végétales (colza, noix…), certains cas graves nécessitent des capsules

Dimension 8

Les octonions ont été inventés (découverts ?) au milieu du XIXè siècle, et peu étudiés depuis : ils sont la version en 8 dimensions des nombres complexes et des quaternions. Les nombres complexes sont utilisés massivement depuis la Renaissance, et Hamilton s’est consacré aux quaternions après avoir séché sur les triplets, où multiplication et division ne peuvent être définies de façon cohérente et utile (c’est pour cela que le Mandelbulb a été long à trouver).

Au-delà de 4, ce n’est qu’en dimension 8 que l’on trouve à nouveau une algèbre utilisable. Graves, un ami d'Hamilton, inventa les octonions dans la foulée de la découverte des quaternions (dans l’optique de « pourquoi ne pas pousser le bouchon encore plus loin ; quitte à utiliser 3 imaginaires, pourquoi pas aller à 7 ? »), sans qu’Hamilton s’y intéresse vraiment. En effet, d’une part il était déjà accaparé par ses quaternions et leurs applications (description des rotations…) ; d’autre part la multiplication des octonions a le mauvais goût de ne pas être associative (en plus de ne pas être commutative comme déjà pour les quaternions) ; enfin Hamilton voyait sans doute mal l’utilité, même mathématique, des octonions.

Un siècle et demi plus tard, c’est la théorie des cordes qui ressort les octonions du placard poussiéreux des maths : on sait que cette théorie ne serait cohérente qu’en dimension 10 ; or c’est le nombre de dimensions d’un monde où les particules de matière et de force sont décrites par des octonions (dimension 8) parcourant des cords (unidimensionnelles) dans le temps (unidimensionnel), cela en respectant la supersymétrie, théorie si belle qu’elle ne peut qu’être juste (!).

Ni la théorie des cordes ni la supersymétrie ne sont encore confirmées expérimentalement, mais les choses semblent bonnes dans le proche avenir… pour certains. Les octonions, pure curiosité mathématique, sont peut-être à la base de la compréhension du monde.

(Comme je dis toujours, les maths servent à fournir des outils à des physiciens cinquante ans plus tard, pour qu’ils découvrent des théories qui ne seront réellement utiles que cinquante ans plus tard.)

L’argent de la bombe atomique

Un article intéressant sur un aspect purement matériel du Manhattan Project : pour séparer les deux isotopes d’uranium (le 235 qui foudroya les Japonais est naturellement noyé dans le 238 qui n’est bon qu’à faire des obus pour casser de l’Irakien ou du Serbe) au sein de gigantesques calutrons, il y avait besoin d’une quantité monstrueuse de cuivre, au point que cela aurait gêné la production de munitions, voire mis la puce à l’oreille à l’ennemi.

Le cuivre pouvait être remplacé par de l’argent : c’est carrément le Trésor américain qui fournit pas moins de 13300 tonnes du métal, déjà quasiment pur ! La surveillance et le soin de récupération de l’argent seront tels qu’il y eut même un excès quand le dernier lingot fut rendu… en 1970 ! Dès 1946 d’autres techniques de séparation isotopique furent employées mais certains calutrons restèrent longtemps en service.

Cet argent fut manipulé, transformé de manière complexe, et les appareils qui le contenait utilisés par des milliers de gens qui n’avaient aucune idée de ce à quoi ils contribuaient. (Et que des ressources matérielles et humaines aussi démentielles aient pu être détournées aussi longtemps pour un projet dont le succès à court terme était plus qu’aléatoire, le tout malgré (grâce à ?) la guerre me fascinera toujours.)

Divers

  • Les doigts se friperaient dans l’eau pour améliorer la préhension en milieu humide !
  • Les ultraviolets A sont moins dangereux que les B, mais ils représentent 95% des UV. Ils attaquent l’ADN de manière différente, un article donne tous les détails.

samedi 20 août 2011

“We judge ourselves...”

We judge ourselves by what we feel capable of doing,
while others judge us by what we have already done.

