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lundi 12 juillet 2010

Arnaque au nom de domaine

J’ai reçu un courrier de l’infâmant Domain Renewal Group. Un exemple de lettre : http://www.axe-net.fr/actualites/securite/domain/renewal/group/arnaque/119.cfm.

Y a un mot pour ça : slamming. C’est le même principe que pour le dégroupage sauvage et des équivalents dans le domaine énergétique : ils envoient une facture pour renouveler un nom de domaine, sans se faire passer explicitement pour Gandi ou consort, mais en entretenant la confusion, et le naïf non seulement paye à qui il ne faut pas, à un tarif défiant toute concurrence (aucun concurrent sérieux ne ferait payer autant), mais en plus a transféré son nom de domaine chez un escroc.

Il faut reconnaître que tout est décrit dans le papier, en anglais évidemment, et même en legalese, un dialecte abominable à base de poisson noyé et de cession de droits inaliénables sur sept générations, bien sûr en caractères qu’un plus de 30 ans ne peut pas lire sans loupe, la moitié en majuscules pour réduire encore la lisibilité. [1]

Une fraction non négligeable de pigeons doit exister pour payer sans vérifier. Je me suis parfois demandé si un business (dans le sens caillera du terme) à base de factures plus ou moins fantaisistes de moins de 100 € (histoire de ne déclencher aucun système de contrôle), envoyées en masse à tout le bottin des entreprises, pourrait être viable. 1% de retour et papier et timbre sont remboursés. Au moindre problème, mettre l’erreur sur le dos d’un stagiaire ou de l’informatique. Mais bon, je suis trop honnête et sans besoin financier criant.

Plus je vieillis plus je suis favorable au retour du pilori.

Notes

[1] Je me demande si on ne devrait pas forcer les avocats et autres juristes qui rédigent des lois et contrats (pas les juges) à tout écrire à la main. Cela réduirait sensiblement le niveau signal/bruit de leurs écrits, il n’y figurerait plus que l’important et pas le million de précautions de toute manière inapplicables destinées à intimider le bas peuple. Dans un registre plus élevé, comparons la valeur et la solidité de la Constitution américaine, ciselé à la plume d’oie, et la Constitution Européenne de 2005 tellement longue que même moi ai eu du mal à la finir.

samedi 10 juillet 2010

Il fait chauuuuuuuuuuuud !!!!!!

30 °C dans la chambre. Dur dur. (Toujours mieux qu’au boulot où la clim’ est morte et chemise et pantalon longs de rigueur.)

Au rez-de-chaussée c’est bien plus frais.

À la cave sous la terrasse plein sud, c’est la fournaise. J’ai dû migrer le PC dont les disques durs jettent l‘éponge au-delà de 40°C (à moins que ce soit un autre composant[1]).

Si je gagne à l’Euromillion, j’achète une résidence d’été en I(r|s ?)lande.

(Suis bon pour twitter, moi, vu le niveau intellectuel et informatif de ce billet.)

Notes

[1] Symptômes : le Linux tourne toujours, mais se plaint de ne plus pouvoir accéder à /dev/sda. Au reboot, ça roule un certain temps. Ouvrir la machine a résolu un temps la question jusqu’à la présente cuisson.

jeudi 8 juillet 2010

Petits pots pour bébé, eau de cuisson et foutage de g...

Devinette : voici trois compositions de petits pots pour petit bébé de six mois, selon les étiquettes.

1) « Petits pois : recette simple et naturelle » :
Eau de cuisson (premier ingrédient !),
légumes (22% de petits pois, panais),
semoule de riz,
huiles végétales (lesquelles ? de l’huile de palme ?)

2) « Jardinière de légumes » :
Légumes 67% (pommes de terre, carottes 16%, petits pois 10%, haricots verts 6%, épinards 6%, oignons, navets),
eau de cuisson (deuxième ingrédient !),
lait écrémé reconstitué (comme dans un biberon après tout),
amidon transformé de maïs (rien d’alarmant),
huiles végétales (colza, tournesol),
beurre,
jus de citron reconstitué,
sel,
arôme naturel,
laurier,
vitamines E, B1, B2, PP, B6, B8, B5

3) 74% de carottes de Hollande (bio),
26% de potimarron d’Allemagne (bio),
persil d'Île-de-France (bio).

Les associer aux trois marques suivantes :

A) Nestlé

B) Blédina

C) Babybio

Réponse en bas de page[1].

Je ne sais pas quoi faire comme commentaire sinon que des baffes se perdent. Même pas la peine de virer khmer vert : à la rigueur, on s’en fout de manger bio ou sans OGM tant qu’au moins on a des carottes quand on achète des carottes.

Évidemment, le dernier est deux fois plus cher que le premier, mais c’est normal quand le moins cher contient moitié de flotte. À la texture le premier ne semblait pas du tout appétissant, ’Tite Lilou n’a pas trop apprécié (alors que les petits pots mitonnés par Maman à partir de légumes réels ont un grand succès). Pour couronner le tout, le petit pot bio est en verre réutilisable recyclable, et le Nestlé sous emballage plastique qui ira direct à l’incinérateur.

Pour les petits pots de fruits, la situation est beaucoup plus rose, c’est quasi-intégralement de la pomme, de la banane...

Notes

[1] 1 A ; 2 B ; 3 C

jeudi 1 juillet 2010

Coupe du Monde de Foot : victoire de l’Allemagne par 7 à 1 !

(J’en entends déjà qui doivent se dire : « ça y est, il est tombé dans le piège des paris sportifs en ligne, le dernier impôt et arnaque aux pigeons à la mode. » Meuh non.)

De la même manière qu’il y a quatre ans, (et j’en avais parlé), la RoboCup a eu lieu, cette fois à Singapour, et dans la catégorie Humanoid Kid Size, celle des humanoïdes format Sarko bambins découvrant la marche (pas seulement par la taille), c’est l’équipe allemande de Darmstadt qui a écrasé par 7 à 1 d’autres Allemands, les FUmanoids, après bien d’autres massacres dans les poules.

Ci-dessous la vidéo de la finale. J’adore la démarche un brin pataude de ces bestioles, leur stabilité assez relative (mais ils savent se relever seuls), et la technique du grand écart des gardiens de but, capables de pas mal d’anticipation.

Je n’ai pas vu les autres catégories, mais pour le moment, il n’y a pas encore de quoi faire peur à grand-monde, même l’équipe de France actuelle. Rappelons que le but réel de la compétition est de faire naître une équipe de robots humanoïdes capable de battre l’équipe championne du monde 2050 humaine (qui n’est pas encore née elle non plus d’ailleurs).

jeudi 24 juin 2010

« L’Empire khazar » (collectif, dirigé par Jacques Piatigorsky & Jacques Sapir)

L’Histoire connue du grand public, même intéressé comme moi, comprend des trous parfois monstrueux : par exemple le détail du demi-millénaire du Haut Moyen-Âge, entre la chute de Rome (vers 500) et la stabilisation de la géographie politique européenne (vers 1000). Entre Clovis et Hugues Capet émergent vaguement les rois francs fainéants, Charles Martel et les invasions arabes, Charlemagne. Et chez les peuples voisins ? Heu...

C’est encore pire dans certaines zones géographiques comme cette gigantesque steppe qui va de l’Ukraine au nord de la Chine, de la Sibérie à l’Afghanistan, bourrée de peuples nomades mal définis, aux noms parfois imprononçables, et dont la civilisation tournait autour du cheval. Pourtant certains des plus grands bouleversements mondiaux viennent de là, et les ethnies et les empires issus plus ou moins directement des steppes sont légion : les Huns, les Mongols de Gengis Khan, les Magyars (devenus hongrois), les Turcs (les actuels ne sont que les descendants d’une des innombrables ethnies), les Bulgares (qui sont à la Bulgarie actuelle ce que les Francs sont à la France, un nom sur un substrat presque intact)…

Les Khazars ? Personne ne connaît. Et pourtant, entre 600 et 1000, ils ont fondé un Empire respectable dans la Caucase et le sud de la Russie et de l’Ukraine actuelles, tenu en respect des Arabes partis à la conquête du monde, ainsi que les Byzantins. Ces guerriers fondaient leur richesse sur le racket du commerce entre Danube, Mer Noire, Caspienne, Don et Dniepr, et multipliaient les peuples clients autonomes mais payant tribut.

Une caractéristique les distingue : les Khazars étaient juifs. Loin d’être une tribu perdue d’Israël, ils sont plutôt un des rares exemples de conversion au judaïsme de peuples païens. La cause en semble purement politique : frontalier à la fois de Byzance et du Califat, l’Empire khazar ne pouvait se permettre d’adopter le christianisme ou l’Islam et ainsi se placer sous la sujétion indirecte de l’un ou l’autre.

L’étendue de la conversion des Khazars fait encore débat. Il est possible qu’elle se soit limitée à la haute noblesse, le peuple et les tribus tributaires gardant le paganisme ou se convertissant au deux autres religions monothéistes. Au final, la société khazare s’est en tout cas montrée très tolérante, les différentes religions cohabitant dans ses villes (chose extrêmement rare en cette époque de prosélytisme massif des deux côtés).

Originellement soumis à l’Empire turqüte[1], les Khazars profitèrent de la destruction de ce dernier par les Chinois pour affirmer leur indépendance puis soumettre les peuples voisins... du Caucase au Danube !

Peu à peu, les fiers cavaliers se sédentarisèrent, fondèrent leur sécurité de plus en plus sur des mercenaires (turcs...). Ainsi, leur puissance militaire s’effrita, les peuples tributaires devenant de plus en plus remuant. Ce ne fut ni Byzance ni le Califat qui eut raison des Khazars, mais une nouvelle puissance émergente, encore païenne, la Rus’ du prince Sviatoslav de Kiev, précurseur direct de la Russie.

Qui sont les descendants actuels des Khazars ? On trouvera certes quelques tribus peu connues du Caucase ; mais certains ont, un peu rapidement, imaginé que les Juifs des pays de l’Est, les Ashkénazes (soit la majorité des Juifs actuels !) descendent des Khazars. La théorie est hardie, probablement fausse.

Un chapitre s’étend sur le rôle de l’histoire khazare dans la politique soviétique : sous Staline, montrer qu’un grand peuple asiatique avait participé à l’histoire russe n’était pas spécialement bien vu, en pleine période d’instrumentalisation du nationalisme russe puis d’antisémitisme latent.

Au final, un livre intéressant, en partie grâce à l’exotisme né de l’évocation de peuples à peu près inconnus dans nos contrées : Bulgares Noirs, Petchenègues, Ossètes (Alains)...

Notes

[1] Oui, moi aussi j’ignorais leur existence jusque là.

mercredi 16 juin 2010

Citation spéciale Grand Événement Sportif planétaire

« La grammaire est, après le cheval, et à côté de l’art des jardins, l’un des sports les plus agréables. »

Alexandre Vialatte

jeudi 10 juin 2010

Balistique relativiste et diplomatie interstellaires

Issue d’un petit bout de discussion qui a dérivé du sujet initial (l’envoi d’un inutile message interstellaire depuis un iPhone), voici une petite application de la théorie des jeux à ajouter au dossier du paradoxe de Fermi.

Prudence paranoïaque

Une civilisation A se met à émettre, délibérément ou non. Une civilisation B plus avancée capte cela et déduit l’existence de A. Elle ne sait rien de A. Elle peut se douter cependant qu’à la réception du message, c’est-à-dire quelques siècles plus tard, l’autre civilisation aura sans doute progressé. B peut faire rapidement l‘analyse suivante :

  • soit elle reste coi et ne signale pas sa présence, sachant que le contact aura forcément lieu plus tard d’une manière ou d’une autre si les voyages interstellaires sont possibles ;
  • soit elle décide de signaler sa présence, au risque de se retrouver face à une puissance agressive qui lui fera la peau ;
  • soit elle opte pour l’option la plus sûre, l’Arme Balistique Ultime (si elle en a les moyens) : un météore de bonne taille, accéléré à une vitesse proche de celle de la lumière, précipité sur la planète émettant le signal.

Cette dernière arme a plusieurs avantages : aisément disponible (les planétoïdes sont pléthores), propre (pas de radiations qui empoissonnent tout à dix parsecs aux alentours), sans protection possible (un bouclier assez costaud n'existe pas), et surtout sans préavis car, par définition, un objet qui s’approche à la vitesse c-ε ne peut être détecté avant d’être reçu dans la tronche. Rappelons qu’à vitesse relativiste, l’énergie de l’impact sera bien supérieure au classique ½mv² ; un modeste astéroïde suffira pour transformer n’importe quelle planète rocheuse en ceinture de poussière d’astéroïdes.

La question de savoir comment accélérer un caillou à une telle vitesse est laissée en exercice, mais les militaires financeront sans problème la chose à la première occasion.

Reste un problème : l’attaquant ne recevant les émissions de la victime que des décennies, des siècles voire des millénaires après leur émission, elle ne peut deviner si, au moment de l’impact, l’agressé n’aura pas déjà colonisé quelques autres mondes et évolué assez vite, ce qui lui fournirait hypothétiquement la possibilité de rendre la monnaie de sa pièce à l’agresseur. Celui-ci se trouve donc forcé de détourner l’attention de son propre système en attaquant depuis un autre ou en faisant dévier le projectile pour masquer sa provenance. Cela suppose que l’agresseur est déjà un empire interstellaire (en fait évident pour quelqu’un capable de déplacer de telles masses à de telles vitesses), mais ajoute beaucoup aux délais puisque l’ordre doit être envoyé à une vitesse forcément limitée par c, ou le voyage bien allongé, d’où sursis supplémentaire pour l’agressé.

Mauvais voisin

Il existe un autre inconvénient à cette politique du « je me tais et je désintègre balistiquement tout ce qui apparaît autour » : d’autres civilisations évoluées pourraient découvrir ce qui se passe. Et, bien que pacifiques, décider que la communauté galactique peut se passer de membres paranoïaques agressifs et régler le problème de la même manière. Selon que la première civilisation à se répandre sera prudente-paranoïaque ou coopérative-justicière dépend le sort de toutes les autres civilisations.

En arrière-plan figurent les hypothèses que l’on peut faire sur la cohérence d’une civilisation multi-planétaire où les communications sont limitées par la distance (répétition, en pire, des problèmes au sein des Empires européens à l’heure de la conquête de l’Amérique), et les durées se comptant en décennies : le temps que l’astéroïde arrive sur sa cible, ou que celui de la Revanche parvienne, la situation politique et philosophique de l’agresseur peut avoir évolué. L’Allemagne actuelle mérite-t-elle d’être anéantie pour les abominations d’Hitler ?

Si cela se trouve, la galaxie est actuellement parcourue par des centaines d’astéroïdes tueurs envoyés par des civilisations peureuses jouant au sniper interstellaire. La Galaxie semble vide car ceux qui ne se taisent pas rencontrent très vite un rocher relativiste. Pendant ce temps, une autre civilisation fait peut-être les choses en grand et allume des supernovas dans tous les recoins de la Voie Lactée favorables à la vie, la stérilisant par millions de parsecs-cube à la fois.

À l’inverse, chaque civilisation peut faire ce raisonnement, constater que l’astéroïde tueur est (relativement) simple à mettre en œuvre mais que des représailles sont également faciles, et dans le doute s’abstenir. Collectivement, on arriverait à un « équilibre de la terreur » galactique équivalent à celui de la Guerre Froide. Le « donnant-donnant » deviendrait donc la règle, comme après tout c’est à peu près le cas dans le monde actuel… à quelques timbrés éventuels près qui pourraient faire du dégât mais seraient plus aisément « traitables » par la collectivité. (Ce dernier cas m’interroge : les distances galactiques et le coût des déplacements empêchant les vrais conflits d’intérêt, quelles seraient les motivations pour attaquer ses voisins ? Fondamentalisme religieux ? Régime délirant à la nord-coréenne ?)

En conclusion

Einstein disait qu’il ne connaissait pas les armes de la Troisième Guerre Mondiale mais celle de la Quatrième : les cailloux. Je ne sais pas s’il pensait à cette variante-là de la fronde.

mercredi 2 juin 2010

« Pour la Science » de juin 2010 : fusion inexploitable et baleines mortes

Grande première : j’arrive à chroniquer un numéro de Pour la Science avant même le début du mois pour lequel il est paru. Je réussis à contenir la vague de parutions de magazines, j’en suis tout étonné.

Au sommaire :

Avenir de la fusion

Le titre et un dossier s’étendent sur la faisabilité de la fusion nucléaire, ce graal énergétique qui nous garantirait une énergie inépuisable (le carburant est dans l’eau de mer), propre (du moins en dehors de la centrale) et sûre (pas de risque de polluer un continent en cas de pépin). Depuis 70 ans on prévoit que les centrales seront au point dans 50 ans.

Techniquement c’est un cauchemar : comment confiner 150 millions de degrés de telle manière que la fusion deutérium-tritium s’effectue, tout en récupérant la chaleur sans faire fondre le réceptacle, sachant que les neutrons émis doivent servir à fabriquer ce fameux tritium au passage et non à altérer les propriétés mécaniques des parois ?

J’ignorais qu’il existât deux filières pour obtenir la fusion :

  • la filière à tokamak, avec un plasma très chaud confiné magnétiquement (plus facile à dire qu’à faire), c’est la filière suivie par le réacteur ITER, encore loin du pilote industriel ;
  • l’outsider, le chauffage d’une cible par de nombreux lasers d’une puissance démentielle, au sein d’une chambre sphérique grande comme un immeuble ; c’est en fait une retombée des besoins militaires.

La fusion, on sait la faire dans les deux cas… quelques secondes en laboratoire. Un réacteur commercial devra cependant tourner 24h/24. Il faudra donc soit réussir à maintenir le plasma chaud en permanence, soit agir par laser sur de véritables rafales de cibles deutérium/tritium. Quelle que soit la filière, des progrès énormes (mais réalistes) doivent encore être accomplis par les techniciens pour améliorer les matériaux, augmenter la puissance des aimants, des lasers…

Théoriquement ça marche. Mais, forcément ruineuse, la fusion ne sera économiquement viable que si elle peut résoudre ces problèmes techniques assez vite pour ne pas être dépassée par d’autres techniques qui ont aussi 50 ans d’optimisation devant elles : solaire, géothermie…

Évolution des minéraux

Je n’avais jamais accroché à la géologie, mais depuis quelques temps je lis des choses passionnantes dessus. L’évolution des minéraux ne relève en aucun cas du darwinisme, mais comme ils sont les témoins des mécanismes en œuvres sur notre planète, il ne faut pas s’étonner qu’il y en ait des milliers.

En plus des originaux nés de la lave, des minéraux n’existent que grâce à l‘action de l’eau, de la tectonique des plaques, des glaciers, à la présence d’oxygène due à la vie, et à la vie elle-même qui érode beaucoup, voire donne lieu à des roches sédimentaires (le calcaire n’est qu’un amoncellement de coquillages sur des durées géologiques, et charbon ou pétrole sont d’anciennes forêts). À l’inverse, bien avant cela, l’impact avec Théia avait redistribué les éléments rare et réduit leur capacité à créer des cristaux.

J’aime bien les expressions de Grande Oxydation (quand le taux d’oxygène a dépassé le pour cent grâce aux algues, et tout oxydé) de boring billion (« emmerdant milliard ») pour désigner l’interminable période suivante, qui n’a pas vu grand-chose de nouveau se dérouler dans aucun règne. (Ont suivi ensuite la Terre « boule de neige », l’explosion de la vie…)

Baleines mortes

Une baleine de plusieurs dizaines de tonnes qui meurt et se dépose sur le plancher océanique est une véritable manne pour la faune locale. Il lui faut des décennies pour absorber tous ces nutriments.

Il existe ainsi des cadavres de gros cétacés tous les quelques kilomètres sur le fond océanique, avec leur écosystème bien spécifique… qui en dit aussi long sur ce qui vit au fond des océans, loin de la lumière.

Univers mathématique

La « déraisonnable efficacité » des mathématiques pourrait s’expliquer si l’univers est une structure mathématique, une parmi une infinité, et donc soumise à ses lois. Il y a du pour et du contre. Tout cela est très éthéré, philosophiquement vertigineux, et sera encore sujet de réflexion dans quelques siècles je pense.

Divers
  • Les bernards-l’ermites sont capable de créer des bourses aux coquillages pour changer ensemble de maison.
  • Pour contrer les spéculateurs, qui cherchent à deviner l’évolution du marché et non à suivre la logique, il ne faut pas chercher à lutter, mais changer les règles du jeu pour que ledit marché n’ait plus d’intérêt à jouer ceci ou cela à la baisse. (Je m’abstiens de tout commentaire en raison de lois réprimant les incitations au meurtre.)
  • Les boissons énergisantes sont une saleté, surtout mélangées à de l’alcool dont elles masquent les symptômes, d’où des abus avec les conséquences que l’on imagine. En plus il y a risque d’accoutumance.
  • Un article intéressant sur les truffes m’a appris que ces champignons ont choisi de s’enterrer pour se protéger du climat parfois froid des régions tempérées. Inconvénient : il faut attirer une bestiole qui la déterrera, la mangera, et répandra les spores parfois très loin. D’où le besoin d’un fumet attirant. Et le rôle parfois crucial dans les écosystèmes.
  • Les merveilles du Système solaire en peinture : superbe vue des anneaux de Saturne depuis le « sol », de Valles Marineris...

samedi 29 mai 2010

Après Facebook

Rebond rapide (faute de temps) suite à un billet du Standblog sur les gens qui quittent un Facebook devenu de plus en plus catastrophique en terme de vie privée.

D’une part, ne pas rêver : pour un militant qui ferme son compte, cent jeunes totalement ignorants (on l’est forcément quand on est jeune) y déversent des tombereaux d’informations sur eux-mêmes et leur entourage, et ne comprennent rien au débat ni au danger.

D’autre part, je me dis que Facebook sera simplement dépassé par la prochaine mode. Il y a eu le courrier papier, le téléphone, les BBS, le mail, les newgroups, ICQ, le téléphone portable, le web « originel » (pages statiques, peu commercial, codé à la mimine), les SMS, MSN, Myspace, les podcasts, Facebook, Twitter… et je dois en oublier.
On continue de distinguer médias synchrones (téléphone, MSN) et asynchrones (je lis quand ça me chante) mais tous ces médias se recoupent et se copient en compensant chaque amélioration par un nouveau défaut.