« Nous nous jugeons par ce que nous nous sentons capable de faire,
pendant que les autres nous jugent sur ce que nous avons déjà fait. »

Henry Wadsworth Longfellow,
Kavanagh: A Tale (1849) Ch. 1

dimanche 14 août 2011

Extrait de mes signatures automatiques : développement informatique (3)

Les traductions sont de ma pomme ; les suggestions sont les bienvenues.

creationism n. : The (false) belief that large, innovative software designs can be completely specified in advance and then painlessly magicked out of the void by the normal efforts of a team of normally talented programmers.

In fact, experience has shown repeatedly that good designs arise only from evolutionary, exploratory interaction between one (or at most a small handful of) exceptionally able designer(s) and an active user population -- and that the first try at a big new idea is always wrong. Unfortunately, because these truths don't fit the planning models beloved of management, they are generally ignored.

créationisme m. : La croyance (fausse) que de nouveaux logiciels grands et innovants puissent être spécifiés complètement à l’avance et créés ex nihilo automagiquement par le travail normal de développeurs normalement talentueux.

En fait, l’expérience a montré de manière répétée qu’une bonne conception naît d’une interaction exploratoire et évolutive entre un (au plus une poignée) de concepteurs exceptionnellement capables, et une population d’utilisateurs actifs - et que le premier essai d’une nouvelle grande idée est toujours une erreur. Malheureusement, comme ces vérités n’entrent pas les modèles de planification chéris du management, elles sont généralement ignorées.)

Hacker's dictionary


(...)one of my colleagues took over maintenance of a system which included a date library. The dates and times were treated as floating-point, leading to much conversion and adjustinging. Eg. 12:30 was 12.30, so when adding 40 minutes getting 12.70, and then adjusting that to 13.10, No input validation was done. My colleague tried cleaning that up, but then got complaints from the users. They had discovered the "features" and were now using eg: January -6th meaning december 24th the previous year.
My colleague had to remove the input validation again and keep the features.

Un de mes collègues avait repris la maintenance d’un système qui comprenait une bibliothèque de gestion des dates. Dates et heures étaient traitées comme des décimaux, ce qui menait à nombre de conversions et d’ajustements. par exemple 12h30 était en fait 12,30, donc ajouter 40 minutes donnait 12,70, à ajuster à 13h10. Aucune validation des entrées n’était faite. Mon collègue tenta de nettoyer tout ça, mais reçut des plaintes des utilisateurs. Ils avaient découvert cette « fonctionnalité » et utilisaient par exemple le -6 janvier pour signifier le 24 décembre de l’année d’avant.
Mon collègue dut supprimer ses contrôles et garder la fonctionnalité.

isj, Slashdot.org, 30 mars 2007

En fait, l’évolution darwinienne fonctionne aussi comme ça, la nageoire-pagaie étant utilisée finalement comme patte, Ce qui ne veut pas dire que l’on doit tolérer des aberrations de la part des utilisateurs, ceux-ci doivent être remis au pas et se voir offrir la même fonctionnalité sous une forme moins tourmentée.


Any app that doesn’t need to be rewritten hasn't grown sufficiently beyond its original intent.

Une application qui n’a pas besoin d’être réécrite n’a pas suffisamment grandi en-dehors de son cadre d’origine.

Jesse Litton, 1990

Qu’une application se retrouve à faire tout et n’importe quoi est le signe du succès. Que les concepteurs renoncent à la tentation de la faire grossir jusqu’à l’indicible est une qualité rare.


- Commit du soir, espoir.
- Build du matin, chagrin.

#linuxfr

Ne jamais faire un « dernier truc avant de partir » : soit on ne teste pas et le lendemain on pleure, soit on le teste et au lieu de 18h on sort à 20h50.


If you start explaining the bug to someone, there’s a good chance in mid-explanation you’ll realize a solution to the problem. Some school (can’t remember which) had a Teddy Bear in their programming consulting office... There was a sign. "Explain it to the bear first, before you talk to a human". Silly as it sounds, people would do it, and a large portion of the time they’d never actually have to consult the staff... by explaining it to the bear, they solved the problem.

Si vous commencez à décrire un bug à quelqu’un, il y a une bonne chance qu’au milieu de l’explication vous découvriez la solution au problème. Une école (peux pas me rappeler laquelle) avait un ours en peluche dans leur bureau de conseil informatique... Il y avait un panneau : « Racontez-le à l’ours avant de parler à un humain. » Aussi stupide que cela semble, les gens le faisaient, et une bonne partie du temps ils n’avaient plus besoin de demander conseil à l’équipe... En l’expliquant à l’ours, ils résolvaient le problème.

deanj, Slashdot.org, 24 février 2004

Une question bien posée est à moitié résolue.


I worked on a new development project a while back and we decided to try XP [eXtreme Programming] for the design and development cycle. Another project in the same department started at about the same time and used Rational Rose and produced a lot of UML design specs up front. We had part of our application up and running to the users satisfaction within 3 months, but then ran into a major design oversight that bogged us down for the next 3 months. The other project didn't start to program for 2 months and didn't have anything really to show the customer after 6 months. In the end both projects were killed.
The moral: There are no magic bullets.


Je travaillais sur un nouveau développement il y a quelques temps et nous avions décidé d’essayer XP [eXtreme Programming] pour la conception et le cycle de développement. Un autre projet du même département démarra à peu près au même moment, utilisait Rational Rose et produisit beaucoup de schémas UML d’entrée. Nous avions des parties de notre application en fonctionnement à la satisfaction des utilisateurs dans les 3 mois, mais avons trouvé un énorme oubli à la conception qui nous bloqua les 3 mois suivants. L’autre projet ne commença pas à programmer avant 2 mois et n’avait rien à montrer au client après 6 mois. Finalement les deux projets furent tués.
Moralité : il n’y a pas de balle en argent.

smallfeet, Slashdot.org, 12 avril 2004


Software QA is like cleaning my cat's litter box: Sift out the big chunks. Stir in the rest. Hope it doesn't stink.

La qualité logicielle, c’est comme nettoyer la litière de mon chat. Enlever les gros morceaux. Mélanger le reste. Espérer que ça ne pue pas.

DaveAtFraud, Slashdot.org, 2004

Ajoutons que le classeur Excel aux métriques absconses destiné à vérifier la qualité du soft doit impérativement montrer que tout va bien.


One of the funniest and scariest things I’ve ever heard in my life:
(extreme anger) "GOD DAMNIT VISUAL C IS A FUCKING PIECE OF SHIT! IT ONLY ALLOWS 16384 LOCAL VARIABLES!!!!"

Une des choses les plus marrantes et effrayantes que j’ai entendues de ma vie :
(fureur extrême) « FOUTREDIEU VISUAL C EST UNE MERDE PUANTE ! IL NE PERMET QUE 16384 VARIABLES LOCALES !!!! »

Monkelectric, Slashdot.org, 31 mars 2004


Every time I’m tempted to start micro-optimizing, I remind myself of the following three simple rules:
1) Don’t.
2) If you feel tempted to violate rule 1, at least wait until you've finished writing the program.
3) Non-trivial programs are never finished.

Chaque fois que je suis tenté de micro-optimiser, je me rappelle les trois simples règles suivantes :
1) Ne le faites pas.
2) Si vous êtes tenté de violer la règle 1, attendez au moins d’avoir fini le programme.
3) Les programmes non triviaux ne sont jamais finis.

Frequency Domain, Slashdot.org, 06 mai 2004


Can darwinism work on software bugs ?

Le darwinisme fonctionne-t-il sur les bugs logiciels ?

boaworm, Slashdot.org

Pour les malwares déjà ça semble fonctionner...


Programming trains you for parenting pretty well. The long sleepless nights, the time spent explaining very simple things to really stoopid people, and the ability to tune out the rest of the world all really help when dealing with children.

Programmer vous entraîne très bien au rôle de parent. Les longues nuits sans sommeil, le temps passé à expliquer des choses très simples à des gens vraiment stupides, et la capacité à s’abstraire du reste du monde, tout ça aide vraiment à s’occuper d’enfants.

MythoBeast, Slashdot.org, 04 juin 2004

S’abstraire du monde, avec des enfants ? Arf !


Developer’s Serenity Prayer:
God grant me the serenity to leave untested things I cannot test;
courage to test the things I can;
and wisdom to know when to refactor.” ''

Prière de la Sérénité du Développeur :
« Que Dieu me donne la sérénité
pour laisser intestées les choses que je ne peux pas tester ;
le courage de tester ce que je peux tester ;
et la sagesse de savoir quand refactoriser. »

(Source inconnue)


Code can never be 100% self documenting,
but that's no reason not to settle for 0%.