L’effet de génération est frappant, même pour ceux qui se tiennent au courant. Je suis de la génération e-mail : c‘est pour moi le média le plus courant, le plus simple, asynchrone, rapide, bref ou long. Des membres de ma famille un peu plus jeunes communiquent principalement par SMS. Même si nous savons manier occasionnellement le média de l’autre, toute discussion est entravée par cette différence ; mais nous sommes assez vieux pour redescendre au standard ultime qu’est le téléphone.

J’ai ouvert mon blog pour diverses raisons, notamment son côté push grâce aux flux RSS. À côté de la facilité de rédaction (merci Dotclear) et des retours possibles par les commentaires, c’est surtout cette capacité à tenir un lectorat, même rachitique, informé des nouveautés, qui fait la différence par rapport à l’ancien site statique (toujours maintenu d’ailleurs).

Les forums web n’ont en fait aucun intérêt par rapport aux bons vieux newgroups. Il se trouve que le grand public confond toujours « Internet » et « ce qu’il y a dans le navigateur » (déjà beau si c’est autre chose qu’Internet Exploser), et préfère les pages pleines de jolies couleurs à des systèmes décentralisés qui avaient fait leurs preuves.

Je ne vois pas l’intérêt réel de Twitter, qu’un blog ne permette pas. La limite de quelques caractères de contenu me semble une réduction extrêmement dangereuse de toute pensée non triviale. C’est peut-être l’équivalent en muticast d’un SMS, mais la limite en taille du SMS était une contrainte, pas une fonctionnalité. Quant à Facebook, il a fallu que j’y ouvre un compte pour consulter exceptionnellement ceux des autres mais sous un pseudonyme pipeau (si vous cherchez mon nom, vous ne trouverez que flopée d’homonymes).

Je confesse n’y avoir consacré qu’un temps à peu près epsilonesque (Clio-boulot-marmots-dodo oblige).

La vraie raison de l’intérêt de Twitter/Facebook/Myspace (autrefois) : « les gens » y sont. La technologie est un détail. Les forums web parlaient à ceux qui ont découvert le web et pas Usenet, et ils sont restés. Myspace était in, maintenant out, alors qu’une page web suffit pour se présenter. En gros, chacun suit la mode de sa tribu, ou plutôt des tribus auxquelles il est lié. Si toutes les personnalités qui m’intéressent se mettaient uniquement à twitter, je m’ouvrirais un compte. Pour le moment, j’ai déjà largement trop de flux RSS à lire (même après la dernière purge) pour me lier à un autre média.

mercredi 26 mai 2010

Telepolis special Kosmologie

Telepolis serait un magazine que j’achèterais et lirais si j’avais le temps. Mais j’ai tout de même craqué pour le « special Kosmologie ».

Sur la couverture, la question fondamentale : « Où sont-ils ? »

Suivent une série d’articles sur le destin à long terme de l’humanité dans l’univers, la possibilité d’une vie extraterrestre, le programme SETI (radio ou optique), etc :

- Les mystères encore mystérieux de l’univers et les frontières actuelles de la science : sursauts gamma, déctecteur géant de neutrinos au pôle sud, détecteurs d’ondes gravitationnelles à la précision diabolique, fin possible de l’univers…

- Le multivers peut exister de plusieurs manières : tout simplement d’abord sous forme de volumes de Hubble dans un univers infini, et à 10^10^118 mètres de nous existe un monde quasi identique au nôtre, qui restera à jamais inconnu à cause des distances et de l’expansion universelle ; ensuite sous forme d’une interminable série d’univers répartis le long d’autres dimensions ; enfin sous forme de duplication d’univers nés à chaque fois qu’une fonction d’onde est observée. Que nous soyons dans un univers miraculeusement adapté à la vie (toutes proportions gardées) s’explique par le principe anthropique au sein de cette infinité d’univers possibles.

- L’énergie négative (pas l’antimatière, qui est positive, mais la vraie négative) n’est déjà pas un objet que l’on manie tous les jours hors de l’effet Casimir. En théorie, cela pourrait servir à voyager plus vite que la lumière, ou traverser des trous noirs. En théorie aussi ça n’avancera en pratique à rien (fichu principe d’incertitude !).

- Stephen Hawking himself évoque la possibilité d’une vie intelligente dans l’univers, et ajoute des réflexions pas très nouvelles sur la fragilité de la vie sur Terre avec ces humains et leur bombe atomique, le passage à un type d’évolution qui ne soit plus darwiniste, ou des solutions possibles connues au paradoxe de Fermi. La remarque que je retiens : la vie datant quasiment du refroidissement de la Terre, on peut considérer que son apparition est facile et commune ; par contre il a fallu attendre trois milliards d’années pour voir apparaître la vie multicellulaire, c’est peut-être donc cette étape qui est hautement improbable.

- Et ce paradoxe de Fermi (je rappelle que j’ai déjà radoté là-dessus ici) revient comme une rengaine. Deux articles surtout énumèrent des hypothèses souvent déjà connues par qui s’intéresse au sujet : impossibilité du vol interstellaire, causes sociales, autodestruction systématique… Pour Ian Crawford encore, les dinosaures montrent que la vie pourrait prospérer sans mener inéluctablement à l’intelligence.
D’autres hypothèses : les artefacts nous crèvent les yeux mais nous les interprétons comme des phénomènes naturels (pulsars ?), nous ne savons pas reconnaître les extra-terrestres car ils diffèrent trop de nous (exemple de la fourmi sur une autoroute incapable de découvrir la civilisation humaine) ; ils nous observent depuis toujours (scénario « du monolithe ») et nous découvrirons un jour leurs traces dans notre système solaire (un article discute de ce que ce pourrait être) ; nous vivons dans une zone de la Galaxie ou de l’univers exceptionnellement riche en éléments lourds ; toute civilisation est vite victime d’un univers finalement très dangereux (au moins jusque récemment) : supernovas, rayons gamma…

- L’équation de Drake, formulée en 1961 dans un minuscule congrès, n’a pas réclamé grand effort à son auteur, qui s'étonne de son succès. Les premiers facteurs (nombre d’étoiles et planètes) sont mieux estimés à présent ; les autres restent des devinettes. Il y manquerait cependant un facteur Pb (Politicians & bigotry) : un seul membre du Congrès américain peut couper les ailes au SETI.

- L'équation de Drake comme le paradoxe de Fermi se ramènent donc vite à l’interrogation sur la durée de vie des civilisations. Un article de 1981 du regretté bon docteur Asimov rappelle que nous sommes intelligents et capables de prévoir, avec des inconvénients majeurs : la possibilité d’une vengeance, le besoin d’accumuler les richesses et donc l’épée de Damoclès de l’autodestruction.

- Faut-il tenter de communiquer ? Le contact lui-même recèle un danger : les extra-terrestres, s’ils nous captent, voire viennent ici, auront une énorme avance sur nous, et nous savons par l’histoire de l’humanité qu’en cas de différentiel, c’est le moins technologiquement développé qui soufre le plus, même sans agressivité volontaire. Certains ont peur d’extraterrestres ouvertement impérialistes ou esclavagistes. D’un autre côté, si toutes les civilisations écoutent et aucune n’émet, l’espace semblera effectivement mort. Nous émettons de toute façon depuis 60 ans intensivement pour nos propres besoins en télécommunications, la question est vaine.

- Exothéologie : quel serait l’impact de l’arrivée d’extraterrestres sur les religions terrestres ? L’Église catholique s’est déjà posé la question. (À mon avis, ce sera sur les autres religions, ou plutôt leurs versions radicales, que l’effet risque d’être le plus violent. À voir aussi la réaction des ETs à une tentative de conversion, et s’ils n’ont pas déjà une religion à nous offrir. Drake rêve de communiquer grâce aux mathématiques, s’embrochera-t-on dans une guerre de religion galactique ?)

- En cas de détection, quelle est la procédure, quel serait le langage utilisé ? Petit rappel.

- Pour optimiser les chances de détection, une proposition consiste à chercher les « phares » de l’univers : par exemple une supernova va être observée par beaucoup de monde, donc on peut émettre dans la direction opposée pour optimiser ses chances. (Je suis à moitié convaincu : cela suppose qu’on ne sait pas du tout où émettre, alors autant le faire dans cette direction-là.)

- Pas mal de pages, dont un entretien avec Frank Drake, décrivent le projet de détection SETI, ses réalisations, ses échecs, ses difficultés pour obtenir des fonds, l’obstruction d’une poignée de personnes au Congrès américain. Le SETI va enfin avoir son propre réseau de radiotélescopes dédiés (payé par Paul Allen), mais le manque de moyens reste criant.
À côté du SETI classique sur les ondes radio, il existe d’autres projets plus ou moins actifs, notamment le SETI optique qui analyse le spectre des exoplanètes, ou celui qui cherche des sphères de Dyson qui n’émettent que dans l’infrarouge (un article entier).
Les possibilités ne dépendent que de budgets toujours trop réduits. Les détecteurs existants d’ondes gravitationnelles ou de neutrinos (IceCube me fascine) pourraient être mis à contribution. On pourrait imaginer encore plus spéculatif (que sont vraiment les sursauts gamma ?).
SETI n’a rien détecté de manière fiable, il y a cependant eu dans l’histoire deux signaux : le fameux « signal WOW » radio en 1977 et un autre en 1998 en optique, tous deux jamais reproduits ni retrouvés ni expliqués.

- Le dernier article s‘étend sur l’écart entre nous et Eux… dont la civilisation remonterait à des millions d’années. Malgré cela, l’auteur estime que les communications sont hors de prix : émettre à 1000 années-lumières (à la fois beaucoup et pas grand-chose à l’échelle de la Galaxie) nous coûterait l’équivalent de notre production actuelle mondiale d’énergie (environ 10 TW), pour un dialogue qui s’étalerait sur des milliers d’années. Impossible dans ces conditions de fixer des rendez-vous quand on n’est même pas sûr que la civilisation à laquelle on s’adresse soit encore là des millénaires plus tard.
Ajoutons quelques hypothèses classiques du paradoxe de Fermi, et on peut conclure que s’il y a un « club galactique » de civilisations évoluées, elles s’ignorent sans doute la plupart du temps et nous laissent tranquilles dans notre zoo.
(Personnellement, je trouve que cet article se base trop sur la technologie et la psychologie humaines, et élude les hypothèses des machines de von Neumann autoreproductrices, des monolithes... comme celles où, la technologie permettant une quasi-immortalité, l’expansion à l’échelle des siècles devient réaliste.)

Deux ou trois interviews ou débats d’Allemands connus chez eux suscitent nettement moins l’intérêt, trop éloignés du sujet ou trop proches du café du commerce. L’iconographie a le défaut de décorer plus que d’illustrer pertinemment le sujet de l’article. Quatre nouvelles de SF un peu trop didactiques tentent d’éclairer les fins possibles de l’univers ou de la civilisation.

Je n’ai pas encore eu le temps de regarder le DVD fourni (il y a des sous-titres français).

Bref, à acheter si vous lisez l’allemand.

samedi 15 mai 2010

Synchro de la clé USB de madame vers le Mac

Problème

Ma chère moitié étant prof’ de lycée, je suis directement impacté en tant qu’informaticien.

  • Je dois lui choisir, configurer et payer son outil de travail à la maison (ordinateur, scanner, et tout ce qui va avec) (et oui j’en aurai acheté une partie, pas tout, et oui, les frais réels en récupèrent une petite partie dans les impôts, à condition de faire assez de kilomètres pour que les frais réels soient déjà envisageables).
  • Je me tape donc le support informatique, les coups de gueule contre Word, alors qu’à titre professionnel il y a normalement des gens payés pour ça, et pas à 23 h quand je bouquine ou pianote dans une autre pièce.
  • Elle bosse aussi au lycée et doit y utiliser les documents créés à la maison.

C’est le troisième point que je cherche à régler élégamment.

  • L’option accès par webdav au site de la maison a été rejetée : trop geek, trop de problèmes potentiels (accès, sécurité…).
  • Reste le plus simple et évident (mais y être arrivé tout de suite n’aurait pas été assez geek) : la clé USB qui contient tout ce dont elle a besoin. Une clé de 8 Go est à présent peu chère et a une contenance largement assez grande pour l’intégralité de son répertoire Documents.

Clé achetée. Problème réglé… au premier niveau.

Sauvegarde

Une clé c’est pas fiable, ça se perd, ça se grille. Ajoutons que comme toute allergique à l’informatique non directement utilitaire, ma chère moitié ne pensera à sa sauvegarde qu’environ une fois par mois, en général au moment où elle n’aura ni le temps ni la possibilité de la faire.

Bref : comment forcer la sauvegarde automatique quand la clé USB est montée sur le Mac ?

Time Machine est hors concours car le disque dur dédié est, lui, allumé irrégulièrement (à cause du bruit et du courant consommé ; il ne sert en fait qu’à sauvegarder le système, il n’y a pas de document critique sur le Mac).

Google renvoie à des outils purement Mac qui fonctionnent peut-être bien, souvent payants (ah, la culture Mac !), mais que je ne vais même pas tester vu que tout ce que je veux c’est pouvoir déclencher un bête rsync, mon outil préféré (dans le futur, peut-être même rsnapshot que j’utilise avec bonheur sur ma Ubuntu). Oui, à la ligne de commande, c’est pas Mac, mais j’en ai acquis un en partie parce que c’était un Unix, justement.

Le Mac utilise launchd, qui a l’inconvénient de vouloir des fichiers de config en XML, ce qui est assez casse-c… à taper. Heureusement pour une feignasse sans temps comme moi, il y a Lingon, outil libre et gratuit, merci à l’auteur. (D’ailleurs l’auteur a arrêté de maintenir, faut espérer qu’Apple fournira un éditeur dans le futur.)

En pratique

  • À vérifier : que rsync soit présent sur le système de base. Sinon il est compris par exemple dans MacPorts qui permet d’utiliser sur Mac la plupart des outils en ligne de commande connus sur Linux.
  • Dans Lingon, configurer un nouveau User Agent. Le nom suit la convention tld.monnomdedomaine.cequejeveux. Le fichier .plist que créera Lingon se retrouvera dans /Library/LaunchAgents/ et peut au besoin y être modifié avec n’importe quel éditeur.
    NB : Ne pas mettre d’accent dans le nom ; comme tant de systèmes américains, c’est pas prévu pour (no comment).

Lingon.png

  • La ligne de commande pointe ici vers un script que j’ai écrit, ce peut être n’importe quoi n’importe où (si les droits le permettent). À titre expérimental, j’avais un temps sélectionné l’application Chess, j’avais donc un échiquier qui apparaissait à chaque insertion de clé !
  • Le script en question doit être autorisé pour les personnes qui vont bien. Un très laxiste chmod ugo+rx nom_du_script convient pour ce que je veux faire. Il faudrait verrouiller sur un utilisateur ou un groupe pour être plus propre.
  • Il n’y a (au moins avec Lingon) pas de moyen d’associer un « volume » (une clé, une partition de disque, un lecteur réseau…) au script, donc Run it every time a volume is mounted, et le script devra se débrouiller avec ça.
  • C’est une sauvegarde rapide, je la déclenche aussi toutes les heures.
  • À la sauvegarde, Lingon dit qu’il faut carrément redémarrer. J’ai bêtement obéi, ce qui n’est pas très pratique. En utilisant launchctl en ligne de commande, il y a peut-être moyen d’éviter ça.
  • L’exécution se voit sans problème dans la Console.
  • Piège : tel que défini ici, le script sera exécuté par chaque utilisateur logué. Pour un seul utilisateur, l’option My Agents de Lingon aurait pu convenir mais je voulais quelque chose qui puisse servir à plus que la seule clef de mon utilisatrice préférée. Dans le script il faut donc tester qui est le $USER. C‘est également important pour les droits (le fichier .log écrit dans /tmp appartient, lui, à son créateur, j’en crée donc un par utilisateur, sachant que sa plce serait plus dans /var/log).
  • La variable $EXCL contient les fichiers à ne pas sauvegarder sur le Mac. Elle dépend de chaque clé utilisée.
  • Le script suivant tient compte de plusieurs clés sous deux utilisateurs. En bash je code de manière très naïve, sans subtilité esotérique, et pas par pas, le débogage y est plus laborieux que dans d’autres langages. Et comme ça marche, je cherche pas à optimiser et à paramétrer à donf’ comme si ça devait être réutilisé par d’autres (par exemple avec un fichier de config qui indiquerait que sauvegarder et où…).
    Comme modifications, je pense à un répertoire de sauvegarde commun, un rsnapshot ou carrément la copie sur une autre machine par le réseau.
#!/bin/bash

#Balaye les volumes montés
for VOL in `find /Volumes/ -type d -maxdepth 1` ; do

	echo "Volume $VOL"
	SHORTVOL=`basename "$VOL"`
	
	BACKUP=no
	CIBLE=""
	EXCL=""
	
	# Sauvegarde de certains volumes bien précis 
	# en fonction de l utilisateur connecté 
	
	# premier utilisateur 
	if [ $USER = "toto" ] ; then
	if [ $SHORTVOL = "CLE_TOTO" -o $SHORTVOL = "TOTO_1GO" ] ; then
		BACKUP=yes
		CIBLE="/Users/toto/Sauvegardes/$SHORTVOL"
	fi

	# deuxième utilisateur 
	elif [ $USER = "titi" ] ;then
	if [ $SHORTVOL = "BOULOT" -o $SHORTVOL = "PALM_1GO" ] ; then
		BACKUP=yes
		CIBLE="/Users/titi/SAUVEGARDES/$SHORTVOL"
		EXCL="--exclude *.mp3"
	fi

	# autre utilisateur 
	else
		echo "Rien pour $USER" 
		exit 0
	fi
	
	# si backup, sauvegarder le volume
	if [ $BACKUP = "yes" ] ; then
		mkdir "$CIBLE" 2>/dev/null
		LOG2="/tmp/$SHORTVOL.$USER.rsync.log"
		echo "rsync de $SHORTVOL vers $CIBLE"
		echo "rsync de $SHORTVOL vers $CIBLE" > $LOG2
		rsync -av --delete-after $EXCL "$VOL"/  "$CIBLE"/ >> $LOG2
		echo "Fini"
	else
		echo " Pas de sauvegarde "
 	fi

done

exit 0

PS : Ce billet, je le sais, sera lu à la fois par des —maniaques— promoteurs de la ligne de commande qui ont du mal à voir l’intérêt d’un terminal graphique pour l’administration et par des maqueux --fondamentalistes— émérites que Terminal effraie ; de plus il mélange les genres en mixant environnement graphique et scripts. Je m’attends donc au pire dans les commentaires (toujours mieux que l’indifférence).

jeudi 13 mai 2010

Triple nostalgie

J’aurais voulu en parler dès avant-hier mais je me suis fait griller par un certain Christophe Courtois, qui a plein de choses intéressantes à en dire

mercredi 5 mai 2010

« Pour la Science » de mai 2010

Petit numéro, ce mois-ci. Non que la la qualité baisse, mais les articles m’ont moins frappé que d’habitude.

La couverture allèche par un article sur la naissance violente des continents. En fait, quelques pages sur une théorie qui suppose que les noyaux des continents actuels ont été formés par les conséquences d’impacts majeurs (du genre qui ravale le tueur de dinosaures au rang de « moustique sur un pare-brise ») pendant l’Archéen. 50 km de caillou à pleine vitesse créent une mer de roche en fusion de 500 km de rayon, dérangent les panaches remontant du manteau et les dévient sous les protocontinents qui gagnent ainsi en épaisseur.
Comme il y a très peu de roches de cette époque[1], la théorie sera très délicate à prouver.

J’ai appris ce qu’était un métagénome grâce à l’édito, par exemple celui d’un être humain comprend l'ensemble des 170 espèces de bactéries qui vivent en symbiose avec lui dans ses entrailles. Une étude chinoise sur le sujet de notre flore intestinale fait d’ailleurs l’objet d’un petit article.

La chronique économique d’Ekeland rappelle qu’il n’y a pas de règle formelle pour la faillite d’un État. Ça pourrait servir pourtant…

Les émotions générées par la musique sont à peu près universelles : un article fait une étude quasi-mathématique des accords mineurs et majeurs, qui m’est passé très au-dessus (je suis un ignare total en théorie musicale), et hypothèse que notre cerveau est biologiquement entraîné à associer les vocalisations montantes à l’agressivité, celles descendantes à la soumission, et que l’utilisation des sons par l’humanité puis les musiciens se base sur cette origine très lointaine.

De loin l’article le plus important : la mort subite du nourrisson. Depuis que les enfants sont à nouveau couchés sur le dos les décès sont chuté. Les causes de ces tragédies mal expliquées seraient à la fois environnementales et génétiques, cardiaques et nerveuses (notamment parce qu’à la période la plus dangereuse, entre un et six mois, un bébé perd sa capacité innée de respirer par la bouche en cas de problème nasal, et doit la réapprendre !).
Si les parents ne fument pas, ne sont pas des toxicomanes, que bébé n’est pas enrhumé, pas trop stressé (il y aurait moins de décès à la crèche en France qu’aux Pays-Bas grâce à la période d’adaptation préalable), suce une tétine, a têté sa mère, voire dort dans la chambre de ses parents (pas dans leur lit !), sur un lit ferme, bref s’il a peu de chance de commencer à s’étouffer sans se réveiller, alors on divise encore le risque.

Un article inattendu concerne une région que j’ai un peu connue : les puits creusés au néolithique (très précisément l’hiver 5098-97 avant notre ère pour l’un !) dans la région de Leipzig. Les charpentiers locaux savaient déjà faire des mortaises. Le plus étonnant en fin d’article : de ce qu’on peut déduire des bâtisses de l’époque, elles utilisaient déjà le même modèle que certaines encore bâties au XXè siècle…[2]

Les minuscules nanobactéries, du genre de celles qu’on cru détecter sur une météorite martienne en 1996, que l’on retrouve jusque dans l’organisme humain, et trop petites (moins qu’un virus) pour être vivantes, ne sont que des cristallisations un peu étonnantes de phosphate et de calcium au sein d’un milieu plein de protéines. Déception… à moins que ce ne soit une piste sur la méthode qui a fait apparaître la vie autrefois ?

Un article chante les louanges de Bernard Palissy, le prototype même du monomaniaque qui brûlait son parquet pour faire cuire ses fameux émaux, et était en fait un des précurseurs de la méthode scientifique (la pratique plutôt que la théorie issue de livres antiques). Devenu riche, il est mort à la Bastille, victime des Guerres de Religion…

La chronique de Delahaye traite de la division équitable de parts de pizzas quand le centre est mal défini. Le type même d’article caricaturellement mathématique : une question concrète au départ, un délire total à l’arrivée. (Je ne pense pas que cela serve beaucoup chez Pizza Hut, mais peut-être qu’en 2234 un thésard utilisera ces théorèmes pour un point final à une théorie de l’espace-temps qui nous permettra de dépasser le mur de la lumière, allez savoir…)

52 tableaux représentant la Cène de l’an Mil à Dali : la quantité moyenne de mets sur la table ne cesse d’augmenter au fil du temps, sans doute parce qu’en moyenne l’alimentation humaine s’est améliorée. La quantité de vin a plafonné au XVIè siècle par contre.

Pourquoi un magnet (celui que l’on colle sur un frigo) ne colle-t-il que d’un côté quand un aimant a deux pôles ? Il y a deux pages dessus.

Enfin, les fanatiques de bowling aimeront l’article sur les machines ramasseuses automatiques de quilles.

Notes

[1] J’ai depuis peu appris que les fonds océaniques ont tous été renouvelés depuis au plus 180 millions d’années par le jeu de la tectonique des plaques. Ce n’est pas le cas pour les continents heureusement pour les paléontologues, mais rien d’antérieur aux dinosaures ne pourra être trouvé sur le fond des océans.

[2] Mon grand-père, né en 1921, dit souvent que les choses ont plus changé au XXè siècle que pendant toute la période précédente. Effectivement.

dimanche 2 mai 2010

L’Histoire spécial d’avril 2010 : « France 1940, autopsie d’une défaite »

La guerre... Et très vite, la débâcle. Inattendue, radicale, monstrueuse, comme un torrent qui emporte tout. Depuis ce jour, je sais que tout peut disparaître en quelques heures, que rien n’est jamais impossible.

Hélie de Saint Marc, Notre histoire, 1922-1945, 3 (avec August von Kageneck)

Il y a une soixantaine d’années, la France se prenait la branlée la plus magistrale, cruelle, inattendue, sanglante et catastrophique de toute son histoire.

Si cette période me fascine, c’est en partie par ses conséquences : l’Histoire de France se coupe en deux à ce moment, il y a un avant et un après ; les élites sont deux fois renouvelées, le pays dévasté et ruiné, l’honneur à peine sauf ; la Reconstruction donne naissance à un pays très différent, mais au sein d’une Guerre Froide où la France ne joue plus qu’un rôle secondaire et voit filer son Empire pan par pan.
Mais c’est surtout la soudaineté qui a traumatisé une génération entière : la première puissance mondiale de l’époque, sûre de sa force, de son Empire, ne fait pas que perdre une guerre, elle s’effondre totalement, et cela n’a pas traumatisé que le futur général cité ci-dessus.

Ce numéro spécial du magazine l’Histoire fait le point sur les recherches de ces dernières années. Des photos, un article de Paxton pour nous remonter le moral, des encadrés sur des épisodes peu connus comme Narvik ou le Massilia, bref que du bon.

Les opinions sont pléthores sur les causes de l’historique défaite. L’armistice n’était pas signé que Pétain accusait déjà l’esprit de jouissance. En gros, la vieille baderne du XIXè siècle mettait tout sur le dos de ces gauchistes du Front populaire, et de la IIIè République en général, et de la Révolution finalement. Conséquence : il fallait un redressement moral, descendre aux oubliettes la démocratie et silence dans les rangs. Cette théorie culpabilisante à l’extrême a hélas perduré longtemps après la Libération et la condamnation à mort de Pétain : les civils se souvenaient surtout du traumatisme de l’Exode, des stukas impunis dans le ciel, bref de l’effondrement final de juin à une époque où effectivement il n’y avait plus grand chose à sauver en France métropolitaine.

Un passionnant livre de Dominique Lormier, Comme des lions avait rendu son honneur à l’armée française (j’en avais parlé ici : épisodes 1, 2, 3 , 4).

Rappelons ses lacunes parfois inexcusables :

  • un État-major d’une génération plus vieille que Rommel, Guderian ou de Gaulle, certes pas stupide au point de vouloir rejouer la guerre de 14 comme on l’a dit, mais qui n’avait pas vraiment compris la différence que le moteur faisait dans la guerre ;
  • la doctrine, fondée sur la défense, n’était pas si stupide dans le cadre d’une guerre défensive, voulue longue pour épuiser l’ennemi, sachant que la France manquait d’hommes expérimentés (armée de conscription, pertes de la guerre précédente, dénatalité…) et d’alliés ; mais de là à rester l’arme au pied à taper le carton alors que toute la Wehrmacht était bloquée en Pologne ou en Norvège…
  • une tactique et une formation des cadres surtout pitoyable : pendant que les Allemands cherchaient à combiner les différentes armes dans une même offensive, les saint-cyriens n’apprenaient même pas ce qu’était un avion ou un tank (interview accablante de Jean-Louis Crémieux-Brilhac) ;
  • une mécanisation peut-être insuffisante (une grosse partie de l’armée allemande fonctionne encore aussi avec des chevaux pourtant !), en tout cas très mal répartie et pas concentrée comme en face (pour les panzers comme en l’air) ;
  • l’utilisation beaucoup trop limitée de la radio ;
  • une DCA bien trop faible (voir le point 3 de ce commentaire d’un spécialiste) ;
  • une ligne Maginot surprotégée, qui a effectivement tenue là où elle était attaquée, mais avec le trou béant des Ardennes.

La France partait également avec moins d’alliés qu’en 1914 : la défaite de 1940 a été aussi la conséquence des très mauvais calculs de Staline (pacte germano-soviétique) et du gouvernement belge (neutralité proclamée en 1936, trop tard pour prolonger la ligne Maginot). On pourrait remonter plus loin (appeasement anglais, lâchage à Munich de la Tchécoslovaquie, l’autre allié de revers…).

Les Allemands n’étaient pas non plus sans faiblesses :

  • leur réarmement était plus ancien que celui des Français mais n’allait pas sans quelques problèmes et mettait en danger l’économie du Reich ;
  • le blocus maritime allié n’était pas compensé par l’apport soviétique suite au Pacte, ni ne contrebalançait l’aide matérielle américaine aux Alliés (déjà) ;
  • la Wehrmacht a souffert de la campagne de Pologne qui n’a pas été une promenade si facile que cela (un article cite un quart des blindés hors service) ;

Bref le facteur temps jouait contre le Reich. Tous les dirigeants le savaient, d’où l’audace militaire allemande, et l’apparent immobilisme allié.

Gamelin porte une lourde responsabilité dans le drame : s’il n’était pas incompétent, il a commis plusieurs grosses boulettes :

  • ne pas s’en tenir à sa propre doctrine : au lieu de verrouiller le territoire, il envoie des troupes à l’offensive en direction des Pays-Bas… se privant des réserves qui auraient pu stopper le coup de faux parti des Ardennes ;
  • être ainsi tombé dans le piège de von Manstein ;
  • bien plus tôt, en 1936, avoir torpillé toute vélléité du gouvernement de rentrer en Rhénanie au moment où Hitler la remilitarisait, ce qui aurait pu changer bien des choses...

En résumé, la victoire allemande n’était pas inéluctable, même si les Allemands avaient beaucoup d’atout et ont eu beaucoup de chance. Mettre la défaite sur le dos de la IIIè République (qui était déjà passée à deux doigts d’une première raclée en 1914, au moment du miracle de la Marne) ou de la société française entière est abusif.

Une révélation (pour moi) a été d’apprendre que le Blitzkrieg n’avait rien d’une théorie bien établie : l’économie allemande se préparait à une guerre longue ; von Manstein a eu du mal à faire accepter son audacieux plan ; Guderian et Rommel ont désobéi et foncé plus loin que prévu. La Wehrmacht n’avait précédemment affronté que des ennemis bien plus faibles, et la suite (Angleterre et surtout Russie) a montré la limite de cette stratégie généralisée. Le Blietzkrieg, stratégie au final très risquée, serait d’abord « un acte de désespoir du niveau opérationel pour sortir d’une situation désespérée au niveau stratégique ». Le Reich s’est au final usé en Russie et à l’ouest a été broyé par la lente et inexorable logistique américaine. (En Tunisie en 1943, le britannique Alexander désespérait de la valeur des Américains, encore novices.)

L’interview de Jean-Louis Crémieux-Brilhac sur la naissance de la France libre est instructive : le général a été accueilli à bras ouverts par Churchill qui espérait qu’il persuaderait le gouvernement Reynaud de continuer la lutte avec l’Empire ; les gens qui l’ont rejoint étaient souvent très au début « des Bretons, quelques Juifs et des aristocrates ».

On trouvera aussi un article sur l’arrivée des Allemands dans Paris, ville ouverte, et l’atmosphère qui y règne ; sur la faillite des politiques, qui n’ont pas fait mieux en Anglettere jusqu’à ce que Churchill reprenne les choses en main.

Bref, un numéro passionnant.

Young man, study history, study history. In history lies all the secrets of the state craft.

Jeune homme, étudiez l’histoire, étudiez l’histoire. C’est dans l’histoire que résident tous les secrets de l’art de gouverner.

Winston Churchill à James C. Humes, 29 mai 1953,
cité dans Winston Churchill (de J.C. Humes), Author’s Acknowledgment

samedi 1 mai 2010

Le retour de l’extension de garantie

En 2007 je m’interrogeais, est-ce que ça se justifie, une extension de garantie ? C’est quand même pas donné.

En 2008 mon enregistreur numérique (LG 5900H) était frappé d’amnésie, et réparé sans problème par Darty. Sur cet achat-là, ça a été rentable.

Cette année, rebelote, plus moyen de lire ou graver un DVD dessus : retour au SAV. Prise en charge sans problème et réparation rapide. Bref, une extension de garantie encore rentabilisée. Et elle court toujours jusque décembre (il y a bien prolongation automatique à chaque indisponibilité !).

Je maintiens ce que j’avais dit à l’époque sur l’utilité ou pas dans ce cas précis de l’extension. Si l’appareil sert nettement moins à présent (il ne connaît pas la TNT, qui est tout ce qui nous reste en Alsace, ni l’ADSL, sinon par la Péritel, et j’enregistre par la Freebox), il a toujours son utilité.

samedi 17 avril 2010

Livres en stock et en cours

Faute de temps pour lire et chroniquer ici et quand même pondre un billet que mon lectorat ne m’oublie pas, je vais causer de mes trois derniers achats :

  • [Visual and Statistical Thinking: Displays of Evidence for Making Decisions| de Edward R. Tufte (PDF : pas cher, et il me manque toujours un arrière-plan théorique sur la représentation de données que je fais souvent au boulot (non que Business Objects aille bien loin dans le domaine mais bon...). Il y a un bout sur les célèbres statistiques du choléra de Londres au XIXè qui a permis de repérer le rôle des fontaines publiques, et sur les différentes manières de présenter les mêmes bilans.
  • Voyages dans le futur de Nicolas Prantzos : aussi épais que le précédent était fin. Ça cause du paradoxe de Fermi et d’astroingénierie, le genre de chose archi-éthérée qu’il me faut pour sortir de mon quotidien terre-à-terre surmené.
  • Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon : maintes fois conseilllé, ça peut pas faire de mal, et ça permettra peut-être d’éviter de tomber dans un ou deux pièges intellectuels ou publicitaires.

Sur la table de nuit actuellement (ou plutôt à son pied vue le format) : Atlas de la préhistoire de Douglas Palmer. Bien détaillé, y compris sur l’ère pré-dinosaures. Je conseille à ceux que les mots compliqués ne gênent pas.

Interrompu : Accelerando de Charles Stross. SF de haute voltige, j’adore, une idée par chapitre. Il m’est tombé des mains parce que dans mon état actuel de déficit de sommeil aussi affolant que celui budgétaire des Grecs, et de saturation cérébrale suite à la saturation permanente de ce qui me reste de capacités mentales pour de frustrantes banalités, je suis incapable de lire un texte exigeant en langue étrangère le soir. Or Accelerando est typiquement le livre à ne pas lâcher faute d’oublier des pans entiers de l’histoire d’une fois sur l‘autre (surtout avec ma mémoire de poisson rouge actuelle). On verra pendant les vacances.

Avec du bol, j'aurais lu ça avant Noël 2011...

dimanche 11 avril 2010

Amazon.com dé.comne

Sur Amazon USA, on trouve de tout :

Le plus drôle dans les deux cas réside dans les commentaires déposés par les clients. C’est tout à l’honneur d’Amazon de les laisser. Mon préféré, au milieu de cent pétages de plomb parodiant les pires magazines pour nerds audiophiles audiopathes prêt à claquer un mois de salaire pour l’effet placebo d’un câble au dixième du prix : “Solved Global Warming Locally”.

Les images produit ajoutées par les clients valent aussi le détour.

dimanche 4 avril 2010

« Pour la Science » d’avril 2010

Dernier numéro de ma revue non informatique préférée. Un bon cru. Petit problème : je n’ai pas trouvé le poisson d’avril !!!

C

En vrac et en développant selon l’importance, mon temps disponible et le petit bonheur :

  • Dixit Didier Nordon, entre moults paradoxes :

La première [consigne affichée dans les lieux publics] est : « Gardez votre calme, ne criez pas au feu. » Donc si vous entendez un cri effrayé « Au feu !», continuez à vaquer tranquillement à vos activités, sûr qu’il n'y a aucun incendie dans les parages.

  • L’axe d’Uranus est hors normes (couché sur l’orbite, pôle pointé vers le Soleil), sans doute à cause d’un satellite disparu depuis. Encore une découverte de Laskar, un veinard qui fait des simulations gravitationnelles toute la journée.
  • L’Israël de l’Ancien Testament (Xè siècle av. J.-C.), décrit comme une « terre de lait et de miel », possédait bien des ruches. Pour une fois, la Bible est à prendre au pied de la lettre.
  • Les pachycormidés occupaient à l’époque des dinosaures la niche écologique de la baleine (« Je suis énorme et je me goinfre de plancton en fonçant droit devant la gueule ouverte. »)
  • Toutankhamon est bien le fils d’Akhénaton, mais pas de Nefertiti. (C’est plutôt le dernier Science & Vie qu’il faut lire si le sujet vous passionne autant que Petit Rémi.)
  • Il existe des papillons migrateurs. J’ignorais.
  • Le rôle de l’appendice n‘est toujours pas clair (à la rigueur, réservoir de bactéries pour renouveler la flore intestinale après une maladie ?).
  • La vie est-elle possible dans d’autres univers ? : l’article le plus éthéré, le plus spéculatif. Il est connu (?) qu’une toute petite variation des constantes physiques (masse du proton, ratio des différentes forces de la nature entre elles...) rendrait l’univers actuel invivable, par exemple en interdisant l’existence même d’atomes. La question « pourquoi sommes-nous justement dans cet univers improbable ? » n’a qu’une réponse anthropique au sein d’un multivers (il y a une infinité d’univers avec chacun ses lois, et nous ne pouvons évidemment apparaître que dans celui propice à la vie).
    Les auteurs battent l’idée en brèche, en faisant varier plusieurs paramètres à la fois sans voir s’effondrer le monde. Ils vont jusqu’à développer le cas où la force faible (qui joue dans la cohésion des atomes) n’existe carrément pas : les étoiles auraient pu se former, alimentées par la fusion du deutérium et non de l’hydrogène ; elles seraient simplement plus froides et moins énergétiques. Et si les éléments supérieurs au fer ne pourraient exister (certaines supernovas seraient physiquement impossibles), la chimie évoluée resterait possible, et donc potentiellement la vie.
    De même les rapports des masses des différents quarks pourraient varier sans empêcher l’existence d’atomes aux propriétés certes différentes mais qui n’interdiraient pas la chimie organique à base de carbone tétravalent.
    Ces spéculations peuvent sembler vaines, elles n’en sont pas moins vertigineuses, et, qui sait ? seront peut-être à la base de la physique en l’an 5000 (ou, mieux, en 45 000 000 000, quand il faudra songer à quitter notre univers gagné par l’entropie).
  • Vous connaissiez les Mochicas ? Peuple précolombien du Pérou, avant les Incas, ils avaient des coutumes assez barbares, aussi saignantes que celles des Aztèques. La tombe décrite dans l‘article contient par exemple une adolescente sacrifiée pour l’enterrement. Belle mentalité.
  • En Afrique, les « maladies tropicales oubliées », souvent à base de parasites, tuent peu mais handicapent lourdement des pans entiers des populations, les enferrant dans la pauvreté : faiblesses, cécité, ralentissement du développement des enfants... Les traitements existent, sont pratiques et peu coûteux, mais ces maladies sont bien moins médiatisées que le SIDA, alors que leur prise en compte massive auraient un excellent « retour sur investissement ».
  • Vous connaissez les téléostéens ? Ils représentent l’écrasante majorité de la poiscaille actuelle de la carpe à l’hippocampe, à part requins,raies, esturgeons et une poignée d’autres, et même la moitié des espèces de vertébrés à eux tous seuls. Leur arbre phylogénétique a beaucoup évolué ces derniers temps.
    Ce qui semble d’abord une question de spécialistes en cladistique (différencier les polymiixiformes des uranoscopidés) devient aussi un problème fondamental : « c’est quoi un poisson ? »
    Sachant qu’un groupe est défini par un ancêtre commun et ses descendants, et que nous sommes plus proches de la carpe qu’elle du requin (l’ancêtre commun des tétrapodes et de la carpe n’est déjà qu’un cousin des requins), si carpe et requins sont des poissons, alors nous aussi. (De la même manière, si on définit de la même manière les dinosaures, les oiseaux en sont car descendent d’une de leurs espèces).
    Bref, la définition courante ne tient pas compte des groupes qui se sont monstrueusement différenciés de leurs ancêtres, et la définition rigoureuse n‘est pas du gâteau.)
  • Glaçant : le péril du méthane. Le sujet n’est pas neuf mais développé en détail : la Sibérie fond, et des millénaires de matières organiques mortes (feuilles comme rhinocéros laineux) figées dans le sol gelé sont en train de passer progressivement au-dessus de 0°C, de fermenter, et de dégager des quantités astronomiques de méthane. Lequel est un puissant gaz à effet de serre et amplifie donc le réchauffement.
    L’auteure peut carrément allumer des feux de méthanes au-dessus des lacs en formation, mais la récupération est économiquement illusoire. Il existe des projets de réserve naturelle pour ralentir le dégel en transformant ces terres en pâturages, mais le seul moyen réaliste d’enrayer le phénomène est de stopper le réchauffement déjà en cours (rêvons !), sinon ce sera 0,3°C de plus à la fin du siècle. (Rappelons que s’arrêter à+2°C serait déjà un exploit.)
    Pour se faire encore plus peur, un encadré rappelle que les hydrates de méthane au fond des mers polaires représentent un danger encore plus grand, évoqué ici deux fois déjà : en SF (La mère des tempêtes de John Barnes) et comme cause possible de l’extinction massive du Permien.
    Brrrr...
  • Un article sur Terence Tao, mathématicien sino-australien multi-primé, un génie de notre époque. Le plus frappant est que bien qu’aussi précoce et doué que Mozart sur son créneau, c'est apparemment un être humain tout à fait agréable et sociable.
    (Ne me demandez pas de comprendre ce sur quoi il travaille, je suppose que ce sera très utile un jour comme toutes les branches incompréhensibles des maths.)

lundi 29 mars 2010

And ze ouineur is...

La gagnante du grand concours du billet d’hier est :

Balise

pour avoir, dès le premier commentaire, trouvé la bonne réponse : bien qu’Alsacien depuis une douzaine d’années, je n’en parle pas la langue, et j’ai du mal à la comprendre. Manque d’entraînement : le citadin urbain des villes que je suis n’a que des collègues francophones, traîne trop peu en campagne, et n’écoute pas Rund Um assidument.

Sinon, j’ai effectivement eu droit au 20h (un quart de seconde dans un plan d’ensemble dans un hall d’aéroport paralysé par une grève ou des intempéries, je ne sais plus), à Libé et au Monde (au XXè siècle, époque où un site humoristique méritait un article), raconté la visite de notre Omniprésident, toujours préféré le clavier ou le bouquin à la plupart des autres activités, laissé effectivement un lavabo déborder (la canalisation a dégelé beaucoup plus vite que prévu...), et cédé aux pressions de ma moitié qui exigeait une maison avant que j’investisse dans une télé moderne, d’où le prix final faramineux dudit téléviseur que je n’ai plus trop les thunes d’acquérir en fin de compte.

Balise gagne une caisse entière de mon estime.

samedi 27 mars 2010

7 choses sur moi et une fausse

Cécile a lâchement profité de l’annonce de la semi-fermeture du présent blog pour m’envoyer un tag, dont le thème est là (déjà dans les tréfonds de son blog trop prolixe pour un chronodéprimé comme moi). Normalement j’aurais dû suivre mes résolutions et le mettre à la suite des dizaines de billets qui attendent rédaction ou (rarement) relecture, mais mon état actuel de limace intellectuelle abrutie par le manque de sommeil ne me permettra pas de leur accorder autant de temps de neurone disponible que possible, sans compter le temps tout court. Un sujet qui tombe du ciel et dont le thème est celui que je connais le mieux (moi) (quoique... ce serait à discuter) est donc pain béni, surtout qu’il me permet de déblatérer au clavier et de dire n’importe quoi. (NB : Ce qui précède a été rédigé il y a plus de trois mois, la situation a peu changé...)

Donc c’est parti, quelle est la chose fausse dans ce qui suit ? Réponses à laisser dans les commentaires. Solution ici, dans les commentaires ou au prochain billet suivant le désintérêt que ceci provoquera.

  1. Je suis déjà passé au journal de 20h.

  2. Le Monde, Libération et d’autres ont déjà parlé de moi.

  3. Je me suis déjà trouvé à moins de dix mètres de Sarkozy et résisté à la tentation de l’insulter.

  4. Mon état de repos est devant un clavier, en train de taper.

  5. Je parle alsacien.

  6. Je suis capable de laisser ouverts des robinets jusqu’à ce que le lavabo déborde.

  7. Ma prochaine télévision (dont je ne cesse de repousser l’achat) m’aura coûté des centaines de milliers d’euros[1].

Comme la tradition veut que la chaîne ne s’interrompe pas, j’invite Thias à faire de même. Son passé de globe-trotter multilingue doublé d’un goût pour les jeux de rôle devrait rendre le jeu intéressant, et apparemment il a le temps de publier beaucoup en ce moment (ou du moins au moment où ceci a été commencé de rédiger).