Le code ne peut jamais être à 100% auto-documenté,
mais ce n’est pas une raison pour accepter 0%.

Trillan, Slashdot.org, 25 février 2005

Et 100% c’est sans doute trop car redondant avec ce qu’on peut lire immédiatement dans le code.


Software application development comes down to:
1. You can have it done fast.
2. You can have it done cheap.
3. You can have it fully functional
Now pick 2.

Fast and cheap = means using average and inexpensive programmers and is not fully functional
Fast and fully functional = exceptional programmers and will cost an arm and a leg
Cheap and fully functional = means it will take a long, long, long, long time for the average and inexpensive programmers to build it
The timeline for the application, whether you need it tomorrow or can wait a few years, in addition to the budget determines what kind of programmers you can afford and need to hire.

Le développement de logiciel se résume à :
1) Vous pouvez l’avoir vite fait.
2) Vous pouvez l’avoir pour pas cher.
3) Vous pouvez l’avoir complètement fonctionnel.
Maintenant choisissez deux options.
Rapide et pas cher = signifie des programmers moyens et pas chers, et pas complètement fonctionnel
Rapide et fonctionnel = programmeurs exceptionnels et vous coûtera les yeux de la tête
Pas cher et fonctionnel = signifie que ça va prendre un long, long moment à faire pour des programmeurs moyens et pas chers.
La durée de développement de l’application, que vous la vouliez demain ou que vous puissiez attendre quelques années, en plus du budget, détermine quel type de programmeur vous pouvez vous permettre et que vous devez embaucher.

tokengeekgrrl, Slashdot.org, 03 août 2005

Encore faut-il avoir le choix des programmeurs. L’interface par des commerciaux de SSII n’est pas idéale pour ça.


I worked for a rather large ISP who (...) switched from a rather large home grown custom database program it had used for years to the corporate Vantive which cost them millions at the time.
I asked my manager why would they bother doing such a thing when the old program worked just fine. He said “The guy who made the program died and know one knows how to code for it.
I laughed for a moment and then by his blank face realized he wasn’t joking...



J’ai travaillé pour un opérateur Internet assez important qui passait d’une base de données maison utilisée pendant des années à Vantive, qui coûtait des millions à l’époque.
J’ai demandé à mon manager pourquoi ils s’embêtaient à faire ça alors que l’ancien programme marchait bien. Il dit : « Le gars qui a fait le programme est mort et personne ne sait comment programmer ça. » J’ai ri un moment et à son air vide d’expression j’ai réalisé qu’il ne plaisantait pas.

vertinox, Slashdot.org, 21 novembre 2005

Personne n’est irremplaceable, personne ne doit être irremplaceable.


Being able to do a lot with one line of code or being able to type 50% fewer LOC to do your job has no place in programming today and is, in fact, counter-productive. If you are actually thinking faster than you type when you're programming, you need to think more, not type less!

Être capable de faire beaucoup en une seule ligne de code ou de faire votre boulot en tapant 50% de lignes n’a pas de place dans la programmation actuelle et en fait, est contre-productif. Si vous pensez réellement plus vite que vous ne tapez quand vous programmez, vous devez penser plus, pas taper moins !

bill_kress, Slashdot.org, 14 décembre 2005

Réflexion hautement spéculative. La vitesse de frappe d’un code n’est pas la principale limite au développement, c’est sûr. La concision compacte et illisible à la Perl, et autres astuces qui génèrent du code « à lecture seule », sont des abominations que certains défendent encore. Par contre, la vérité est à la fin de la phrase : le développeur doit pouvoir penser plus.
Donc le code verbeux parce que la syntaxe est rigide, bien que vite apprise, comme en PL/SQL ou en Pascal, n’est pas gênant – surtout si cela évite des erreurs. Le code verbeux à cause d’un milliard de paramètres à rentrer qui seraient automatisables, non !


Extraits de mes signatures : le développement informatique (1)
Extraits de mes signatures : le développement informatique (2)

samedi 30 juillet 2011

Ce billet ne devrait pas exister...