Notes

[1] Et mes revenus sont probablement dans la même catégorie que la plupart des commentateurs d’ici.

mercredi 24 février 2010

Remarques diverses pour dire quelque chose faute de temps de faire des billets décemment rédigés

Allez, un petit billet-plein-de-trucs-en-vrac pour rappeler que j’existe encore à tous ceux qui n’ont pas quitté la blogosphère pour la tweetsphère, Myspace (ah non ça c’est has been), Facebouk et autres machins à la mode.

  • Le bébé va bien, merci.
  • Tester le chemin de la douleur fera hurler n’importe quel informaticien, et rappellera sans doute des horreurs (pas forcément aussi extrêmes) à quiconque a déjà sous-traité en Inde (merci Steve).
    Le Daily WTF (Daily What-The-Fuck'') est une mine inépuisable de rire (jaune).
  • Si quelqu’un a un avis à me donner sur une marque de chaudière à granulés de bois (pellets), je suis preneur. J’en suis aux devis (chers !) et à la bibliographie web (pour le temps que je peux y consacrer...).
  • D’excellentes remarques sur comment concevoir des icônes (assez stylisées mais pas trop) : Realism in UI Design. Une image doit se résumer au concept stylisé (pas trop) ; une image trop photoréaliste perd le sens général et provoque l’incompréhension.
  • Prise de tête : Est-il plus écologique d'écouter la musique sur un CD ou en fichier numérique ?.
    J’aurais des dizaines de contre-remarques à ajouter dans les commentaires mais j’ai pas le temps. En gros, le côté pratique (notamment point de vue pérennité du format, des sauvegardes...) primera toujours, et si je veux réduire mon impact écologique il y a plus urgent (comme virer cette chaudière au fioul, reporter encore le changement de la télé, rouler moins).
  • Projet Odebian pour avoir son système crypté via Tor sur une clé USB. Le début du cryptage généralisé des communications en réactions à l’espionnite aigüe de nos dirigeants ?
  • P*tain, enfin la fin de l’hiver ! Voir cette cuve de fioul puante se vider et se convertir en gaz à effet de serre me rendait malade chaque fois que je passais devant).

samedi 16 janvier 2010

Lego vs Playmobil

C’est purement génial (le son est pourri, et il faut lire le prologue avant l’épisode 1 puis l’épisode 2, le meilleur) :

http://www.dailymotion.com/-leOoO-

Mais personnellement, je ne vois pas pourquoi Playmobil et Legos, piliers du développement psychomoteur des jeunes Européens de ma génération, et de toutes les suivantes j'espère, ne pourraient pas cohabiter pacifiquement comme dans nombre de chambres d’enfants depuis trois décennies.

Pour les fans de consoles antiques, un clone en Lego de Mario.

Et ce n’est qu’une fraction de ce que Dailymotion ou Youtube recèlent sur le domaine (dont une partie déconseillée aux enfants, certains osent tout).

À voir aussi : The Brick Testament.

J‘aurais plein de trucs à dire sur le sujet mais cette marge de temps libre exceptionnelle dans le rythme auto-boulot-bib’-dodo est trop petite pour les contenir.

lundi 11 janvier 2010

« Celui qui a plus de toit... »

هر که بامش بیش برفش بیشتر

Celui qui dispose plus de toit
dispose alors plus de neige à déblayer.

Proverbe persan[1]

Un grand merci à Shahab Tolooie pour ce proverbe plus profond qu'il n’y paraît au premier abord, très actuel, et venu d’un pays où les toits sont plats - tout le contraire de ma toiture alsacienne.

Au passage, bonne année !

Notes

[1] Ou iranien, au choix.

dimanche 27 décembre 2009

Les plans des vieux legos

Joie ineffable que je veux partager depuis quelques mois : un batave bienfaiteur de l’humanité a mis en ligne des scans de vieux plans des anciens modèles de Lego, certains ont plus de quarante ans :

http://brickfactory.xs4all.nl/

Une fois surmonté un violent effet de madeleine proustienne, le site a un intérêt qui le range parmi les plus utiles du web, toutes planètes confondues : j’ai pu retrouver quelques plans qui me manquaient des anciens legos de ma lointaine jeunesse, et que Petit Rémi a retrouvé dans le grenier de ses grand-parents. C’est indestructible, ces petites choses (surtout les modèles simples de ma jeunesse, j’ai plus d’angoisses quant aux modèles récents pleins de petites pièces fragiles et spécialisées.)

Mille fois soit loué le mainteneur de ce génial site. Dommage qu’il soit un peu lent (le site, pas le mainteneur.)

(PS : Oui, je considère que les legos sont un des éléments nécessaires au développement intellectuel d’un enfant. Y compris pour les filles, il y en a même en rose. Ce doit être la plus grande contribution du Danemark au développement intellectuel occidental depuis Niels Bohr.)

jeudi 17 décembre 2009

L’Omniprésident dans ma bourgade

Il a fallu que j’emménage dans mon village alsacien au nom quasiment imprononçable pour un non-germanophone[1] pour que débarque le Chef de l’État.

Nicolas était déjà venu une fois dans l’agglomération, avec Barack et quelques autres, et ça avait été un bazar innommable que j’avais relaté ici. Mais comme notre conseil régional est le dernier en métropole à être de son camp, avec un risque de bascule possible aux prochaines régionales (notamment suite au décès du respecté Président de région Adrien Zeller), Il se devait de venir faire un tour. Comme par contre Strasbourg et toute la Communauté urbaine sont passées à l’ennemi socialo-écolo-bobo, le repli était de rigueur sur les bans proches mais encore fidèles[2], comme ma bourgade, et celle voisine tenue de plus par un député-maire.

Nous avons appris Sa venue lundi midi, quand les enfants, euphoriques, sortirent de classe : pas d’école le lendemain !! La préfecture avait carrément décidé, et au dernier moment donc, de faire sauter les cours (école primaire et collège) : le ballet des autos des géniteurs d’apprenants aurait forcément encombré massivement l’axe de passage du monarque élu, axe qui se doit de lui être totalement dédié. (Le centre-village est grand mais pas gigantesque : un axe principal qui le traverse, un autre moins net d’Entzheim à Blaesheim, quelques rues perpendiculaires et un maillage de ruelles, une place pour la très jolie église baroque, un lotissement, point barre.)

Dans notre cas, pas de problème, j’étais en plein congé paternité. D’autres parents ont bruyamment exprimé leur mécontentement de devoir trouver en urgence une garde pour leur progéniture. Ils devaient travailler plus pour tenter de gagner plus, les naïfs.

Ça tombait bien, j’ai pu emmener en mâtinée le petit le grand se faire piquer contre la grippe, malgré l’absence de bon, sans faire la queue. Ma blonde[3] ayant pu plus tôt traverser le village à pied sans devoir passer au crible policier, nous avons tenté une sortie en voiture jusqu’à Lingolsheim. Les forces de l’ordre pullulaient, mais pas de problème à l’aller.

Le retour fut un rien plus compliqué. Le chemin direct (une rocade provenant de l’aéroport où Air Force One l’avion présidentiel s’est posé[4]) étant bloqué, j’en profite pour faire un détour par Entzheim (le village, pas l’aéroport), en prenant une livraison de la Redoute dans un tabac au passage. Sur le chemin de la maison, à nouveau des gendarmes partout, dont un qui par gestes m’interdit de tourner dans la rue menant à chez moi. La voiture devant moi tourne une rue plus loin, je la suis, et contourne le barrage par des petites rues. Bravo la sécurité.

L’entrée du village est gardée également, un pandore me demande où je vais. Ben, chez moi ! Je donne l’adresse en indiquant du geste où c‘est (ils ne sont pas du coin...), il me laisse passer. Deux cent mètres plus loin, arrivé à l’un des rond-points du quartier est, veto d’un gendarme :
« C’est bloqué jusqu’au passage du Président.
- Et il passe quand ?
- Ah c’est la question ! »
Deux minutes plus tard en fait, il me permet de passer. Deux autres minutes plus tard, nous sommes à la maison. On ne peut pas dire que la paranoïa règne : les bleus, tous sympas, m’ont cru sur parole, n’ont pas demandé mes papiers, ouvert mon coffre ou mis mon fils en joue. Me trimbaler dans une voiture banale immatriculée dans le département, avec un enfant dans le siège arrière, et rester poli, a dû plaider pour moi.

De toute manière, le trafic certes réduit dans le village n’était pas nul, et beaucoup de monde a pu circuler avant le passage du cortège. Le blocage total n’a eu lieu que quelques minutes auparavant.

L’exactitude est la politesse des rois, Il était donc en retard, d’une demi-heure. Précédé d’un motard éclaireur, d’une voiture de gendarmerie spécialiste des va-et-vient, le cortège comprenait une dizaine de voitures (il y avait trois ministres avec Lui tout de même), bien remplies, un minibus (vide), et (surprise) une ambulance aux armes du SAMU fermait la marche ! Les services d’urgence ont donc dû faire avec un véhicule en moins le temps de la visite du chef de l’État.

Contrairement à mes craintes, la vitesse a été tout à fait raisonnable, respectant les limites. L’avant-bras négligemment posé sur le rebord de la fenêtre ouverte par ce temps maussade, le Président cherchait manifestement à choper la crève (à moins que tout homme politique soit blindé après des décennies de réunions en plein air par tous les temps ; si ça se trouve c’est un des biais de sélection du métier). Pas de bol, le gamin et moi étions du mauvais côté de la rue. Il n’y avait pas foule mais nous n’étions pas encore dans le centre-village.

Je plains tous ces gendarmes occupés à faire le pied de grue pendant des heures avant le passage ; mais la météo était assez clémente bien que fraîche. Vu leur nombre, la facture de chaque déplacement présidentiel doit être astronomique.
Et je ne compte pas les coûts cachés comme ces écoles fermées d’office.
Et tout le dioxyde de carbone parti massivement en l’air.
D’ailleurs, la place d’un chef d’État ne serait-elle pas plutôt à Copenhague pour sauver le monde ?

Notes

[1] Notons que les journalistes parisiens ont fait un effort et prononcé correctement. Il y a quelques années, Schiltigheim était parvenu dans les étapes finales de la Coupe de France de foot, et les Alsaciens s’étaient beaucoup gaussé de la diction de la capitale. (Il est vrai qu’en Alsace il faut se poser la question pour nombre de lieux : prononcer à la française ou bien à l’allemande ?)

[2] Vu Son score ici aux présidentielles, il était en territoire ami.

[3] Ceux qui la connaissent tiqueront, mais l’expression est française.

[4] Pourquoi n’a-t-il pas pris le TGV ? Plus de billet pour un déplacement prévu à la dernière minute ?

vendredi 11 décembre 2009

Plus d’histoire en terminale

Dans le cadre de l’hallucinant débat sur la consternante proposition de supprimer l’histoire-géo en terminale :

Those who cannot remember the past are condemned to repeat it.

Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter.

George Santayana, The Life of Reason.

J’avais trouvé cette citation très connue en en-tête de Rise and fall of the Third Reich (Le Troisième Reich : Des origines à la chute ) de William L. Shirer.

dimanche 22 novembre 2009

Blog provisoirement fermé...

...pour cause de naissance, manque de sommeil, crève, déficit massif de temps libre.

Reprise des émissions un de ces jours, surveillez vos flux RSS.

dimanche 8 novembre 2009

Élise, 3,1 kg, née à 15h15

Ce fut un peu long, mais sans problème. La mère et l’enfant se portent à merveille.

On en prend pour 20 ans. Youpi.

samedi 31 octobre 2009

Déménagement de ma ligne Free : le boulet France Télécom (suite)

J’avais réclamé auprès de France Telecom à propos des délais totalement imputables à eux et eux seuls, bien que je sois chez Free, qui avaient amené à un retard sur l’installation de ma ligne ADSL.

J’ai reçu une réponse :

...Nous avons bien pris en compte votre demande.
Nous vous invitons à prendre contact avec votre opérateur pour toute réclamation concernant votre dossier qui n’est pas géré par Orange France Télécom.

Traduit-résumé :

Puisque de toute façon vous êtes chez la concurrence, allez vous faire foutre.

La seule chose que je me demande, c’est si le pion qui a lu mon courrier a fait l’effort de le comprendre.

Bon, et bien je change d’opérateur mobile le plus tôt possible. Ça tombe bien, les mobicartes sont vides.

Vivement la 4è licence.

samedi 24 octobre 2009

Changer d’heure et de montre

La pub est omniprésente à la radio (du moins celle que j’écoute) : « changez d’heure, changez de montre ! »

Le niveau intellectuel du Français de base baissait inexorablement, ça je le savais. Mais est-il déjà tombé si bas que tant de gens ne sachent plus régler leur montre au changement d’heure ?

Ou sommes-nous devenus si fainéants que nous préférons avoir deux montres plutôt que de nous embêter à la régler deux fois dans l’année ?

Ou encore les montres actuelles (je ne les connais pas, j’en achète une par décennie, au plus) sont-elles devenues aussi complexes qu’un magnétoscope ou Windows, pour qu’on ne sache plus les régler ? (Je connais des gens qui ont abandonné en ce qui concerne l’horloge de la voiture.)

jeudi 15 octobre 2009

De la valeur d’un ancien code informatique

Que vaut le code d’un logiciel ?

(Déjà le concept de valeur mérite une discussion, entre celles à neuf, de revente, de remplacement à l’identique, vétusté déduite, avec ou sans amortissement... et la distinction avec la notion de prix.)

Selon quel critère primordial estime-t-on la valeur d’un code ? Je pense à plusieurs.

- Le temps humain investi (converti en euros parce que la viande réclame un salaire) : ainsi une équipe pléthorique de consultants-développeurs formés au dernier framework Java à la mode, épaulés par de nombreux consultants fonctionnels débitant de la spéc’ sous Word au kilomètre, encadrés d’innombrables chefs de projets ceinture noire de Powerpoint et champion de buzzword, soutenus par quelques assistantes, dans des locaux superbes, sortira un code forcément plus coûteux que le petit logiciel pensé et codé par un vieux renard et un petit génie dans leur garage - à fonctionnalité égale.
Se rappeler qu’en informatique la productivité gagne un ordre de grandeur à chaque niveau de compétence, de médiocre à normal à expert à gourou à Knuth, que le périmètre/la vision (la spéc’) est un pré-requis à une bonne réalisation, et qu’une équipe ramassée motivée focalisée sur un objectif générera en général quelque chose de plus maniable et léger qu’un monstre technocratique.
Cependant, comment estimer la valeur du temps des milliers de contributeurs à une distribution Linux, pour beaucoup bénévoles ?

- La maintenabilité , ce qui recouvre une masse de choses : le code est-il compréhensible assez facilement par un expert ? un gourou ? le premier développeur venu ? uniquement le développeur originel ? plus personne ? Y a-t-il des pièges ? Le logiciel explose-t-il pour des raisons inconnues à la première modification ? Les tests unitaires sont-ils automatisés et robustes ? Le langage utilisé est-il courant/rare/confidentiel/abandonné par l’éditeur ?

- Peut-on revendre le code à un autre pigeon partenaire ? Ce critère est uniquement commercial. Le cas extrême de SCO montre que ce code n’a pas forcément besoin d’exister ou de vous appartenir d’ailleurs.

- Les fonctionnalités : évidemment, un logiciel ne vaut que parce qu’il permet de faire. Un programme développé en interne permet des gains de productivité. Un éditeur voit plus ce qu’il peut vanter à ses clients. Dans le premier cas, les fonctionnalités, ciblées, doivent marcher ; dans le second il faut un max de «cases à cocher » et la stabilité n’est qu’accessoire (pour l’éditeur).

- La généralité : le code de contrôle du troisième booster gauche d’Ariane 4 n’intéressera pas grand-monde, ce code est archi-spécialisé. Une bibliothèque sympathique de calcul numérique bien fichue se répandra comme la poudre dans les universités. Un code de lecture de MP3 est susceptible de se retrouver dans n’importe quel bout d’électronique.

- La non-généralité ou plutôt le monopole : un produit seul sur son créneau vaut évidemment plus.
Après, est-ce lié au code superbe, efficace et bien maintenu, au business model, à l’hyper-spécialisation de la niche, à un verrouillage par brevets, à la fidélisation des clients par leur satisfaction ou par corruption de leurs chefs... ça dépend.

- Le temps économisé : typiquement, un gros éditeur (Oracle, SAP, Microsoft...) préfère souvent acheter un produit innovant et l’ajouter à son catalogue que redévelopper un concurrent lui-même.
Nombreux sont les cas où du code pourri n’a d’intérêt (et de succès) que parce qu’il a été le premier.

- La licence : ironiquement, la valeur associée à ce critère dépend de la personne visée. Le code de Linux, s’il pouvait être acheté par Microsoft, ne vaudrait rien (l’argent serait jeté par la fenêtre, le code GPL une fois libéré ne pouvant être rappelé) : Microsoft devrait acheter les développeurs. Et à l’inverse, ce code n’a de valeur pour moi que parce que Microsoft ou Oracle ne peuvent mettre la main dessus.
Inversons : si je mettais par magie la main sur le code de Business Objects, je ne pourrais rien en faire (légalement) pour des raisons de droits d’auteur.

- Le service rendu : le problème devient plus celui de la valeur d’un outil de manière générale, différent de son prix, qui est le capital qu’un utilisateur accepte de mettre sur la table pour gagner de la productivité plus tard.

- La maturité : c’est la position de Microsoft, défendue un jour par Joel Spolsky dans un billet que j’ai la flemme de rechercher. Un code pourri fonctionnel et à peu près débogué vaut mieux qu’un nouveau développement propre que l’on stabilisera pendant des années, au risque de perdre le marché (stagnation des fonctionnalités, perte de clients frustrés...) ou de se prendre un « effet second système » en pleine face.

Ajoutons enfin que la valeur d’un code peut descendre en-dessous de zéro (en clair : on est plus riche sans ce code).

  • Le code ancien, sans les gens qui le connaissent, prend plus de temps à comprendre et maintenir qu’à réécrire de zéro (ce qui dépend tout de même fortement de la maturité de l’industrie, de l’importance de la compatibilité avec l’existant, des évolutions futures à insérer au chausse-pied dans le vieux code, du langage...) ;
  • Pour une nouvelle équipe concurrente qui démarre de zéro avec le concept en tête, un code existant serait un cadeau empoissonné : soumission inconsciente aux paradigmes de l’existant ; temps perdu à comprendre le code original au détriment du nouveau ; risques légaux souvent évidemment.
    L’explication du succès de Microsoft et autres non-innovateurs est en partie là : piquer leur idée aux vrais inventeurs, et refaire de zéro, mais sans le passif des essais-erreurs (toujours visibles dans le code). Comme quoi les spécs et le principe sont une fois de plus le plus important. Apple est assez doué aussi pour reprendre un concept existant (lecteur MP3, smartphone...) et le peaufiner.

Bref, one more time, le dilemme revient : dois-je jeter l’existant décrépi, plein de recoins mystérieux, limité, lent, pour investir dans un nouveau système tout nouveau tout beau tout propre qui sortira Dieu sait quand avec un gros risque d’« effet second système » ?
Difficile décision à chaque fois qui dépend de l’état des spécs, des commanditaires impliqués, de la balance quotidienne entre maintenance de l’ancien et développement du nouveau, de la décrépitude du code, des outils employés, du turn-over des développeurs, de la péremption des paradigmes sous-jacents...

Le critère le plus important : les gens. Or, d’une part :

In fact, the most important thing that gets reused from most failed projects is the (now more experienced) programmers.

Cleaner, Slashdot.org, 6 décembre 2008

Mais à l’inverse, comme dit plus haut, le vieux code n’a souvent d’intérêt que parce que les gens qui l’ont fait sont encore là. Match nul.

lundi 5 octobre 2009

Micro-économies écologiques

Pour réduire son empreinte sur l’environnement, il existe une flopée de « trucs » plus ou moins radicaux, plus ou moins coûteux, plus ou moins faciles à appliquer. En vrac, quelques-un, parfois connus, parfois dérisoires.

À la maison

  • Se couper les cheveux très courts pour éviter d’avoir à se les sécher, au moins l’été. La boule à zéro permet de se passer aussi de shampooing.
  • Ne plus acheter d’eau en bouteille : celle du robinet est parfaitement buvable, tirée du robinet un peu avant de servir, avec quelques gouttes de citron par exemple.
    En cas de nécessité, acheter les eaux de source locales (Wattwiller ou Carola pour les Alsaciens, Évian pour les Savoyards...), c’est toujours ça qui traverse le pays en moins.
  • Pour remplacer le coton souvent utilisé pour se nettoyer le visage, prendre des petits carrés de tissu polaire. Ils partent au nettoyage dans la machine (dans un petit filet, c’est plus pratique pour récupérer). Ma chère moitié a adopté sauf pour les yeux, mais le tissu polaire n’est pas forcément responsable de l’allergie. (Détails ici et ici.
  • Poser une multiprise sur tous les appareils qui ont une fâcheuse tendance à consommer de l’électricité même éteints.
    Si possible, trouver une multiprise avec des interrupteurs séparés pour chaque prise.
    Que chaque prise électrique ne possède pas un interrupteur indépendant me désespère (tiens, une idée pour une prochaine norme électrique !). Je crois que ça existe outre-Manche.
  • Entre le ballon d’eau chaude et le robinet, il y a de l’eau refroidie qu’il ne faut pas faire couler inutilement : la partie de la toilette à l’eau froide doit précéder celle à l’eau chaude.
  • Une idée rencontrée sur le web : au cœur de l’hiver, laisser geler dehors des bouteilles remplies aux trois quarts d’eau, et les mettre au frigo pour réduire sa consommation. Dommage que ce ne soit pas possible en été, où le frigo est encore plus sollicité.
  • Le frigo doit être dans l’endroit le plus frais de la maison. Facile à dire.
    (Dans la catégorie des normes à généraliser, je suggère le frigo avec moteur extérieur : il rejetterait la chaleur dehors l’été au lieu de chauffer sa propre pièce, et pourrait pomper du froid l’hiver. À voir si la rentabilité se justifierait, au moins dans le neuf.)

Au boulot

  • La cravate et le pantalon long devraient être interdits par temps chauds, cela permettrait de régler les climatiseurs sur une température un peu plus haute.
  • L’étude du télétravail au moins à temps partiel devrait être systématique pour tous les postes de bureau. Plus facile, plus rentable et plus rapide à mettre en place (pas pour tous les postes bien sûr) que convertir toutes les voitures à l’électrique ou mettre tout le monde dans un tramway.
  • En déplacement professionnel, conduire aussi relax que si on payait soi-même le carburant.
  • Si vous faites partie de ces malheureux qui travaillent sur écran cathodique toute la journée, il est temps de le laisser choir par terre par erreur : non seulement son remplaçant plat sera beaucoup plus économe en kWh, mais votre vue sera meilleure.
    La place des vieux cathodiques n’est plus acceptable que dans des endroits où ils ne sont plus qu’exceptionnellement allumés (sur un serveur par exemple).

En voiture

  • Freiner avec les « aérofreins » en ouvrant les fenêtres[1]. Ça limite aussi l’usage de la clim’.
  • Considérer chaque coup de frein comme un échec : en ayant accéléré un peu moins fort avant, on se serait arrêté au même endroit en roues libres. Je descends beaucoup de côtes au point mort ou au frein moteur. (Attention, un accident serait écologiquement et financièrement beaucoup plus coûteux que les quelques litres d’hydrocarbures économisés).
    À voir : la voiture consomme-t-elle plus au point mort que vitesse enclenchée sans accélérateur ?

Chez les commerçants

  • Ne pas hésiter à se plaindre du froid quand une clim’ est réglée trop bas l’été. Je n’ai jamais compris cette propension de certains commerçants à congeler leurs clients estivalement vêtus.

Plus généralement

  • Ne pas renouveler ce qui n’est pas cassé : chez nous les voitures ont dix ans ; la télé onze ; les téléphones portables ont tenu un lustre chacun ; les PC autant. Pour chaque changement, se demander simplement si la qualité de vie va y gagner, si on utilise tant que ça, laisser traîner pour laisser passer l’envie. Être un peu radin sur les bords aide puissamment...
    Si on tient à changer souvent, passer par Priceminister ou Ebay plutôt que d’importer un nouveau bout d’électronique de Chine.
  • Ne pas faire d’enfants, qui sont un désastre pour l’environnement et une négation de toute idée de décroissance.[2]
    Hélas, si tous les écolos suivaient ce conseil, par un effet pervers flagrant, la planète tiendrait au mieux une demi-génération de plus, peuplée au final de gaspilleurs, et débarrassée de toute conscience écologique. Résoudre cette contradiction peut mener à la rationalisation de la liquidation physique plus ou moins brutale de tous les non-écolos de la planète (et comme il y a toujours plus vert que soi, l’issue totalitaire et génocidaire est inévitable). Se contenter d’adopter un enfant du Tiers-monde plutôt que d’en concevoir un soi-même pourrait être un compromis qui, hélas, va à l’encontre de la plupart de nos plus profonds instincts et d’énormes difficultés administratives.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières...

Notes

[1] Le gain est dérisoire mais le symbole compte.

[2] D’abord, là nous entrons dans le domaine des macro-économies écologiques.

jeudi 1 octobre 2009

Performances : hardware vs. meatware

Le hardware c’est le serveur, la mémoire, le processeur, les disques durs, les câbles.
Le software, c’est le logiciel, le code.
Le meatware, c’est la viande, le cerveau, bref le codeur, l’humain.

Quand une application fonctionne correctement mais bien trop lentement, ou mange trop de place disque ou mémoire, le dilemme qui se pose est le suivant :
- investir dans du matos plus récent/plus puissant, ou mettre à jour l’actuel,
ou :
- demander à un humain de voir ce qui cloche dans le logiciel pour l’améliorer (paramétrage ou correction de code, c’est pareil, il y a investissement de temps de cerveau).

Dans un monde idéal, l’optimisation manuelle, pérenne, serait systématique, et l’investissement financier en matériel serait un dernier recours, quand il devient impossible de tirer plus de jus du matériel existant (ou au détriment de la maintenabilité par exemple).

Jeff Atwood de Codinghorror a une réponse assez affirmative : Hardware is Cheap, Programmers are Expensive. Il part du principe que payer un humain est quasiment toujours plus cher qu’investir dans du matériel. Le sujet est récurrent sur un autre repaire de geeks, professionnels ou amateurs.

L’avantage du hardware

Atwood défend sa position. D’abord : l’optimisation sera un échec si on ne sait pas exactement quoi optimiser. Ensuite : l’utilisateur ne verra pas la différence en-dessous d’un certain seuil. Une optimisation menée avant des mesures de performance et d’identification des vrais goulots d’étranglement ne sert à rien. Un des ses proverbes :

Rules of Optimization:

Rule 1: Don’t do it.
Rule 2 (for experts only): Don’t do it yet.

Règles d’optimisation :
Règle 1 : Ne le faites pas.
Règle 2 (experts uniquement) : Ne le faites pas encore.

Autre exemple, les micro-optimisations inutiles : Jeff a comparé plusieurs implémentations différentes d’un test de chaîne vide[1]. Verdict : gratter 30 ms sur un million d’itérations n’a strictement aucune importance !

D’autres arguments s’appliquent :

  • le coût du matériel est parfois effectivement dérisoire pour le gain obtenu (100 € pour un gros disque ou pour 2 Go de RAM !) ;
  • le matériel acheté pour accélérer un système un peu lent est recyclable et pourra resservir ailleurs, ou repousser le remplacement par une autre machine ;
  • ne pas modifier le logiciel permet de ne pas y introduire de bug (un coût caché majeur évité) !
  • les règles comptables poussent plutôt à acheter du matériel amortissable que payer un humain (et ses cotisations sociales) (j’ai personnellement beaucoup de mal avec la logique comptable et fiscale) ;
  • rajouter du matériel coûte rarement en performance ; cependant devoir ajouter un nouveau développeur dans une équipe débordée a des coûts énormes en formation, communication, espace de bureau, administration.

La loi de Moore et ses dérivés, sur l’augmentation sans fin de la puissance disponible pour un budget raisonnable, encouragent ce comportement : Microsoft et plein d’autres (Business Objects en tête) ajoutent des fonctions d’abord, et ne se soucient des performances qu’après. Windows 3.1 ou Vista, même combat, il suffit d’attendre que le marché remplace les machines les moins récentes par des neuves. La tentation est grande pour tout éditeur de logiciel.

Plus l’environnement concerné est petit, plus Atwood a raison. Une PME avec trois serveurs et un administrateur/développeur seul et débordé trouvera plus rapide et logique de payer deux barrettes voire de remplacer un trop petit serveur que de se lancer dans la réécriture d’une application.

Optimiser un datacenter ou une box

Évidemment, la règle n’est pas universelle.

Un cas extrême : pour Google, un gain de 1 % sur un demi-million de serveurs, c’est 5000 serveurs de gagnés, et à ce prix, payer un ingénieur à plein temps sur des micro-optimisations est rentable. Quand on s’appelle Google, on peut investir carrément dans le développement des langages pour gagner à la source. Le cas de Google est extrême, puisque l’entreprise a la surface et les compétences pour rentabiliser du matériel conçu spécialement pour ses besoins.

De manière plus générale, tous les environnements où l’investissement matériel est massif, ou simplement coûteux, ont plutôt intérêt à miser sur des améliorations logicielles : supercalculateurs, gros serveurs bancaires...

Tous les domaines où la mise à jour ne serait pas que coûteuse, mais est carrément impossible car le matériel n’est plus sous la main sont également concernés, notamment tout ce qui concerne l’embarqué : les Freebox reçoivent facilement des mises à jour par le réseau, mais Free ne peut leur rajouter une barrette de RAM sans un ruineux échange ; le firmware d’une console ou d’un calculateur de voiture peut être patché, mais on ne changera plus le processeur ; etc.

La revanche du meatware

Écologiquement parlant, le meatware a toujours raison. Des serveurs et barrettes en plus, c’est du gaspillage. Tandis que la réflexion humaine ne pollue pas (pas plus que la sieste en tout cas). En entreprise cependant, l’argument porte peu.

Un autre argument quasi-économique va dans le même sens : celui du temps perdu en paperasse. Dans certains endroits dysfonctionnels, il coûtera plus cher en temps, énervement, efforts, et au final argent, de faire acheter le matériel adéquat, que de perdre des jours (éventuellement de prestataire coûteux !) dans l’optimisation ou la chasse aux octets perdus. Le coût caché de la mesquinerie des services achats peut être effroyable...

Autre cas extrême, celui où le temps de cerveau est faible ou nul. Pour des projets personnels, pour un étudiant, un chômeur, un habitant d’un pays sous-développé, le coût du matériel est démesuré et celui du temps disponible (celui d’employés peu payés) comparativement dérisoire. Voire nul dans le cas où les employés ne comptent pas leurs heures. Là il s’agit en fait de faire porter par d’autres (la famille de l’employé, du prestataire, de l’autoentrepreneur...) le coût.

Dans les calculs de rentabilité, il faut aussi tenir compte du long terme quand la masse de données à traiter augmente. Si par exemple l’algorithme bien pensé est en O(N) (temps de calcul proportionnel à la taille du jeu de données), alors que l’algorithme vite torché pas optimisé est en O(N²), doubler le jeu de données peut signifier ajouter un serveur dans le premier cas, et trois autres dans le second. Comme l’augmentation dudit jeu de données ne se fera pas du jour au lendemain, les tenants du « matériel d’abord, réflexion ensuite » avant le logiciel gaspilleront deux ou trois serveurs avant de se dire qu’une optimisation est vraiment nécessaire. (Des gens compétents ou avertis peuvent tout de même voir venir le coup du matériel qui ne suivra pas.)
Dans le pire des cas, pour un problème non parallélisable, le problème ne consistera pas à ajouter des serveurs, mais à remplacer du matériel par un deux dois plus rapide contre un autre quatre fois plus rapide, et le coût n’est PAS proportionnel.

Ajoutons les coûts cachés (ou plutôt : non comptabilisés) quand un système grandit rapidement : plus de disques, plus de serveurs, cela veut dire plus de composants faillibles, plus d’administration, plus d’interactions possibles, plus de problèmes de synchronisation, plus d’électricité consommée, plus de frais de climatisation...

Sauver des vies par l’optimisation

Les systèmes d’exploitation (ou, plus généralement, tout logiciel massivement utilisé) sont un cas à part, pas technologiquement mais économiquement : il est rentable pour la société de payer des gens à optimiser chaque miette de Linux ou Windows, ne serait-ce que pour réduire les besoins des machines, et gratter un peu sur la consommation. Écologiquement, cela se défend, mais entre en conflit ouvert avec la course aux fonctionnalités ou à l’apparence qui en jette - Vista est l’exemple caricatural.

L’anecdote est caricaturale et connue : pendant la conception du Macintosh, Steve Jobs a persuadé ses développeurs d’accélérer le temps de démarrage de quelques secondes, en faisant valoir le nombre de vies économisées en mettant bout à bout toutes les minutes gagnées deci delà.

Généralisons : les machines actuelles, qui bootent en dix fois plus de temps qu’un Mac de 1984, gaspillent chaque matin des millions d’heures de productivité, sinon de vie humaine. Le simple fait que la mise en veille de mon Ubuntu échoue mais que celle du Powerbook, elle, fonctionne, est un argument puissant pour le choix de l’utilisation de telle ou telle machine quand je veux juste regarder mon courrier un soir en revenant du boulot.

À l’inverse, une non-optimisation qui impose un surcoût de 100 € par machine (en mémoire supplémentaire, en carte graphique récente...) finit par coûter à l’économie, donc l’humanité, des milliards. Les constructeurs informatiques ont d’ailleurs été amèrement déçus par le flop relatif de Vista, dont la gourmandise imposait souvent un changement de machines. Je ne compte pas les systèmes (Linux compris) qui réclament des ressources supplémentaires à chaque génération. Un nouvel Ubuntu ou un nouveau Mac OS X ne réclament tout de même pas quasi-systématiquement une mise à jour majeure de la machine ; l’obsolescence artificielle qu’ils imposent se rapproche un peu de celle, technique, due au taux de mortalité de l’électronique actuelle (certes un autre scandale).

Bref, si un éditeur de logiciel décide de passer outre des optimisations, il refile simplement à ses clients le coût qu’il ne veut pas assumer. Pour sa défense, il faut reconnaître que nombre d’applications actuelles ne gagneraient rien à être optimisées à grand frais quand elles tournent sur des machines dégoulinantes de RAM et dopées aux GHz. Cercle vicieux.

C’est dommage, car justement la distribution gratuite et quasi-instantanée de chaque amélioration est le meilleur moyen de multiplier démesurément la productivité d’un simple programmeur (remarque, je crois, de Frederick P. Brooks à la fin de la dernière édition de The Mythical Man-Month) - et cela arrive effectivement tout de même souvent. Mais les clients encaisseraient des gains et l’éditeur paierait le développeur sans rien gagner (sinon une meilleure réputation).

Les gains qualitatifs

Quand au boulot je dois optimiser le temps d’exécution d’un rapport, en général en persuadant Oracle de préférer tel ou tel chemin d’exécution, les gains sont rarement faibles : une optimisation réussie fait gagner un ordre de grandeur à l’exécution, sinon deux. Dans les cas où je baisse les bras, les modifications éventuelles n’apporteraient rien par rapport aux coûts cachés (maintenance, risque de mise en production, tests à refaire...).

Dans le cas favorable, le gain de quantitatif peut devenir qualitatif. Un rapport critique édité chaque semaine peut devenir quotidien. J’ai vu une usine faire sa clôture comptable mensuelle en quelques heures au lieu de plusieurs jours - sa multinationale y avait un intérêt majeur vu ce que cela a coûté.

Les économies de ressources se cumulent : une optimisation qui libère des ressources machines - ou humaines permet de faire « respirer » d’autres processus, de réduire la charge d’administration...

Le phénomène peut s’emballer dans l’autre sens : un rapport hebdomadaire intéressant beaucoup de monde et archi-optimisé risque d’être exécuté chaque jour, voire chaque heure, par la suite, annihilant le gain technique (à première vue, car à présent la charge peut être étalée) - mais fournissant au moins un service rendu supérieur.

Plus généralement, les avancées de l’informatique des deux dernières décennies ont permis à des milliers de processus de devenir quasiment instantanés au lieu d’attendre leur tour dans un batch de nuit ou hebdomadaire. Pour la hiérarchie, les « tableaux de bord » et autres outils de contrôle sont souvent mis à jour quotidiennement. Pour le client/utilisateur/administré, ses demandes sont prises en compte en général beaucoup plus rapidement.
Les communications et les serveurs ne sont qu’un élément. Pour cela, on n’a pas juste accumulé les serveurs, mais repensé nombre de flux, de A à Z, aussi bien fonctionnellement que techniquement.

Au final, le cas n’est pas rare où une optimisation bien pensée transforme un énorme batch de fin de semaine en requête quotidienne, libérant des plages de temps considérables, des serveurs, voire un humain qui n’a plus besoin de surveiller une machine hors des horaires classiques de bureau. Les gains sont peut-être cachés ou non financiers, en tout cas évidents.

Pour revenir au cas de Google ou d’un éditeur, ce gain est re-multiplié sur chaque installation.

Concrètement

Comme dans tout conflit entre deux théories, le compromis nait de la confrontation à la vie réelle et à l’application au cas particulier.

  • Faut-il ou pas utiliser des frameworks genre Hibernate, ou préférer le C à python ou l’inverse ? Cela dépend du développeur, du besoin, du gain apporté en fonctionnalité (et donc en temps de développement) par les outils par rapport à leur lourdeur irréductible (overhead) et à leurs limites (coût caché énorme s’il faut déployer des trésors d’imagination pour forcer un outil à faire ce qui n’a jamais été prévu).
  • Quels sont les vrais problèmes ? La vraie cause du problème de performance ? (Certes l’analyse réclame elle aussi du temps de cervelle, alors que dégainer une barrette de RAM est trivial.)
  • Le must : ce qui permet au développeur d’être lui-même plus productif. Optimiser les fonctions de test, accélérer l’application de manière qu’elle devienne simplement testable, améliorer la machine du développeur (piège ! il risque de ne plus voir les ralentissements sur les machines moins bien dotées !) ou... lui donner un deuxième moniteur (en affichage vertical pour voir plus de code, pas des films).
  • Comme souvent, les vrais gisements de productivité du développeur résident non dans le hardware mais dans la communication, les spécifications claires (ou qui peuvent être éclaircies facilement), stables, la documentation (éternel parent pauvre, et également une charge inutile si elle est mal faite, et pas automatisée au maximum), le passage de connaissance entre collègues, etc.

Et on conclura en remarquant que les gains de productivité matériels et humains se complètent : d’abord du jus de cervelle sont nés l’ordinateur, le FORTRAN, le garbage collection, le web ; puis l’investissement en matériel récent les a rendu utilisables ; enfin une masse de nouvelles applications sont devenues économiquement possibles en libérant l’esprit du programmeur.

Notes

[1] Question à ceux qui connaissent : c’est du VB ou du C# ?

dimanche 27 septembre 2009

« Les exoplanètes » : Dossier Pour la Science de septembre 2009

Franchement ça devient une manie chez les éditeurs de Pour la Science : encore un titre destiné à allécher le lecteur, qui ne décrit pas complètement le contenu. La moitié du dossier concerne plus notre propre système solaire que les quelques centaines de planètes déjà connues autour d’autres étoiles.

Évidemment, l’observation des autres systèmes solaires depuis une quinzaine d’années nous en apprend beaucoup par contraste sur le nôtre. Naïvement, les scientifiques s’étaient toujours attendu à découvrir des planètes plus ou moins homologues à celles de notre système (des rocheuses proche de l’étoile et des géantes gazeuses au loin), mais le bestiaire s’est révélé bien plus varié que prévu, notamment avec toutes ces planètes géantes orbitant extrêmement près de leur étoile.

En conséquence, la remise en cause des modèles anciens de formation planétaire (les plus anciens remontent à Laplace) jette une nouvelle lumière sur l’origine de notre système solaire. Des constantes se dégagent tout de même, comme une planète géante juste au-delà de la « limite des glaces » de fusion de certains gaz, justement là où se trouve Jupiter... mais les géantes migrent souvent plus près de l’étoile en fonction du gaz restant. Le destin d’une planète relève quasiment de la mécanique des fluides.

Notre existence ne semble guère tenir qu’à un hasard monstrueux sur la densité exacte du nuage primordial : une autre valeur aurait pu voir dériver Jupiter beaucoup plus près du Soleil au final. À l’inverse, les collisions entre planètes rocheuses primitives deviennent quasiment inéluctables, ce qui rend le hasard de la taille énorme de la Lune moins improbable.

En effet, les systèmes planétaires semblent tous « pleins » : toute planète supplémentaire générerait un beau bazar qui se solderaient par une collision ou l’éjection d’une autre planète. À l’inverse, la création des planètes n’a pas été qu’une agglomération de poussières, mais aussi un véritable billard : elles doivent être des milliards à avoir été éjectées de leur système solaire naissant par plus grosses qu’elles, et à errer dans l’espace interstellaire (hum, une idée pour un roman de science-fiction ?), de la même manière que la Terre, Neptune ou Jupiter « nettoient » encore leur orbite. (C’est d’ailleurs pour cela que Pluton n’est plus officiellement une planète : elle n’a pas purgé son orbite de la concurrence ; au contraire la ceinture de Kuiper, et le nuage d’Oort, sont peuplés de ces planétoïdes éjectés par les autres planètes.)

D’ailleurs Newton, Poincaré comme bien d’autres s’étaient penché sur le thème de la stabilité du Système solaire. Jacques Laskar avait calculé il y a un bout de temps que le chaos y avait sa place, et qu’un impact entre les planètes telluriques n’était pas totalement exclu à l’échelle des milliards d’années.

Les astronomes recherchent évidemment des traces de vie sur les exoplanètes. Pour le moment, les instruments disponibles ne permettent pas de détecter l’équivalent lointain de notre terre et d’y rechercher par spectroscopie une signature biologique. Et sur la masse des planètes détectées, bien peu orbitent dans la « zone habitable » de leur étoile.

Ce dossier est tout de même l’occasion de refaire un tour parmi la diversité des planètes et satellites du système solaire, de fouiller leur structure interne, de se pencher sur les hôtes les plus modestes, ces astéroïdes à l’histoire mouvementée et mal connue, de deviner la frontière de notre système, cette héliopause que les sondes Voyager viennent de franchir.

J’ai appris que cette diversité parmi les satellites était ignorée jusqu’au passage des sondes Voyager dans les années 79 à 89. Jusque là il était naturel de penser que Io, Europe, Ganymède... ressemblaient à notre vieille Lune pelée. La nature a toujours plus d’imagination que nous, et les exoplanètes promettent sans doute de belles surprises à chaque amélioration des techniques de détection.

Ajour du lendemain : Et justement, dans le Pour la Science de septembre, un article sur les atmosphères des planètes décrit l’influence que leur disparition progressive peut jouer. Et cette évaporation peut être lente comme chez nous, ou accélérée par la chaleur ou les impacts d’astéroïdes. Un facteur de plus à prendre en compte dans la vie d’une planète.

lundi 21 septembre 2009

Le dur chemin vers l’acte authentique

Quand j'ai commencé à boucler mon prêt pour la maison, j'étais optimiste : bon apport, premier achat déjà aux 3/5 payés, situations stables. Notre situation financière n’a effectivement jamais posé problème, mais le chemin vers la signature de l’acte définitif fut long et ardu. Nous avions pourtant déjà été échaudé il y a quelques années.

(Pour les locataires : l’acte authentique marque le transfert de la propriété d’un bien, et le notaire doit donc avoir reçu tous les fonds, y compris ceux prêtés par la banque.)