…car dans tout ce que je peux survoler (pas le temps de lire) sur l’organisation, réduire sa tendance à la procrastination (là par exemple), comment faire plein de choses dans le minimum de temps, etc., un des mantras les plus simples est :

Fais-le tout de suite, bordel de merde !

ou bien :

You should be working!

Les listes de choses à faire, c'est bien ; la subdivision de tâches aussi, mais rien ne vaut la volonté de faire ce qui attend au lieu de procrastiner sur les dernières nouvelles sur les sites favoris ou de bloguer/tweeter sur tout et rien comme en ce moment même. Pas facile, une telle partie de l’activité actuelle se passe dans un navigateur qu’on ne peut même plus le fermer pour se supprimer les tentations.

Après reste le problème épineux de la masse de choses en attente qui toutes attendent et qu’il faut ordonner. J’aime bien l’algorithme « je prends le premier truc qui me passe par la tête ou que je vois dans la liste de tâches, de toute façon y aura pas le temps de tout faire ».

Ah oui : faire un billet de blog rapide de temps à autre était bien dans ma liste. Par contre il faut que je résiste à la tentation de le relire dix fois avant de le poster.

Je retourne faire comptes, nettoyage, généalogie, rangement, courrier, et même patate de canapé devant des documentaires ou films qui attendent depuis trop longtemps — pour une fois que mes petits chronovampires ne sont pas à la maison...

jeudi 21 juillet 2011

« Pour la Science » de juillet 2011 : l’hydrogène comme énergie propre ; le démon de Maxwell existe ; nucléaire : le débat date du XIXè siècle

Encore un bon cru que ce numéro. Comme d’habitude en vrac avec mes commentaires personnels en italique.

Pub pour l’hydrogène

Plusieurs articles font la promotion de l’hydrogène comme vecteur de l’énergie de demain. Ce n’est pas nouveau, mais on s’en rapproche.

Le problème principal est le stockage : on commence à le maîtriser correctement, ainsi que la restitution sous forme d’électricité avec de bons rendements. À l’heure de l’expansion nécessaire de sources d’énergie renouvelables mais à la production erratique (éolien, solaire), l’hydrogène serait le tampon idéal. Des exemples à petite échelle dans des îles existent. Et sans pollution puisque les « déchets » de la production par électrolyse et de la consommation dans une pile à combustible sont respectivement l’oxygène et l’eau.

Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire. Sur le long terme on peut tout espérer (soyons optimistes) mais pour le moment aucune technologie ne concilie coût faible, compacité, durabilité (On est encore loin de l’autosuffisance d’une maison couverte de panneaux solaires et avec des piles à combustible dans la cave.), et bien sûr le chauffage est exclu de l’équation, il devra être fourni par une autre source.

Parmi les catalyseurs de l’électrolyse on évitera le platine (ruineux, et il n’y en aurait pas pour tout le monde). Il existe des membranes échangeuses de protons nées des nanotechnologies. Le plus intéressant reste la bonne vieille photosynthèse, au stade industriel grâce à des procédés s’inspirant du vivant (feuilles artificielles) et utilisant des métaux courants (nickel…).

Le stockage, impossible simplement sous pression pour une molécule aussi petite, pourrait se faire dans des récipients plastiques, ou dans des matériaux composites. Coût et poids seront encore longtemps rédhibitoires pour une voiture.

Bref, l’hydrogène est mûr pour 2050… si la recherche suit. (Et elle ne suivra que si on y met les moyens.)

Le démon de Maxwell existe

Pas de démonologie ici, juste une expérience de pensée de 140 ans d’âge enfin implémentée. Maxwell avait imaginé séparer les molécules chaudes et froides d’un gaz grâce à un « démon » qui ouvrirait ou fermerait une porte en fonction de la vitesse de la molécule. Une équipe américaine, dans sa quête sans fin du zéro absolu, a utilisé des lasers pour parvenir à ses fins et séparer atomes froids et chauds.

Et l’entropie dans tout ça ? Les lasers emportent pile poil avec eux l’information perdue par les gaz. Le second principe de la thermodynamique est sauf.