Leçons :

  1. Les trois mois de délai entre le compromis de vente et l’acte authentique final ne sont pas de trop. Si ça ne urge pas, de toute façon ça traînera.
  2. Ne perdez jamais UN jour. Les autres en perdront assez pour vous.
  3. Ne comptez sur les autres que si vous ne pouvez pas faire le travail vous-même.
  4. Vous avez un bel apport, une bonne santé ? C’est bien, le dépassement des délais ne devient pas une certitude.
  5. Même quelqu’un en bonne santé a des chances d’avoir un problème bénin ou passé qui nécessitera un certificat médical. En l’occurrence, préparez tous les certificats médicaux le plus vite possible. (Merci à l’allergologue pour avoir accordé un rendez-vous en trois jours, même s’il a attendu une semaine avant d’envoyer le papier...)
  6. On est au XXIè siècle, email et téléphone portable sont des outils merveilleux. Mais comment faisaient-ils au XXè siècle ?
    (De toute manière, tous les documents les plus importants, les plus urgents, voyagent par courrier, exceptionnellement par fax.)
  7. Une grosse partie des déménagements se faisant l’été, les demandes de prêts se font donc vers mai (plein de ponts géants et de congés) et les actes authentiques en juillet-août (où personne ne travaille).
  8. En conséquence, dans vos calculs de délai, ne comptez ni le mois de mai ni la moitié de l'été. Pensez à demander les dates de congés de vos interlocuteurs et les noms des assistantes et remplaçants.
  9. L’accord de prêt doit être renvoyé AU MOINS dix jours après l’avoir reçu (la loi est rigide) ! Hors de question de gratter du temps là-dessus.
  10. Une fois l’accord de prêt signé et reçu par la banque, restent les surprises :
    1. dans la flopée de papiers, lequel a été oublié/mal signé ?
    2. les garanties-surprises exigées auprès du notaire (engagement de récupération du prêt relai sur la vente du bien précédent),
    3. le temps pour débloquer les fonds.
  11. Toutes les banques sont aussi nulles, dixit la notaire (sauf paraît-il le Crédit Mutuel qui gèrerait tout au niveau de l’agence ; les autres centralisent dans des services dédiés, d'où des délais ; mon acheteur a effectivement eu son prêt très vite - même si un papier manquait quand même le jour de la signature de l’acte, je suppose que cela dépend fortement des personnes précises impliquées et de leurs dates de congés...).
  12. Il y a toujours des clauses surprenantes à découvrir dans l’accord de prêt final, qu’on ne peut plus refuser faute de temps.
  13. Il manquera toujours un tampon quelque part. Vous oublierez toujours de signer un obscur coin d’un quelconque papier.
  14. Le gain financier (finalement dérisoire) des prêts à taux zéro, PEL, CEL... sera annulé par le coût de mise en place (énervement, nuits blanches, téléphone portable, accessoirement argent...).
  15. Les clauses les plus inquiétantes d’un contrat d’assurance ne sont connues que lorsqu’il est trop tard pour reculer.
  16. Toutes les personnes rencontrées au téléphone et physiquement seront aimables, serviables, ponctuelles, mais faillibles et débordées. Mais pris dans sa globalité, le back-office de la banque, de l’assurance... n’est, lui, que lent, faillible et débordé[1].
  17. Si quelqu’un dit « je m’occupe de tout », inquiétez-vous.
  18. J’ai découvert avec fascination que personne ne connaît vraiment tout le flux exact (ça change avec chaque banque, chaque assureur...). Par contre tout le monde s’attend à ce que VOUS le maîtrisiez (« Ah, il faut un chèque de banque ? »).
  19. Une banque est paranoïaque et ne lâche pas un kopeck si elle n'est pas sûre de le récupérer intégralement même si vous vous tuez ET que le prix de l’immobilier chute de 95% un mois avant la fin du prêt ET que vous avez perdu toutes vos économies.
    À force de vous interroger sur ce que ce vampire va bien demander encore comme garantie, vous trouverez plein d’idées de choses que la banque ne vérifie pas et qui ouvriraient d’intéressantes perspectives à des gens moins honnêtes que vous ; ou simplement qui vous font regretter d’être honnête et franc, ce qui coûte cher en délais (au moins vous serez tranquille plus tard[2]).
  20. La Communauté urbaine a autre chose à faire que faxer des certificats d’urbanisme (faxer, oui, en 2009[3]), y compris le jour de la signature, deux mois après la première demande et après trois relances.
  21. Ayez une pensée pour les gens qui ont moins d’apport que vous, des problèmes de santé et ne peuvent pas fouetter banquier, notaire ou assureur au téléphone pendant les heures ouvrables. Et on se demande pourquoi les transactions immobilières baissent.
  22. Si vous êtes déjà propriétaire, cet apport sera fortement minoré par la banque. J’ai eu de la chance, j’ai vite eu un acheteur dont le banquier a vite pu produire un accord de principe de prêt. (Si possible, vendez, louez, et achetez ensuite, ou débrouillez-vous pour ne pas avoir de prêt relai.)
  23. Tout montage conclu avec votre diligent commercial attitré a de bonnes chances d’être dénoncé par le service crédit - un mois après.
  24. Scannez et gardez sur vous dans une clé USB tous les justificatifs.
  25. Si comme moi vous avez une flopée de comptes d’épargne (historique chargé de deux personnes), centralisez le plus vite possible l’argent sur un minimum de comptes pour éviter de dégainer des dizaines de pages d’extraits de comptes justificatifs à chaque visite chez le banquier.
  26. Un courtier (CAFPI...) peut être un gain de temps si vous ne faites pas vous-même le tour des banques, ou pour un dossier tordu. Rappelez-vous cependant que c’est un commercial qui doit trouver des clients aux banques partenaires. Si vous avez un bon dossier, le courtier peut au moins servir à mettre la pression sur vos banques favorites.
  27. Le taux n’est pas tout. Cela peut coûter beaucoup de frais dès le départ pour espérer gagner un peu bien plus tard. Un taux intéressant sur le prêt principal est parfois la contrepartie d’un crédit relai riquiqui (la banque vous oblige à emprunter plus sur le prêt principal) et de pénalités de remboursement anticipées systématiques[4].
  28. Une banque veut vous prêter le maximum le plus longtemps possible : les remboursements anticipés sont une obscénité. Vous n’aurez pas de clause intéressante là-dessus si vous ne l’avez pas exigée.
  29. Dans le système actuel, les banquiers se plaignent des clients qu’ils ne voient plus que pour quémander un prêt, et qui partent pour une faible différence de taux. Les clients savent que les banquiers ne sont là que pour les plumer.
  30. Une promesse orale de banquier vaut moins que le papier sur laquelle elle est écrite.
  31. Si se présente un « conseiller » quelconque, c’est forcément un commercial.
  32. Chaque banque a ses règles de calcul, estimation, garantie, prêt relai, conditions de remboursement anticipé... Mais toutes croit que les autres font pareil qu’elle.
  33. Simuler et comparer des crédits est un excellent exercice de maniement d’Excel ou Calc. Ne cherchez pas à retomber sur les mêmes chiffres que votre banquier, il y aura toujours un écart et on ne vous donnera jamais tous les chiffres.
  34. Actuellement les banques veulent gagner de l’argent avec le crédit, pas juste conquérir un client : si un taux est trop bas et trop intéressant, il y a toujours un loup.
  35. La domiciliation de revenus est illégale, mais ils l’exigent toujours[5].
  36. Même si vous n’êtes pas bloqué par la date fixée pour les déménageurs, ou la rentrée des enfants, votre vendeur sera lui très pressé de voir son argent, et l’acheteur de votre précédent bien très pressé d’emménager.
  37. Un acheteur à x k€ tout de suite vaut mieux qu’un hypothétique acheteur à x+10 k€ dans deux mois - ou jamais.
  38. Rappelez-vous que l’argent que l’on vous prête est le vôtre. Mais l’État a prêté aux banques, pas à vous.
  39. Les derniers banquiers honnêtes ont déjà sauté du haut de leur tour pendant le dernier krach.

Une fois l'étape du prêt bouclée, mes douleurs à l’épaule (attribuées d’abord au clavier, mais aussi à ce stress non professionnel) se sont presque totalement envolées. Quel est l’impact sur la Sécu de toute la paperasse banquière ?[6]

Notes

[1] Que des systèmes composés de gens relativement dévoués et sérieux soient aussi souvent lents et bureaucratiques, sinon carrément cafouilleux, m’« émerveille » tous les jours.

[2] Mouais. À vérifier.

[3] Il paraît que le fax a une valeur légale que l’email n’a pas encore.

[4] J’ai une objection de principe aux pénalités de remboursement anticipé, c’est vraiment un concept de vampire.

[5] Il n’y aurait pas moyen de tirer de juteuses amendes de toutes ces clauses sciemment caduques ?

[6] Le médecin m’a raconté avoir vu une fois les futurs habitants de tout un lotissement, tous avec les mêmes pathologies. Sans doute pas uniquement à cause des banquiers, mais l’exemple est révélateur.

jeudi 17 septembre 2009

Oh le beau cas !

Allez jeter un oeil sur timecube.com. Je connaissais l’hypothèse de la Terre plate mais une Terre cubique qui fait un tour en 4 jours ?

Est-ce une expérience au 89543è degré, ou l’auteur est-il en hôpital psychiatrique ? Le texte est beaucoup trop décousu et illisible, répétitif et déstructuré, paranoïaque et plein de haine pour un canular « sérieux ».

Ajout du lendemain : Diantre, le site est connu chez les anglo-saxons. Une page Wikipédia et une interview du foldingue en vidéo...

vendredi 11 septembre 2009

La Déclaration du Droits du Développeur

Deux déclarations des Droits du Développeur[1] existent dans le monde anglo-saxon à ma connaissance :

Elles diffèrent, je traduis/condense/commente :

Le droit à deux moniteurs sur son bureau

Souvent utile, parfois gadget.

Ça dépend vraiment de l’application. Qui passe son temps à écrire du code d’un côté et à vérifier l’exécution de l’autre aura plus l’utilité de deux petits moniteurs que votre serviteur suant devant Business Objects et sa ribambelle de panneaux et onglets. Je préfèrerais alors un seul très grand et très large écran, sauf dans mes périodes de rédaction de docs et support, où un A4 vertical serait optimal.

Il est clair que l’investissement de 200 € dans un écran est dérisoire par rapport au temps regagné ensuite.

Le droit à une machine rapide

Tout à fait d’accord, dans les limites raisonnables évidemment. Le temps perdu à compiler, à attendre que s’ouvre une grosse application, le swap, le manque de réactivité... concourt à perdre du temps pur, à casser la concentration, et à un certain stade le gain en temps ne devient pas que quantitatif, mais aussi qualitatif.

Si je ne me plains pas de ma machine de bureau actuelle, ce serait probablement le cas avec un portable : les gros logiciels serveur comme Oracle ou Business Objects XI se lancent beaucoup plus lentement sur le disque dur escargostesque du portable courant. Et je ne parle pas de VMware.

Même si RAM et disque dur se rajoutent facilement à peu de frais, le PC de bureau n’est pas tout. Il est toujours agréable d’avoir sa base Oracle sur une vraie machine dédiée, ou de disposer d’une collection de machines virtuelles toutes prêts rapidement accessibles sur un serveur VMware ESX bien taillé qui ne sature pas les entrées-sorties au boot d’une machine virtuelle.

D’un autre côté, n’avoir que des machines rapides pousse à la fainéantise, et masque certaines grosses lacunes en réactivité pénibles pour le client final. Dans un monde idéal, le développement aurait lieu sur une machine récente, et les tests utilisateur s’effectueraient sur une configuration relativement ancienne, limitée en processeur, mémoire, éventuellement disque.

Le choix de la souris et du clavier

100% d’accord. Je fulmine de voir que l’ergonomie de ces outils critiques est le cadet des soucis de toutes les entreprises où je suis passé. (Par contre, certains de mes clients investissent visiblement au niveau des bureaux, chaises, support pour portables plus que pour le clavier à proprement parler ; mais je ne suis qu’un simple prestataire qui hérite plus souvent qu’à son tour de la machine la moins récente, le clavier le plus crade, et d’une chaise non réglable.)

Le droit à une chaise confortable

À raison de huit heures par jour de résidence, cet endroit doit être non seulement tolérable mais aussi confortable (“Sure, you hire developers primarily for their giant brains, but don't forget your developers’ other assets.”)

Le droit à une connexion internet rapide

Vue mon utilisation massive de Google et des divers sites de docs et d’aide en ligne ou de support, un internet asthmatique provoque vite frustration, énervement, et perte de productivité.

De nos jours, le réseau fonctionne en général bien, et si Youtube n’est peut-être pas vraiment nécessaire professionnellement, je dois parfois télécharger des gigaoctets de bases de données de client, ou d’outils d’Oracle à tester. Pêchent souvent par contre les liaisons VPN vers les clients, avec un désastreux impact sur la productivité : dans le cas extrême d’une liaison inutilisable, un débogage se passe vingt fois plus lentement par téléphone, ou nécessite un déplacement parfois lointain coûteux en temps, fatigue, euros et CO₂[3].

De plus, il n’y a pas que les digital natives à tomber rapidement en état de manque du réseau et de sa mine d’informations plus ou moins utiles. Couper Internet aux informaticiens, c’est s’assurer une fuite des cerveaux.

Un coin au calme

À l'agence je vis dans un open space. Chez beaucoup de clients aussi. Les bureaux à trois ne sont pas non plus terribles pour la productivité. Il n’y a pas de formule idéale, ou plutôt une formule qui change avec la tâche : war room pour les projets tendus ou en phase de test, et bureaux isolés pour rester concentrés ou pour téléphoner, ce qui suppose que les ordinateurs soient portables.

Le droit de bien faire son travail

Voici les revendications non matérielles, les plus délicates.

Combien de fois a-t-il fallu torcher quelque chose vite fait par manque de temps ? N jours ont été vendus au client, 2N auraient été nécessaires pour tout faire calmement, donc on a tout fait en même temps, développé des morceaux sur des bases instables, testé avant la fin du développement, déployé avant la fin des tests préliminaires, et formé avant d’avoir finalisé les spécifications.

Évidemment dans ce cas les développeurs dépensent plus de temps et d’énergie à resserrer les boulons et à s’insulter mutuellement qu’ils n’en auraient pris à faire les choses proprement d’entrée. Bien sûr, la date de livraison a été fixée pour des raisons de politique interne au client, et/ou un temps fou a été paumé en administratif, et/ou tout a été décidé au dernier moment. Au final, personne n’est content du résultat et rejette la faute sur les autres.

Le droit de choisir ses outils

« On reconnaît le bon ouvrier à ses outils » dit le proverbe. Je ne me souviens pas de beaucoup de moments où j’ai pu librement choisir quelle base, quel langage, quel ETL, quel outil, quelle machine... serait utilisé. Les critères de choix porte plus souvent sur le tarif ou la compatibilité avec l’existant que sur l’aisance de développement. (Le choix de l’outil étant souvent « structurant » et engageant l’entreprise pour longtemps, je comprends parfaitement que l’opinion du développeur ne soit qu’un facteur parmi d’autres - mais rares également sont ceux qui m’ont demandé mon avis.)

Quand on parle de technique, et de choses pas trop chères (disque dur, RAM), il suffit parfois de demander pour avoir (à supposer que l’accord du chef suffise). Dès qu’il y a des coûts de licence impliqués, le programmeur de base n’a plus trop le choix. Les logiciels libres ont l’immense avantage de n’impliquer aucune bataille bureaucratique pour débloquer quelques euros de licence.

Le droit de savoir ce qu’on lui demande, avec des priorités claires

Arf arf arf.

Soyons juste, j’ai vu le pire comme le meilleur, des specs au crayon sur une feuille comme des dossiers archi-précis. Il y a forcément toujours des zones d’ombres, et le demandeur n’est pas toujours conscient lui-même de la complexité intrinsèque de son projet ou de l’incohérence parfois catastrophique de ses données source (garbage in, garbage out si logiciel != Google, et encore).

Mais les commanditaires doivent savoir répondre aux questions, corriger les incohérences remontées, connaître leur métier, savoir ce qu’ils veulent, accepter de vivre avec des contraintes techniques, et (ô qualité rare) arbitrer !

Le droit à une communication claire et directe avec le client, l’utilisateur comme le « commanditaire »

J’ai toujours haï l’effet « téléphone arabe » et les incompréhensions parfois catastrophiques nées de l’éloignement.

Autant j’abhorre passer mon temps sur la route pour aller chez des clients lointains, autant je sais que dans les situations un peu tendues ou floues la communication en face à face est dix fois plus efficace que mail et téléphone pour diverses raisons :

  • les non-dits : l’interlocuteur muet après à une question directe, ou affichant une moue, livre une information, un avertissement, montre un souci ; celui ne répond pas à un mail... peut ne pas l’avoir lu ou pas compris ;
  • la nullité de beaucoup de personnes pour s’exprimer par email, alors qu’oralement tout va bien (moi c’est l’inverse) ;
  • à l’inverse, l’incapacité de beaucoup de gens à lire un mail de plus de trois lignes (par manque de temps parfois, de cellules grises rarement, de capacité d’attention souvent) ;
  • les insinuations et autres vacheries plus ou moins gratuites que l’on n’oserait jamais par mail ;
  • la franchise entre quatre yeux, sans témoin ni trace écrite, qui permet des explications parfois très saines en cas de conflit (purement technique le conflit parfois) ;
  • la solidarité entre « gens du front » d’entités différentes mais cohabitant dans le même bureau, soudés face à leurs chefs respectifs pour le bien du projet ;
  • « radio moquette » à la machine à café : on y apprend beaucoup sur un peu tout le monde, les qualités et défauts des uns et des autres, les contraintes, les vraies raisons de ci ou ça, le vocabulaire local (capital !), la culture du client (caricature de fonction publique ? start-up hystérique ? ingénieurs pointilleux ? commerciaux-girouettes ?), l’historique (toujours chargé), les vrais arbitrages à faire, la politique interne (de quel chef se méfier ? lequel fera pression ? lequel est ennuyé par le projet ?), les hiérarchies officielles et officieuses, les personnalités (quel chef se battra pour le projet ? lequel est une carpette ?), etc. ;
  • le contact direct avec l’utilisateur : on lit très vite un brain overflow sur un visage, alors que personne ou presque n’écrira « je ne comprends pas » ;
  • le lien entre humains, tout simplement : on se décarcasse beaucoup plus pour Jacquot avec qui on a déjà sympathisé autour d’un café, une secrétaire sympa qui a dépanné l’imprimante avec le sourire, un voisin de bureau qui a conseillé sur le choix d’une voiture, un utilisateur régulier dont on comprend le martyre quotidien devant un logiciel foireux... que pour des noms abstraits sur un écran.[4]

Le pire des cas ? La spécification retransmise à un développeur lointain (indien ou français, ce n’est pas le problème) via un intermédiaire obligé ignorant du sujet[5]. À l’inverse, je me rappelle avec émotion de sessions de développement avec des utilisateurs demandeurs deux bureaux plus loin, qui savaient ce qu’ils voulaient, répondaient aux questions, et testaient. Même avec des specs-brouillon.

Notes

[1] Traduction imparfaite du Bill Of Rights qui amende la Constitution américaine, alors que la Déclaration des Droits de l’Homme constitue le préambule de toute Constitution française digne de ce nom. Différence philosophique ou simple héritage de la philogénie du droit ?

[2] On remarque les vétérans du réseau à un nom de domaine avec deux lettres seulement.

[3] Le CO₂ et la fatigue, l’employeur s’en fiche, bien sûr.

[4] Je pense que réside là une des explications des dérapages de grandes entreprises : le client contacté uniquement par web ou email devient immédiatement abstrait.

[5] L’intermédiaire c’était moi et je n’ai pas du tout aimé.

mardi 8 septembre 2009

“The electric telegraph made possible - indeed, inevitable - the United States of America.”

A hundred years ago, the electric telegraph made possible - indeed, inevitable - the United States of America. The communications satellite will make equally inevitable a United Nations of Earth; let us hope that the transition period will not be equally bloody.

« Il y a cent ans, le télégraphe électrique a rendu possible - en fait, inévitables - les États Unis d'Amérique. Les satellites de télécommunication rendront aussi inévitables les Nations Unies de la Terre ; espérons que la période de transition ne sera pas aussi sanglante. »

Arthur C. Clarke, First On The Moon, épilogue (1970)

mardi 1 septembre 2009

BO : les bons côtés

(Défoulement préalable.)

J’ai vomi beaucoup de bile sur Business Objects l’an dernier en mars et août.
Comme je l’ai dit, je suis frustré de voir un outil conceptuellement excellent, qui à la base fonctionne, et n’est pas trop mal fichu, être plombé par :

  • des erreurs ergonomiques atroces (ça s’améliore avec le temps) ;
  • des régressions de fonctionnalités d’une version sur l’autre qui me font passer pour un con aux yeux de mes élèves de formation (de la 6.5 à XI R2 c’était un supplice ; ça va mieux avec XI 3) ;
  • des bugs : un tableau se calcule mal est pénible (c’est tout de même rare), mais j’ai hurlé à cause des outils d’import-export du référentiel voire d’installation/désinstallation (!) qui déconnent complètement (ça a coûté cher à mes clients) ; évidemment de manière reproductible, et au deuxième ou troisième Service Pack ;
  • une pléthore de produits annexes, achetés au fil du temps par BO, au point que le mystère plane sur les fonctionnalités du Performance Pack, à moins que ce soit le Productivity Management (ce syndrome est courant chez tout éditeur d'une certaine taille : SAP, Oracle...) ;
  • un système de numérotation de versions illisible , rendant le point précédent encore plus douloureux (la stabilisation semble tout de même en cours) ;
  • des décisions techniques parfois débiles ou dictées par la mode ;
  • une architecture en forme de millefeuille Java, très lourd et complexe ;
  • des délais d’expiration de session ou d’un des innombrables services internes réglés au plus juste, sources de moults messages d’erreur tous plus abscons les uns que les autres aux yeux des utilisateurs et de la perte directe d’heures de travail ;
  • une documentation pléthorique mais trop lourde, et anti-pédagogique (avec une copie d’écran par tome, quand j’illustre mes supports de formation de deux par page) ;
  • un paramétrage fin de l’apparence par intervention directe dans les fichiers de configuration .xml ou .properties, voire directement les .jsp du site web (je préfère encore ça à la base de registres[1]) ;
  • SAP enfin, qui vient de racheter BO, ce qui augure mal de l’avenir - leur première action a été de déplacer tout le site de support, brisant non seulement les liens externes mais aussi les liens documentaires depuis leur propre produit (!!) ; cette abomination me reste encore en travers de la gorge, il y a des baffes qui se perdent ; enfin, le site de SAP a toujours été un labyrinthe sans nom complètement verrouillé, même quand on a des accès (chers payés).