Au final, plein de découvertes en perspective, qui laisseront froid le commun des mortels (qui s’intéresse à la masse du neutrino ?). (Mais qui évidemment seront indirectement à la base de notre confort en 2100…)

La controverse du gaz d’éclairage

Le débat actuel sur le nucléaire, utile, effroyablement dangereux selon les uns, raisonnablement sûr selon les autres, a déjà été livré il y a presque deux siècles, à propos des usines à gaz et gazomètres. L’article de Jean-Baptiste Fressoz est passionnant.

En 1823, l’extension de l’éclairage au gaz (une véritable révolution !) nécessite la construction de grands réservoirs, dont un rue du Faubourg Poissonnière à Paris. Les riverains inquiets en appellent à l’équivalent du principe de précaution, l’Académie des Sciences est impliquée, et conclut à un non-risque pratique d’explosion. Ajoutons que le débat est pollué par les querelles politiques de l’époque (la Restauration fut agitée).

Évidemment, pour contredire l’Académie, certains gazomètres explosèrent dans les décennies suivantes. Les académiciens avaient négligé de nombreux problèmes pratiques que le personnel de terrain connaissait pourtant ; certains scientifiques étaient intéressés financièrement par l'expansion des gazomètres ; certaines interactions physico-chimiques provoquèrent plus tard des catastrophes, expliquées seulement cinquante ans plus tard ; et, fondamentalement imprévisible, l’interaction avec d’autres technologies mena aussi à des explosions (réseau d’eau (autre révolution !) qui fuit => éboulement => fuite du réseau de gaz proche => le gaz ne peut s’échapper car les routes sont en macadam (autre nouveauté !) => accumulation dans les égoûts et cave => explosion => 86 morts en 1883).

Les scientifiques ne furent pas les seuls à être aveugles. Le débat en France mena tout de même à un début de régulation de la sécurité du gaz. En Angleterre, pourtant plus consciente des problèmes, l’argument du coût balaya toute velléité de norme.

Ajoutons que, un siècle après leur démantèlement, les usines à gaz polluent toujours nos sols par les goudrons issus de la distillation...

Le parallèle avec le débat actuel nucléaire est frappant. « Le seul vainqueur de la controverse a été l’imprévisible. »

Divers

  • Un peu au-dessus de l’équateur existe une bande de précipitations vitale pour l’agriculture de nombreux pays. Des chercheurs se sont donnés la lourde et pénible mission de parcourir de nombreuses îles paradisiaques du Pacifique, et d’y trouver les traces de l’évolution de cette bande au sein de sédiments au fond des lacs intérieurs. Verdict : la bande est très sensible à toute variation de la température, et va donc se décaler très vite de plusieurs degrés de latitude vers le nord, avec une redistribution des pluies et des impacts en cascade sur toute la planète.
  • L’innovation technologique peut aider les pays pauvres, sans qu’il y ait besoin de prix Nobel, de percées technologiques délirantes, ou de méga-investissements : une simple mini-centrale hydroélectrique sur une chute d’eau de 400 W (la puissance d’un gros PC de joueur) peut suffire à changer le quotidien de plusieurs foyers (éclairage, télécommunications, une télé) ; des séchoirs à légume stimulent des pans entiers de l’économie burkinabée ; une bête capsule en polyéthylène réduit les risques de propagation du sida, etc. Les solutions les plus simples et les moins chères ont souvent l’impact le plus énorme. Il manque un répertoire mondial de toutes ces petites avancées pour en généraliser l’utilisation.
  • Les gélules-robots avec caméra, que l’on peut avaler et qui ressortent naturellement, rendent déjà des services. Un article traite de l’étape suivante : gélules à bras pour explorer, voire gélules avalées indépendamment, et s’auto-organisant pour opérer de l’intérieur !
  • Les premiers accouplements, chez certains poissons d’il y a 375 millions d’années (déjà vivipares), seraient nés de la nécessité de protéger les petits des prédateurs : plus gros à la naissance, leurs chances de survie étaient meilleures. Certains attributs virils seraient des nageoires détournées et… la mâchoire à l’origine plutôt destinée à maintenir les femelles pendant l’acte pour pouvoir féconder les œufs le plus vite possible avant d’autres prétendants ! (J’adore tous ces bricolages évolutifs : cette mâchoire de prise devenue arme ; les nageoires-pagaies évoluant en pattes ; les poumons-stabilisateurs devenus poumons...)
  • L’article mathématique de Jean-Paul Delahaye relève du quasi-surréalisme : Hector Zenil, un de ses doctorants, a ordonné par ordre de complexité les nombres de 0 à 31 — en binaire. En parlant de complexité, on évoque le fait que 11010 est plus complexe que 11111, lui-même plus complexe que 1. La complexité selon Kolmogorov d’un nombre (qui est, en gros, proportionnelle à sa taille après passage à la moulinette d’un algorithme de compression comme zip) se calcule mal pour les tous petits chiffres. Il a donc fallu revenir à la définition et tester les 11 milliards de programmes possibles d’une machine de Turing à quatre états pour voir quelles chaînes de un à cinq bits sortaient le plus fréquemment. Bref, au final 0 et 1 sont les moins complexes des chaînes, 11100 est dernier (ex-æquo avec 00111 et d’autres). Si si, il y a des applications.