(Fin du défoulement. Soyons positif.[2])

BO a réussi à s’imposer auprès de ses clients et à leur faire cracher autant d’argent (et avec SAP ça ne va pas s’arranger) pas uniquement par hasard. En comparant succinctement avec quelques produits concurrents, je me suis aperçu que BO possède quelques atouts difficiles à trouver ailleurs, surtout ensemble.
Si vous connaissez un concurrent qui arrive à la cheville de BO sur ces sujets, je suis preneur !!!

La notion d’univers

(Voir le début de cet ancien billet pour un exemple.) Le principe consiste juste à stocker et masquer les tables, les jointures... nécessaires à l’interrogation des diverses bases de données dans un « univers » réutilisable. L’utilisateur ne manipule plus alors que des objets Facture, Quantité, Nom, Date, Région, etc. qu'il lâche dans des tableaux et, ô miracle, les calculs se font tous seuls - du moins dans les cas simples. Ne reste que la mise en page[3].

Effectivement, BO vise l’utilisateur de base, totalement inculte en SQL, à le rendre indépendant du service informatique qui n’a plus à lui préparer requêtes et tableaux même s’il doit concevoir l’univers . Évidemment, dans les cas un peu tordus réclamant acharnement, sens logique ou compréhension des subtilités du produit, le rapport atterrit toujours à l’informatique ou chez un consultant.

Il existe deux types d’objets principaux dans l’univers :

  • les indicateurs : en gros, ce qui se somme (montants, nombre de clients...) et ce qui s’en déduit (taux, moyennes, extrêmes...) ;
  • les dimensions : le reste (dates, lieux, produits, gammes, clients, types, propriétés et statuts divers...), regroupés en plusieurs niveaux plus ou moins hiérarchiques.

Le tableau indépendant ; la notion de contexte de calcul

En voyant (très succintement) JasperReports, un des concurrents libres, j’ai eu l’impression de revenir dix ans en arrière, sur Access ou Oracle Reports, avec une requête tapée à la mimine servant de base au rapport, un affichage ligne à ligne et des sommes calculées à coup de variables incrémentées.

BO par contre considère que l’on peut poser un tableau n’importe où dans la page et que les objets (issus de l’univers) qui y sont jetés se calculent en fonction de leur contexte, c’est-à-dire de leur position dans ce tableau (corps, pied de page, pied de rupture...), et des filtres ou sections de page où se situe ce tableau.

Prenons un tableau de base de l’univers de démonstration (une agence de voyages) : Je copie un tableau plein de colonnes (Ctrl et déplacement) puis j’en enlève des dimensions : les chiffres s’agrègent automatiquement. BO3-agrégé.jpg

Les cellules des tableaux se remplacent, s’échangent par glisser-déplacer, c’est la partie la plus agréable - voire impressionnante - du développement de rapports. Et en deux clics (littéralement) on rajoute une somme ou une répartition par pourcentage.

S’ajoutent ensuite les filtres. Dans un tableau des ventes par pays on peut choisir de n’en afficher que certains, nommément comme [Pays]=France, selon un critère du type [Chiffre d’affaire] > 100000 €, voire en ne demandant que le « top 10 ». Les totaux de bas de tableau tiennent compte de ce filtre.

Un clic droit, et ce tableau peut devenir un graphique (qui est juste une forme particulière de tableau[4]). Là aussi les filtrages, ajouts ou suppression d’objets peuvent se faire à volonté.

Malheureusement le jeu de tableaux offerts par BO est relativement pauvre au-delà des classiques camemberts et barres empilées. Une simple pyramide des âges d’une population est un petit projet. Par rapport à Visualcomplexity, Worldmapper ou Gapminder, BO retarde de deux générations. Même la cartographie est absente (il y a des produits séparés pour cela).

Les ruptures offrent tout ce qu’on peut désirer comme pieds de tableaux, agrégations intermédiaires, etc. Et j’utilise énormément les sections de page : elles permettent par exemple de reproduire le même jeu de tableaux, libellés, graphiques... en fonction d’un paramètre (ce qui donne une page par service par exemple).

Variables

Les variables (des formules de calcul entre les différents objets) diffèrent d’Excel : elles ne font pas référence à des cellules mais aux objets du tableau.
Exemple : On définit [CA par client] par [Chiffre d'affaire]/[Nombre clients]. On obtient donc un nouvel objet que l’on pourra rajouter dans n’importe quel tableau.

Ce nouvel objet sera lui calculé en mémoire, la base n’est pas impliquée. Avec les machines de bureau actuelles, calculer plein de choses dans le document est souvent plus simple de que de le faire par la base de données.

Les fonctions disponibles pullulent. Certaines consistent en altération du contexte, par exemple pour récupérer une donnée qui n’est pas de même niveau d’agrégation (par exemple un pourcentage par rapport au total du tableau =[Indicateur] / [Indicateur] Dans Bloc. Très pratique une fois maîtrisées les formules pour certains clients qui ont des règles de calcul chinoises.

Hélas les variables doivent être recréées dans chaque document. L’utilisateur ne peut les mutualiser. L’univers ne peut les accueillir non plus, il ne sert qu’à traduire les objets prédéfinis en SQL. On peut vouloir rajouter plein d’objets précalculés dans l’univers, mais dès qu’il s’agit de taux et d’objets difficilement agrégeables, les limites du produit apparaissent[5]. Franchement, si je devais rajouter une fonctionnalité dans BO, c’est la possibilité de mettre du code de document Webi (le code des variables) dans des objets de l’univers[6].

Soyons juste, j’ai vu des bugs hallucinants à base de calculs de sommes cumulatives d’objets issus de plusieurs requêtes. Ou encore, des choses incompréhensibles à cause de nombreuses requêtes jointes dans le document via des clés incomplètes (du doublonnage à tendance à apparaître). Au moins est-on dans un domaine très tordu.

Autrres points forts

Cerises sur le gâteau :

  • BO sait automatiquement prendre en compte des tables d’agrégats précalculées.
    Par exemple, soient une table des ventes par jour, et une autre par mois. Il « suffit » d’indiquer dans l’univers dans la définition de chaque indicateur que les deux possibilités existent (au lieu de VENTES.CA on indiquera @Aggregate_Aware(VENTES_MOIS.CA, VENTES_SEMAINE.CA, VENTES.CA) ). BO saura choisir la table en fonction des clés disponibles et des objets qu’on lui aura indiqué comme « non compatibles » avec les tables agrégées. Il est dommage que le système des hiérarchies ne soit pas assez fin et automatisé pour trouver les incompatibilités tout seul...
  • BO sait gérer des hiérarchies de dimensions (Région/Département/Ville ou Secteur/Gamme/Produit/Référence...) ce qui est la base du mode d’affichage Exploration.
    Les gens du contrôle de gestion adorent « zoomer », c’est-à-dire partir d’un tableau par année/pays, cliquer simplement dedans pour chercher les anomalies, descendre en quelques secondes au niveau année/magasin, puis semaine/rayon, et remonter tout aussi vite à semaine/pays.
  • BO sait générer plusieurs requêtes séparées quand plusieurs indicateurs viennent de tables différentes. Et il semble que la concurrence ait un sérieux retard là-dessus.
    Avec une table des ventes par magasin et une autre des surfaces par magasin (soit deux tables de faits dans un système décisionnel), BO génère deux requêtes (sans jointure externe), effectue en mémoire la jointure (cette fois doublement externe !), et crée un tableau avec magasin, ventes et surface, permettant toutes les astuces d’affichage ou le calcul d’un simple ratio des ventes/m².
    En théorie, une seule requête pourrait suffire (et c’est ce qui se passe si les indicateurs viennent de la même table), mais le problème des dimensions pas forcément communes rend le problème parfois... intéressant.
    Si les informations viennent carrément de deux bases de données différentes (deux univers), l’utilisateur doit faire les deux requêtes lui-même (BO ne peut pas savoir que fonctionnellement ce sont des choses voisines), mais une fois les jointures indiquées manuellement, BO se débrouille aussi bien avec deux univers (deux bases même) qu’avec un seul.

Évidemment, le diable est dans le détail, et si les bases mathématiques et logiques sont solides, les pièges abondent pour les concepteurs d’univers. L’expert en SQL peut soupirer : dans certains cas il ferait mieux de réécrire les requêtes à la main comme au bon vieux temps ; il s’agit en général d’agrégats tordus qu’un ETL peut parfaitement calculer aussi. (Le problème se déplace alors sur le terrain de « ai-je besoin d’un ETL pour alimenter mes tables ? » ce qui n'est pas le sujet ici mais je me pose parfois la question[7].)

Gadgets supplémentaires

À part Webintelligence, le système de requêtage décrit ci-dessus, avec trois éditeurs différents (!), la suite de BO offre vend :

  • un portail web assez lourd où iront vivre les documents ;
  • toute une infrastructure de sécurité à base de « référentiel », très très très fine, jusqu’à l’absurde, pleine de bugs subtils dans les mises à jour de version ;
  • tout un système de distribution : la mise à jour quotidienne/mensuelle... d’un document peut être envoyée comme PDF, Excel... par mail, FTP... à beaucoup de monde ;
  • un système de web services , terme très à la mode, mais c’en est la première utilisation massive efficace que je vois : un bout de tableau ou un graphique issu d’un document extrêmement travaillé plein de formules devient une simple source de données XML réutilisable ; des produits externes utilisent cette technique pour s’interfacer avec BO ;
  • un plugin pour Office qui permet de baser des tableaux Excel ou des animations Powerpoint à des morceaux de documents Webi : les données se rafraîchissent directement dans Excel[8] ;
  • des widgets, totalement gadgets, pour avoir un graphique qui se met à jour régulièrement en fond d’écran ;
  • plein d’autres trucs que je ne nommerais car 1) je les connais mal ou pas du tout et 2) ils changent souvent de nom entre deux versions !

Évidemment tout cela est propriétaire en diable, et coûte les yeux de la tête (je rappelle qu’on parle d’un produit de l’équivalent français de Microsoft ou Oracle, racheté par SAP, hein).

Bref

Si le travail préparatoire a été bien fait, c’est-à-dire si l’univers permet bien de tout croiser, que des tables d’agrégat sont en place pour optimiser, c’est-à-dire si une alimentation de datawarehouse digne de ce nom est en place (dénormalisée en diable, pas trop « floconnée », indexée à donf’), et que l’on a fait comprendre aux utilisateurs la distinction entre infocentre (pour des listes simples) et datawarehouse (à but décisionnel, non adapté aux listes de clients ou de patients), et que tout le monde a été suffisamment formé sur ces outils et cherche à les comprendre, alors BO se révèle un super outil...

Pour plus de détails, voir par exemple ce Powerpoint pas mal fait.

Notes

[1] Il faudra tout de même y plonger pour désinstaller complètement le Tomcat inclus dans BO.

[2] On notera que pour une fois je vais dire du bien d’un produit SAP, occasion probablement unique dans l’histoire de l’humanité.

[3] Qui, comme tout développeur sait, générera plus d’attention, de remarques, et coûtera plus de temps, que tous les chiffres du tableau.

[4] On dit « bloc » pour désigner un tableau ou un graphique.

[5] Plus en détail : pour les taux, moyennes, décomptes, XI 3 a introduit les « indicateurs intelligents », qui peuvent être agrégés au niveau de la base : la requête SQL est réécrite à chaque changement de contexte de calcul (dans une colonne, un pied de tableau, de page...). C’est une avancée, mais limitée : dès que des opérations ou des filtres s’effectuent sur un tableau, BO ne sait pas les retraduire en SQL, et l’indicateur agrégé devient indisponible. De plus, ce système multiplie les lourdes requêtes à la base (BO semble ignorer la syntaxe du ROLLUP et autres finesses d’Oracle, et crée un ordre SQL par niveau d’agrégation...). Les indicateurs intelligents ne résolvent pas non plus d’autres difficultés : par exemple, en décisionnel, un ratio de deux indicateurs issus de deux étoiles différentes ne pourra jamais s’exprimer directement en SQL car chaque indicateur vient d’une requête différente, et BO fait la jointure en mémoire, pas dans le SQL (on peut se débrouiller en rajoutant une étoile faite juste pour cela, mais ça fait un « contexte » de plus à maintenir dans l’univers). Pour un autre aperçu des indicateurs intelligents, voir par exemple ici

[6] En laissant de côté le problème des performances qui oblige à d’autres compromis, je reste donc sur l’idée que la solution définitive est de requêter une seule fois, au plus bas niveau de détail, puis d’effectuer le calcul final en mémoire dans les tableaux, comme BO a toujours su le faire ; mais avec en plus possibilité de définir les variables dans l’univers à partir d’autres objets de cet univers. Si de plus l’analyse de la syntaxe se fait à l’exécution (comme d’ailleurs c’est le cas pour le SQL généré), on pourrait même créer des objets qui en utiliseraient d’autres issus d’autres univers !

[7] Avis express : dans le cas où l’ETL a ses limites en performance (Talend), et qu’on ne manipule pas de bases hétérogènes, un caïd des vues, des fonctions analytiques d’Oracle et du PL/ ou Transact-SQL peut s’avérer un ETL en meatware efficace.

[8] Si BO a un ennemi mortel, c’est Excel : tout le monde le maîtrise ou croit le maîtriser ; les graphiques y sont bien plus fins ; et on peut toujours y caser au chausse-pied des données issues de partout alors que BO exige un certain travail préparatoire. D’un autre coté, la manipulation des données et leur conversion en différents graphiques se fait plus aisément sous BO, et sans le plugin, Excel ne peut être rafraîchi qu’à grand coup d’exports/réimports manuels.

mardi 25 août 2009

NFS, chimie, iono, rideau...

Je viens de voir le dernier épisode d’Urgences.

Je suis déjà en manque.

Docteur House comme substitut ça ira peut-être mais ce ne sera pas pareil.

dimanche 23 août 2009

Checklists

Une perle de sagesse rencontrée au fil du web :

« Devenu pilote, je suis devenu un partisan convaincu des checklists et je les lai intégrées à mon travail en informatique. Je fais des checklists pour les processus de livraison de logiciel, les installations de frameworks, les changements de cartouche de toner, etc. Puis je demande à quelqu’un de l’équipe de les exécuter pendant que je regarde par-dessus leur épaule. Puis je les améliore et les place dans un répertoire public. Mes vacances ne sont plus jamais interrompues. »

devonbowen, Slashdot.org, 8 décembre 2008

Même si je hurle souvent contre les process formalisés à l’extrême qui ne laissent aucune latitude à un être humain, c’est l’excès et la déshumanisation qui me hérissent, pas la formalisation de connaissances ni la mise en place de listes d’actions pour un but donné. Au contraire !

J’ai trop souffert dans pas mal d’endroits à réinventer la roue, remettre en place des processus de livraison jamais formalisés avant moi - et j’ai bien sûr négligé ensuite de les mettre par écrit une fois assimilés. Le piège est double :
- ce qui est répété tous les jours n’a pas vraiment besoin d’être formalisé,
- ce qui est fait rarement ne vaut (apparemment...) pas la peine d’être tracé, sans rentabilisation du temps investi.

Évidemment, on est plus motivé (ou on devrait l’être) quand plusieurs personnes alternent dans le même rôle : une liste empêchera les autres d’oublier (encore !) ci ou ça. Oui, suivre une liste est un supplice pour un impatient comme moi, et la tentation guette de sauter des items ; mais si un pilote d’avion hyper-entraîné a besoin de sa liste, alors le commun des mortels ne peut négliger l’outil, même sans charge d’âme.

Je dirais que plus l’opérateur est impatient, multitâche, chargé de tâches de conception, non répétitives, plus la liste est nécessaire, et plus il faut mener la liste à deux pour limiter les risques de « triche » plus ou moins consciente.

Exemple parfait : la livraison de différentes versions d’un logiciel. Je ne connais aucun processus idéalement automatisé sans une doc à mettre à jour manuellement, un test impossible à réaliser par la machine... Je me dis que les wikis sont particulièrement bien adaptés aux checklists, notamment avec la facilité de rajouter telle étape oubliée ou tel nouveau contrôle à faire.

Les checklists sont à la mode : sous pression de l’OMS, elles vont devenir obligatoires dans les blocs opératoires français. Même pour des chirurgiens archi-formés, en équipe, la fréquence des interversions de bras amputés et des oublis de compresses fait frémir.

D’ailleurs la checklist se révèle encore plus capitale en équipe : il y a trop de risques que l’un se dise que l’autre va faire ci ou ça, et trop de distractions liées à la communication. (Toutes les plaquettes de prévention sur la noyade en piscine privée invitent à désigner explicitement un responsable de la surveillance des enfants.)

Un peu de rigueur basique pour pas cher. Rares sont les outils avec un tel retour sur investissement.

PS : Je cherche une meilleure traduction pour checklist que « liste de contrôle ». Fichu anglais avec ses noms courts hyperpratiques.


  • Catégorie : OK
  • Programmation du billet : oups, j’avais oublié. Oui, c’est bien dans le futur.
  • URL : OK
  • tags : OK
  • Titre : OK
  • Chasse aux apostrophes droites et aux guillemets droits : OK
  • Prévisualisation et chasse ax fuates de frppes : OK
  • Première traque des verbes faibles : OK
  • Traque des répétitions inutiles verbeuses qui ne servent à rien qu’à répéter : OK
  • Traque des subordonnées trop lourdes, des subordonnées, des « on », des voix passives : OK
  • Relecture à tête reposée : À FAIRE

(Tiens, encore une idée de plugin pour Dotclear que je n’aurai jamais le temps de programmer.)

mercredi 19 août 2009

Une tranche de support

Le support est parfois souvent généralement un métier de m... En l’occurence, pour moi, ça a longtemps été assurer (seul) support et maintenance pour un logiciel très spécialisé avec une poignée de clients (rien à voir avec le support téléphonique à la chaîne).

Le scénario le pire :

- Le client se plaint d’un plantage majeur et total qui le bloque totalement,

- (lequel client en est à son dixième problème sérieux d’affilée causé ou plutôt révélé par le produit)

- sur le composant le plus lourd et complexe du produit,

- que je n’avais pas développé (hérité du développeur précédent qui avait réussi à se tirer de là),

- qui a toujours bien marché,

- que je ne connaissais pas (petit nouveau, je n’avais pas encore tout vu !),

- sans aucune doc technique, juste une vague spec’ sur le PRINCIPE du machin (plein de croisements d’axes dans tous les sens pour calculer des taux),

- et ledit précédent développeur, contacté, n’a plus aucun souvenir de comment il a fait.

SUPER !

(Le bug était en fait évident, une erreur de frappe flagrante... J’ai lâchement laissé la rétroanalyse de ce morceau du logiciel, qui n’a sinon plus jamais fait parler de lui, à mon successeur.)

lundi 17 août 2009

Déménagement de ma ligne Free : le boulet France Télécom

Je viens de déménager. Entre autres problèmes mineurs je me suis retrouvé sans Internet pendant deux semaines. Ouch.

  • 15 juillet : on signe et on a les clefs.
  • Juste avant, je demande à Free le transfert de l’abonnement. Vu que je veux en même temps changer la version de la Freebox, c’est en fait une annulation plus une résiliation, pas un simple déménagement. J’aurais pu demander plus tôt mais la date de déménagement a longtemps été assez incertaine[1].
  • La ligne France Télécom est introuvable, bien que l’ancien propriétaire ait été chez Orange, mais apparemment Orange également fait dans le dégroupage total (paradoxal !)[2].
  • Il faut donc prendre rendez-vous auprès de FT pour reconstruire la ligne. 20 € pour ma pomme, mais c’est plus encore pour Free.
  • Premier appel de FT le mardi 21, à 9 h 01. J’étais au volant, une voie féminine sur le répondeur dit qu’ils rappelleront demain. Elle ne laisse aucun numéro où rappeler.
  • Je regarde les adresses des agences FT, toutes en centre-ville de Strasbourg, aucune accessible en banlieue.
  • En dessous des adresses figure le conseil de contacter le 1014. Je m’y fais rembarrer : il faut voir mon problème avec Free, même en insistant que de toute façon, c’est EUX qui veulent/doivent prendre rendez-vous avec MOI, Free ou pas. La fille dit n’avoir aucun moyen de contacter les équipes responsables.
  • Le lendemain mercredi, une autre voix féminine laisse un message sur mon portable au moment où je suis aux toilettes. Elle rappellera « ultérieurement ».
  • Free, contacté[3], me dit ne pas avoir de moyen de contacter FT. Apparemment ils ne peuvent le faire que quand ils reçoivent un message automatisé comme quoi le candidat abonné est injoignable. Je me demande comment ils font avec les gens sans portable...
  • Jeudi, pas d’appel.
  • Vendredi, pas d’appel.
  • Samedi, pas d’appel (c’eût été trop beau).
  • Dimanche, pas d’appel (ce qui m’aurait franchement étonné).
  • Lundi, rien non plus.
  • Le mardi, en plein dans un des multiples voyages entre la nouvelle maison et la déchetterie, le portable sonne, je me gare en catastrophe (coup de bol, j’étais en ville ; dix secondes avant c’était rapé, ou j’étais bon pour une prune). Une voix assez bizarre mais compréhensible prend enfin rendez-vous... pour le mardi une semaine après, le 4 août, entre 8 et 10 h.
  • Une semaine plus tard, à peine pas encore remis du déménagement quatre jours plus tôt, en plein dans la longue et épuisante phase de rangement-questionnement-« mais il est passé où ce machin ? »-bricolage de mille détails, malgré la chaleur désastreuse pour le sommeil, nous nous levons tôt pour être sûrs d’accueillir le technicien de FT au cas où ils se pointe aux aurores convenues.
  • Évidemment, il est arrivé à 15 h. Il est heureux que j’ai encore été en congé et que nous nous soyons organisés pour maintenir une présence permanente, sans illusion, mais à tout hasard. Il ne s’excuse pas du retard, si ça se trouve il n’était pas au courant de l’horaire convenu. Il n’est pas de France Telecom, c’est un sous-traitant. Je ne fais pas de remarque (déjà bien content qu’il soit là) et le laisse bidouiller les fils pendant vingt minutes. Il dit que ça fonctionne, je signe.
  • Le surlendemain, SMS de Free : la Freebox est en route !
  • Entretemps je reviens au boulot. Je peux accéder à mon webmail chez l’hébergeur : Squirrelmail hurle qu’il y a trop de mails pour afficher quoi que ce soit ! Dont 95% de spam bien sûr.
  • Réception le lundi. Le paquet est imposant (deux boîtiers, deux Freeplugs, télécommande, câbles...) mais le plus important est qu’au premier branchement ça marche !

Bref. Trois semaines pour avoir le réseau, dont une semaine juste pour prendre rendez-vous avec FT, et une semaine d’attente de leur technicien. Le reste est délai postal ou acceptable.

Je ne sais pas comment ça se passe pour les gens qui choisissent Orange mais je parierais que ça aurait été plus rapide. Ce n’est pas avec ce genre de comportement qu’ils vont récupérer ma clientèle. Dans quelle mesure est-ce délibéré ou un simple artefact de la méthode « standardisons au maximum le système, remplaçons tout par des “processus” standards, et supprimons la moindre parcelle d’autonomie aux pions du standard », ou un bug du logiciel de CRM ? Je ne sais.

Ajout : J’adore le site d’Orange ; les pubs pour les forfaits ont leur place, mais : - le premier mot en haut à gauche en-dessous du bandeau : Harry Potter (au moment où j’en ai eu besoin ; à présent c’est « Ligue 1 » et « Secret Story »...) ; - la fonction « Rechercher »... recherche sur le web, pas sur leur site ! Il y a bien un bouton Assistance, mais comme il faut un login, et que je suis client mobile, il ne me cause que du mobile.

(Ajout d’octobre : non-réponse de France Télécom suite au courrier...

Notes

[1] Une histoire en soi. Fichus banquiers paranos.

[2] À proprement parler ce n’est pas du dégroupage puisqu’on reste chez FT, mais plutôt de l’ADSL nu vendu moins cher pour éviter une saignée de clients vers Free et consorts..

[3] Là aussi j’ai eu du mal à trouver le bon numéro. Au moins m’a-t-on vite aiguillé vers le bon.

samedi 8 août 2009

« A priori »

Dans la catégorie des finesses non fixées du français, j’ai quelques favoris. D’abord les capitales et majuscules accentuées (ma religion est faite et j’en ai déjà parlé), et le dilemme[1] entre « à priori » , « a priori » et a priori.

En fait, le premier et le dernier usage sont acceptables. L’auteur doit en fait décider si l’expression est française ou latine :

  • dans le premier cas, « à priori » est correct ;
  • dans le second cas (mon préféré), il faut l’écrire en latin sans accent sur le a et en italique comme toute expression étrangère.

Les détails sordides sont sur : http://www.langue-fr.net/spip.php?article128[2].

Au passage, pour « a prosteriori » c’est la même chose.

Notes

[1] Non, pas « dilemne » (cf http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?pid=45064), quoique on pourrait se demander si une erreur aussi répétée, courante et ancienne ne mériterait pas d’être acceptée comme variante.

[2] Avec aussi la réponse à une question qui en empêche plus d’un de dormir : « c’est quoi cet ablatif en -i alors que l’aurait plutôt attendu “a priore” ? »

samedi 25 juillet 2009

“Harry Potter & the Order of the Phoenix” ou : « Harry a 14 ans, et il s’en prend plein la tronche. »

(Ante scriptum : Non, ceci ne parle pas du film qui sort en ce moment. Et je n’ai pas vu le film précédent lié au présent livre.)

« Toute bonne littérature pour enfants et jeunes peut être appréciée par des adultes. »
« Il ne faut pas tuer l’enfant qui est en soi. »
« C’est bon pour mon anglais puisque je le lis en VO. »

C’est ce que je me dis pour rationaliser. Ensuite, ça finit par :

« Et puis merde, je culpabilise pas, je suis accro, c’est comme ça. Cette série est super. »

Au moment où ce billet fut créé, je venais de finir le tome 5 (Harry Potter & the Order of the Phoenix), et j’ai eu tant de mal à le lâcher (au point de prendre du temps sur celui passé devant mon ordi, un comble !) que j’ai continué sur ma lancée et déjà dévoré le tiers la moitié la totalité du des tomes suivants (The Half-Blood Prince[1] et The Deathly Hallows[2]).

Si le premier Harry Potter (The Philosopher’s Stone) m’avait bien plu, et rappelé les films, regardés distraitement et agréablement (ils sont bien fait et fidèles mais, fatalement, il y manque des pans entiers du monde de J.K. Rowling), au point que j’avais attaqué un peu plus tard le second (une agréable répétition justifiée par l’approfondissement du monde), tout cela relevait encore de la bonne littérature pour gamins.

Cependant, chaque tome se déroule pendant une année scolaire à Hogwart[3] et donc les sept volumes racontent toute l’adolescence du jeune orphelin, de 11 à 17 ans. Le troisième (The Prisoner of Azkaban), déjà plus épais, est rétrospectivement surtout intéressant par l’ouverture au monde, l’introduction de nombreux personnages importants (Sirius, les effroyables Démentors...), et une ambiguïté bienvenue dans la lutte « bons vs méchants ».

Au quatrième (The Cup of Fire), Harry et ses copains deviennent plus intéressants, leurs relations plus complexes (les histoires de cœur apparaissent, et à cet âge-là ça donne souvent n’importe quoi), le monde encore plus grand - et dangereux, et l’ambiance est beaucoup plus noire.

Les premiers pottermaniaques ont grandi avec leur héros, mais franchement, le gamin de 10-11 ans du XXIè siècle qui découvre Harry[4] et qui s’enfile les tomes à queue leu-leu devrait s’arrêter à Cup of Fire et attendre de grandir un peu avant d’attaquer la suite. Au pire, ça lui flanquerait les jetons, au mieux il passerait à côté de plein de choses. Quoique avec les gamins de maintenant...

The Order of the Phoenix n’est qu’un long calvaire pour Harry Potter. Son monde déjà pas très douillet semble s’écrouler (et surtout le grand foyer que l’école est devenue pour lui[5]) et le malheureux en prend plein la gueule, y a pas d’autre mot. L’âge n’est pas facile et, forcément, un petit orphelin surdoué surmédiatisé télépathe langue-de-serpent rebelle désorienté arrogant et de plus irréfléchi et irresponsable comme on l’est souvent à 14 ans quelque soit son éducation[6] a du mal à tout encaisser. Après maintes catastrophes scolaires, magiques, sportives et sentimentales, Harry termine l’année dans une apothéose qui n’est un happy end que parce que la pire catastrophe a été évitée de justesse, et pas grâce à lui.

Je suis resté sur ma faim avec la conclusion : enjeu réel de l’histoire un peu dérisoire par rapport à ce que promet l’affrontement manichéen Dumbledore/Voldemort ; fin d’année scolaire trop vite évacuée ; pas de mention des résultats de la compétition de quidditch... Rowling en avait peut-être marre après 800 pages (c’est le plus lourd tome de la série). En tout cas, cette fin bancale donne envie d’enchaîner avec la suite : les trois derniers tomes sont une seule histoire de 2000 pages. (De manière générale, Rowling a du mal avec les conclusions de ses livres ; The Deathly Hallows est d’autant plus frustrant sur ce point que c’est la fin du cycle.)

J’ai eu du mal à lâcher le livre (et les suivants). Rowling sait captiver son auditoire. Le niveau de détail du monde magique y est pour beaucoup, comme dans l’œuvre de JRR Tolkien, Frank Herbert et autre bon écrivain de l’imaginaire. Mais on reste dans la littérature jeunesse, et certaines ficelles sont parfois un peu grosses : découpage artificiel de l’histoire pour suivre le déroulement de l’année scolaire, personnages souvent caricaturaux (quoique, pour certains, très ambigus[7], et les histoires et failles des personnages se font de plus en plus jour à chaque tome), répartition systématique des personnalités (Hermione l’intello, Harry le leader, Ron le bon copain, Neville le gaffeur, les jumeaux blagueurs, Mc Conagal prof sévère-mais-juste, Dumbledore le sage (presque) invulnérable et infaillible...), morales un peu lourdement assénées par certains côtés, coups de bol à peine plausibles, personnages importants pas assez développés (Cho ici, Ginny dans les tomes suivants)...

Le petit magicien semble par bien des côtés n’être que le chien (souvent) obéissant de Dumbledore, ou le pion de Voldemort (et pas que de lui), sans autonomie réelle, et se laisse porter par les événements. Sa chance insolente, la protection de Dumbledore, la sous-traitance de fonctions cognitives à Hermione ne compensent que partiellement bien des défauts. Quand Harry prend une initiative, la catastrophe suit souvent : Harry (et Ron, parfois Hermione...) se conduisent trop souvent de manière impulsive ou irréfléchie - mais après tout sans cela il n’y aurait pas d’histoire, tout se terminerait bien et justement, Harry a 14 ans.

Notes

[1] Un peu décevant ; Harry passe plutôt à côté de l’intrigue réelle entre Malfoy, Snapes et Dumbledore.

[2] L’apothéose. Assez mou pendant un tiers, et ensuite tout s’imbrique. Épilogue bâclé.

[3] Poudlard en français paraît-il. Blasphème !

[4] Bon, même en français ça vaut le coup.

[5] Rappelons que sa famille adoptive est caricaturalement infecte.

[6] Je me demande comment un ado actuel prend le message bien explicite du bouquin : Sirius et Lupin, rappelés à certaines cruautés de leur adolescence, se jugent eux-même sévèrement. Le thème de l’évolution morale et du contrôle de soi est capital. Qui ne peut pas dire « qu’est-ce que j’étais con à cet âge-là ! » Même Rimbaud le clame, et pour un âge plus tardif.

[7] Snape est délicieux. Et ça continue jusqu’à la fin de la série.

samedi 18 juillet 2009

« Armstrong ou Zidane... »

« Armstrong ou Zidane, il faut des héros pour tous. »

Wil Waechter,
Slash (fanzine de science-fiction) n°15, 1998

NB : Si l’Armstrong suscité vous évoque un cycliste actuellement en tournée plutôt qu’un astronaute dont notre société est incapable de rééditer l’exploit quarante ans après, ou à la rigueur qu’un musicien noir, vous faites partie du problème de notre société actuelle.



lundi 6 juillet 2009

“War is an instrument entirely inefficient...”

“War is an instrument entirely inefficient toward redressing wrong;
and multiplies, instead of indemnifying losses.”

« La guerre est un instrument totalement inefficace pour redresser les torts ;
elle multiplie les pertes au lieu d'en garantir. »

Thomas Jefferson,
fondateur des États-Unis et troisième Président,
lettre à John Sinclair, 1798

jeudi 2 juillet 2009

« Trafic stellaire » de Pierre Barbet

Mes lecteurs se demanderont pourquoi je passe de précieuses heures d’éveil à lire des navets des années 70 (et en plus à les chroniquer[1]) quand parallèlement je me plains chroniquement de mon manque de temps et de mes étagères qui débordent. Le choix régulier du nouvel hôte de la table de chevet fait partie de ces mystères à jamais inexplicables. Ce soir-là j’avais sans doute envie de me délasser les neurones après un pavé en anglais plein de termes techniques et médiévaux[2]. (La vraie question serait plutôt : « que faisait ce vieux truc dans les livres à lire ? »)

Bref : j’avais déjà écrit beaucoup de mal d’un autre titre de Barbet, « À quoi rêvent les psyborgs ». Cet opus est moins primaire, ou plutôt il est possible de le prendre à la fois au premier et au vingt-huitième degrés pour en faire une lecture pas trop pénible (jusqu’au dernier quart qui est de trop).

Le héros est James Bond, ou plutôt son clone direct du futur : invincible au combat rapproché, bourré de gadgets, irrésistible aux yeux des femelles[3] (il y a même l’équivalent de Moneypenny, le pillage[4] est complet).

James Alex est donc envoyé sous un déguisement sur une planète manifestement pas assez industrialisée pour être riche, mais pleine aux as. Comment se fait-ce ?

À côté des aberrations propres aux conventions du genre combiné Star Wars/007, le livre est pollué par un paquet d’aberrations très énervantes[5] : une planète considérée comme pauvre puisque son écologie est parfaite (savait-on en 1979 que l’écologie était un signe de richesse et d’avancée technologique ?) ; chaque planète ne semble habitée que par une poignée de personnes (aucune « construction de monde » là-dedans qui donne une impression de civilisation complète) ; un ordinateur s’exprime avec des résultats sur bandes de papier (l’auteur et les Apple Ⅱ[6] coexistaient pourtant déjà) ; l’agent terrien arrive pile poil au moment de l’attaque des pirates (entre autres coïncidences improbables) ; un pirate tient tête à une planète entière ; les quelques humains portent trop souvent des noms français pour que cela soit plausible ; etc.
Je veux bien que ce ne soit « que » du Fleuve Noir mais tout de même.

Le style est moins catastrophique que dans « À quoi songent les psyborgs ? » mais les dialogues font toujours pitié. La moralité du héros même pue sérieusement (femmes-objet réduites en esclavage sans le moindre remord ...), même si à d’autres moments son côté chevaleresque domine (du genre des boy-scouts dont on ne fait pas les 007). La psychologie primitive (pas complètement primaire, reconnaissons-le, il y a un début d’effort) ne relève pas le plat.

La fin est bâclée en deux pages pitoyables.

À conseiller : à personne, pour les aspects moraux, le style, et enfin parce que les scènes de fesse[7]) interdisent de le donner à un gamin assez jeune pour ne pas rigoler de l’histoire.

Notes

[1] Mais j’aime dire du mal, et je voudrais bien chroniquer chacune de mes lectures ; c’est plus rapide avec un Barbet qu’avec Les origines du totalitarisme d’Arendt qui attend depuis des mois sur mon étagère.

[2] Harry Potter, tome 4. Je suis fan et j’assume.

[3] Les ravissantes extraterrestres ne sont pas décrites comme possédant assez de neurones pour être désignées d’un autre terme, et le héros les traite plus ou moins effectivement comme des objets.

[4] On n’ose dire « hommage ».

[5] Qui cassent la plausibilité même de l’histoire, alors que le lecteur a fait des efforts pour suspendre son sens critique selon les codes du genre.

[6] Remarque de forme sur une découverte récente qui m’esbaudit : les chiffres romains existent dans Unicode ! Je ne sais pas si ça s’affiche sur tous les navigateurs et tous les systèmes par contre. À utiliser à la place des I, III, IV, XI... pour la valeur sémantique : Ⅰ,Ⅲ,Ⅳ,Ⅺ.

[7] Oh, pas de quoi fouetter un chat ; d’ailleurs on frémit à penser à ce que des descriptions moins elliptiques auraient donné avec le style de l’auteur.

vendredi 26 juin 2009

« Petit traité de l’imposture scientifique » d’Aleksandra Kroh

Les titres des dernies livres de Pour la Science sont accrocheurs mais parfois un peu trompeur. Il y avait déjà le cas de (l’excellent) la Terre avant les dinosaures, qui traitait exclusivement des tétrapodes, et ici ce Petit traité de l’imposture scientifique décevra tous ceux qui cherchent à casser du sucre sur le dos de la science officielle. C’est peut-être le but d’ailleurs :-)

Le livre vise plutôt à dénoncer tous ceux qui, sous couvert de science justement, sortent des inepties plus ou moins criminelles, plus ou moins sincères. Sur les pages flotte l’esprit du regretté Stephen Jay Gould, grand pédagogue de l’évolution et grand pourfendeur de racistes et créationistes en tout genre. Mais le titre est encore une fois trompeur car il n’y a rien d’un « traité », on se limitera à un aperçu historique de quelques cas plus ou moins connus.

Sont abordés plus ou moins succintement :

Les canulars

« Forme bénigne », les canulars touchent tous les domaines. Les plus connus sont l’homme de Piltdown ou certains témoignages d’OVNI (dont un, français, exemplaire). J’ai adoré le canular d’Alain Sokal (développé dans Impostures intellectuelles, j’en parlerai ici).

La mémoire de l’eau

Jaqcues Benveniste, loin d’être un original, a déclenché une tempête avec sa « mémoire de l’eau », que quasiment personne n’a pu reproduire et qui flanque en l’air les bases de la chimie, mais soutenu par toute l’industrie homéopathique (L’article Wikipédia sur le sujet est un modèle de schizophrénie.) L’homéopathie aurait d’ailleurs mérité un chapitre dans le livre...

Benveniste n’a jamais été accusé de fraude, au pire de faire n’importe quoi. Son cas est exemplaire par l’impact médiatique (le Monde, rien que ça, et je me souviens des tempêtes dans Science & Vie...).

OVNI

La mode des « soucoupes volantes » a duré de l’immédiat après-guerre à la fin du XXè siècle, parasité par canulars et fraudes, interprétation sélective, phénomènes étonnants mais naturels mal interprétés, un ras-le-bol des scientifiques d’être assaillis de témoignages bidons, une méfiance envers les autorités de la part des «croyants », le tout sur fond de paranoïa en temps de guerre froide. Aleksandra Kroh dépeint, entre autres, l’histoire des commissions militaire ou civiles chargées de faire la lumière sur ces affaires, fatalement sans convaincre personne.

Lyssenko

C’est là le plus énorme et catastrophique exemple de charlatanisme scientifique.

Trofim Lyssenko, petit technicien agricole ukrainien, réussit à se hisser au sommet de la hiérarchie scientifique de l’URSS stalinienne par son astuce, ses « découvertes » toujours affirmées avec enthousiasme, mais jamais vérifiées, son talent oratoire, et sa capacité à deviner les attentes d’un Staline qui sera son soutien principal. Perte collatérale : l’agriculture soviétique, gérée en dépit du bon sens pendant des décennies, et la génétique de tout le bloc de l’Est - pendant qu’elle se développait massivement à l’ouest.

Comment un arriviste a-t-il pu si longtemps abuser un pays entier ? Pour Kroh, la réponse n’est pas qu’idéologique : la vue à très court terme des fonctionnaires de l’époque, assez désespérés par la situation catastrophique de l’agriculture soviétique pour croire le premier charlatan venu, ce « règne des médiocres » typique des régimes totalitaires, sont la cause principale, et non un réel souci d’établir une « science prolétarienne ». La « logique » interne du stalinisme a fait le reste.

La supériorité blanche

L’apothéose des théories racistes s’incarne évidemment dans les délires du Ⅲè Reich. Cependant, bien longtemps avant, il était « évident » qu’il y avait plusieurs races humaines, et que la race blanche était « évidemment » supérieure. Selon l’époque et le milieu, on justifiait ainsi l’esclavagisme ou un simple paternalisme colonial.

Plus d’un scientifique a tenté de trouver une base réelle à la supériorité blanche, sans succès à chaque fois que le travail était fait sérieusement, sans sélection préalable ou postérieure des données. La génétique actuelle a sonné le glas définitif (en sciences...) du racisme en permettant, certes, de discerner des provenances géographiques mais en dévoilant l’énorme diversité génétique à l’intérieur de chaque groupe, et des indices sur nos ancêtres communs - bien trop proches et peu nombreux pour que toute différentiation sérieuse ait pu avoir lieu, sans compter les métissages réguliers.

La fin du chapitre relève quelques survivances racistes dans notre civilisation : le discours de Dakar de Sarkozy (vers le milieu : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et la suite immédiate), ou les élucubrations de Watson (nouveau rappel que les Nobel ne sont pas toujours les derniers à dire des sottises).

Le créationisme

Les pages sur Darwin montrent bien la vitalité et disparité du monde créationiste, qui rejette le darwinisme, l’évolution, la sélection naturelle. Il y a un monde entre le rejet viscéral de fondamentalistes américains financièrement puissants, celui du clergé polonais qui même rejette les avis de Jean-Paul Ⅱ sur l’évolution (« plus qu’une hypothèse »), ou celui de William J. Bryan (un politicien américain du début du siècle, plutôt de gauche mais fondamentaliste, incapable de concilier d’une part la morale et le progrès, et d’autre part l’impitoyable lutte pour la survie et ses implications sociales effroyables - ses craintes sur ce point étaient fondées !), ou le « dessein intelligent ».

Ce dernier, qui se veut une version « scientifiquement correcte » ne va pas jusqu’à nier l’âge canonique de la Terre ni même la modification graduelle des espèces, mais (et ça me rappelle le « Dieu des manques », explication bouche-trous aux manques de la science, et fatalement destiné à se réduire au fur et à mesure que celle-ci progresse) voit dans certaines choses « irréductiblement complexes » la main d’une intervention extérieure[1]. Le piège finaliste est sournois, dans l’évolution (et, justement, la Terre avant les dinosaures montre bien qu’il n’y a aucune finalité dans la transition poisson/reptiles).

Le procès du singe est évidemment traité, ainsi que l’état désastreux de la culture américaine, polonaise ou turque dans le domaine de l’évolution. La montée d’un créationisme islamique est inquiétant même s’il touche peu les scientifiques locaux.

Bilan

Ce livre prêche plutôt à un public convaincu d’avance. Je lui reprocherais de ne pas s’étendre sur les critères qui font de la bonne science : reproductibilité, publication et avis des pairs, réfutabilité à la Popper, non-pertinence des anecdotes personnelles, règles statistiques contre-intuitives... ou les écueils à éviter : tour d’ivoire, consensus d’un petit cercle, parasites socio-économiques, modes... que les fanatiques de telle ou telle théorie rejetée brandissent un peu trop vite.
La possibilité d’une cohabitation paisible de la science et de la religion est par contre bien évoquée (référence à la doctrine NOMA de non-empiètement de Gould).

Auraient mérité d’être abordés : les charlatanismes du genre de l’astrologie, les médecines douces plus ou moins délirantes, homéopathie en tête, tout ce qui tourne autour des manipulations motivées par des soucis financiers ou marketing (lobby pharmacie, lobby pétrolier anti-réchauffement climatique), ou la fraude délibérée venant des scientifiques eux-mêmes.

Bref : malgré tout, si vous ne connaissez pas déjà à fond les sujets ci-dessus, ce Petit traité sera une saine lecture, plus historique que fondamentale, juste un peu frustrante par le manque de profondeur.

Présentation sur le site web de l’éditeur
Avis sur charlatans.info
Avis critique sur le blog scepticismescientifique, avec des réserves sur le manque d’explication sur pourquoi certaines affirmations ne sont pas scientifiques.

Notes

[1] Qu’on ose avancer cette explication, qui implique l’existence d’une entité encore plus complexe, me fascine.

dimanche 21 juin 2009

“The soundest argument...”

“The soundest argument will produce no more conviction in an empty head than the most superficial declamation; as a feather and a guinea fall with equal velocity in a vacuum.”

« L’argument le plus sensé ne convaincra pas plus une tête vide que la plus superficielle des déclamations ; car une plume et une noix tombent à la même vitesse dans le vide. »

Charles Caleb Colton (1780-1832) , Lacon, or Many Things in Few Words, 1826

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