lundi 11 juillet 2011

« L’Alsace au Moyen Âge » de Guy Trendel

Ce bon livre manque peut-être un peu de cohésion, on a plus l’impression d’une compilation d’articles ou chroniques. Celui qui n’a aucune notion d’histoire allemande (Otton, le Saint Empire, les Hohenstaufen, les Habsbourgs…) risque de se sentir noyé : dans le Moyen Âge alsacien, les Français ne sont que des envahisseurs !

Mais l’auteur a bon goût de ne pas négliger la critique mais si souvent négligée période des Mérovingiens et Caroligiens, avant l’An Mil. Rappelons que les Serments de Strasbourg (842) scellent la partition de l’Empire carolingien entre France et Allemagne.

L’Alsace a eu un destin assez chaotique : les Alamans ont d’abord été durement mis au pas par les Francs. Puis son destin s’est trouvé lié à la Souabe. Le Duché d’Alsace n’a jamais vraiment existé.

Ensuite arrive un morcellement tout assez spectaculaire entre de nombreuses entités. Il semble surréaliste au Français habitué à la séparation des pouvoirs que l’évêque de Strasbourg ait longtemps été une puissance militaire régionale.

Étonnantes aussi les interventions des Suisses en Alsace : Bâle a joué un grand rôle.

Les « chevaliers brigands », dont les châteaux sont encore visibles dans les Vosges, sont une spécialité locale. Déjà à l’époque des sociétés par action finançaient ce genre de brigandage. Dans le même genre médiéval-financier, la Bourgogne de Charles le Téméraire a carrément tenté d’acheter la Haute-Alsace.

Effroyable la fréquence des guerres et des pillages. L’Alsace a payé très cher son morcellement. Les passages des armées de mercenaires, Français, Anglais ou autres, sont de véritables cauchemars pour les habitants. En réaction, la Décapole, une union de villes libres, n’a pas montré une efficacité réelle.

Quant au vin, il était omniprésent dès les origines : pour faire plier une ville assiégée, le plus simple était de menacer de couper les pieds de vigne.

Le livre se clôt par la « révolte des rustauds » à l’aube de la Renaissance : une révolte sociale, partie de la base, écrasée dans le sang par le Duc de Lorraine.

vendredi 10 juin 2011

« Les histoires sont là pour nous rappeler... »

« Les histoires sont là pour nous rappeler qu’il y a plus et autrement que la réalité, ou sinon comment ferions-nous pour changer la réalité ? »

Élisabeth Vonarburg, Les Rêves de la Mer (Tyranaël, tome 1), 17

mercredi 1 juin 2011

« 1940 : Et si la France avait continué la guerre… »

Etait-il réaliste pour un gouvernement traumatisé d’abandonner la métropole, où la situation était désespérée, et de continuer la lutte depuis l’Algérie et l’Afrique, avec les appuis anglais et américain ? Le débat avait à l’époque fait rage entre les « défaitistes » (Pétain, Weygand…) pas mécontents de voir la République abattue, ou simplement inconscients de la différence de nature du IIIè Reich par rapport à l’Allemagne qu’ils avaient affrontée en 1914-18, et le groupe emmené par de Gaulle.

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